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nov 16th

Prédication du 1er novembre 2020

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Prédication 

Matthieu 5, 1 à 12 – Le Sermon sur la montagne

Chers amis,
Nous voici à nouveau confinés. Et pour combien de temps encore ?

Les contacts humains vont nous manquer, les sorties seront réduites au minimum. Nous nous divertirons par le biais de l’informatique, des livres, et de toutes les ressources « domestiques » à notre disposition. Nous serons éloignés de nos amis paroissiens, de nos amis, de notre famille et nous nous demandons quand nous pourrons les revoir.

Hélas, à la menace de la pandémie, s’ajoute celle du terrorisme.

Alors, nous sommes désemparés, déboussolés, livrés à nos réflexions moroses incessantes, nous sommes, pour certains d’entre nous, accablés.

Pourtant … Jésus affirme « Heureux les affligés » dans le texte du Sermon sur la montagne proposé ce jour à notre méditation.

Comment ces Béatitudes peuvent-elles nous soutenir dans la situation que nous vivons actuellement ?

Qui de nous n’a jamais été surpris par le lien établi par Jésus entre ces mots « Heureux », « Bienheureux » et les situations difficiles que sont la pauvreté, le deuil, la faim ? Les situations de bonheur sont majoritairement associées à des situations de bien-être, de plaisir, voire d’abondance, et non à des situations de manque, de mal-être, de malheur.

 

Qu’entendons-nous par heureux, qu’est-ce que le bonheur aujourd’hui ?

Le terme de « bonheur » a de nombreuses définitions, de nombreuses acceptions qui ont évolué avec le temps.

Aujourd’hui, il y a des personnes qui recherchent le bonheur par l‘accroissement des biens de consommation. Plus je suis en mesure d’acheter, plus je suis heureux. Il y a des personnes qui donnent des recettes. Il existe des spécialistes du bonheur, qui éditent des livres.

Il y a des personnes qui attendent le bonheur, par l’intermédiaire du destin, du fait d’un hasard. Et il y a des millions de personnes qui vont chercher, chaque semaine, un ticket de loto, « sésame » pour le bonheur.

D’autres encore ne prennent conscience du bonheur que lorsqu’ils l’ont perdu, lorsque, par exemple, leur état de santé se dégrade …

Mais lorsque le bonheur est un but à atteindre, la finalité d’une vie, il peut vite prendre la figure de la tyrannie. Car lorsque je n’arrive pas à marcher dans cette voie, que de désillusions, de dépressions, de culpabilité …

Et les contemporains de Jésus, qu’avaient-ils en tête en entendant ce mot « heureux » ?

Pensaient-ils le « bonheur » à partir des définitions de certains philosophes, peut-être les pensées d’Epicure ?

Pour Épicure, le bonheur est lié à une absence de troubles du corps et de l’esprit. Il consiste en l’absence de souffrances et, en même temps, il est conditionné par l’assouvissement de plaisirs que l’on peut atteindre par une vie « vertueuse ». Pour Epicure, le bonheur n’est pas une quête pour un temps futur … mais il est à rechercher et à vivre dans le temps présent.

Et les contemporains de Jésus devaient également être influencés par la culture romaine.

Le terme de « bonheur » est composé de deux mots, « bon » et « heur ». Heur vient du latin Augurium, présage qui permet de deviner l’avenir. A l’époque de l’Empire romain, des prêtres lisaient l’avenir, l’augure, dans le vol des oiseaux ou même dans les entrailles des animaux. L’augure pouvait être bon ou mauvais.

Selon cette compréhension de l’époque des Romains, le bonheur ne dépend pas de moi. Je ne peux le maîtriser. Il dépend du destin, de ce que le ciel va m’envoyer.

Dans le contexte philosophique de l’époque, dans ces manières de penser le bonheur, bien des situations empêchent d’y accéder : la maladie, le deuil, la privation de liberté, le sentiment de persécution …

 

Aujourd’hui, dit Jésus dans son Sermon sur la montagne, dans la situation difficile que vous vivez, heureux êtes-vous !

Cette conception du bonheur est nouvelle. Elle est en décalage avec les conceptions évoquées précédemment.

Jésus ne dit pas : « Il faut que vous soyez heureux ». Il ne proclame pas un devoir, une obligation, un commandement.

Ne vous est-il jamais arrivé d’être témoin de paroles enjoignant aux personnes habitées par la foi de taire leurs malheurs ?

J’ai entendu il y a maintenant plusieurs dizaines d’années une femme qui avait une foi profonde dire : « Ces gens sont tellement désagréables, je ne peux plus les supporter, on ne devrait pas se comporter comme cela. » Ce à quoi son mari lui a répondu : « C’est ça, ta charité chrétienne ? »

Parce qu’on est chrétien, on n’aurait pas le droit d’exprimer son chagrin, sa lassitude, ses emportements. Ce sont des paroles culpabilisantes, des pensées terribles.

Lorsque Jésus prononce ces Béatitudes, il ne vient pas imposer le bonheur à tout prix, mais il nous dit autre chose. Il désigne le sens de la vie. C’est un sens à trouver, un sens qui va, qui peut, advenir avec la présence de Dieu.

Jésus annonce un état de béatitude, un état de bonheur que je peux vivre, habiter, pour le temps présent. Alors comment entendre « Heureux, Bienheureux » dans ma situation présente, dans ma situation de pauvreté, de deuil, de faim, ou de maladie ou de vieillesse ?

Dans sa première prédication qu’est le Sermon sur la montagne, Jésus veut proclamer une Bonne Nouvelle. A tous ceux qui se pensaient éloignés de Dieu ou écartés du « bien », du « bon », il va révéler un lien avec Dieu, tout autre que celui que concevaient ses contemporains.

 Oui, la Bonne Nouvelle de ce discours tient dans ces premières paroles : dans nos parcours de vie, parsemés de chaos, Jésus atteste que nous ne sommes pas seuls.

« Heureux es-tu » car Dieu est présent. Il est présent auprès de ceux qui traversent des situations de fragilité, dans leur corps, dans leur esprit. Bienheureux êtes-vous !

 C’est une sorte de paradoxe : le bonheur se reçoit au cœur du l’épreuve, dans une situation de manque et d’humilité où se creuse l’espace pour accueillir et recevoir la présence de Dieu.

Donc, dans la perspective biblique, le bonheur n’est ni une heureuse destinée, ni un objectif atteignable par nos propres forces rationnelles, ni un appel à accepter le temps présent, ni un devoir de foi. Il est attestation et reconnaissance de la présence de Dieu.

Et c’est avec cette présence, fort de ce lien, que je vais pouvoir puiser une force, une espérance, pour me reconstruire.

 

La béatitude biblique est donc à la fois attestation et accueil de la présence de Dieu qui vient t’aider à te relever, à te remettre en route, à discerner un avenir, malgré ton malheur, ton mal-être.

 C’est pourquoi certaines des Béatitudes du Sermon sur la montagne sont au présent, et d’autres au futur, comme pour désigner un horizon accessible maintenant et également un horizon vers lequel nous marchons.

Chacun de nous vit avec ses pertes, ses blessures, ses brisures. Et chacun de nous est appelé à se remettre debout, à se remettre en marche.

De quelles situations ai-je besoin de me relever ? Oserai-je me remettre en marche, grâce à ce compagnon « invisible » qu’est Dieu ?

Sur le chemin du rétablissement, de la reconstruction, accueillons cette présence bienveillante, aidante, pour lutter contre ce qui enferme la vie relationnelle féconde que Dieu souhaite pour tous ses enfants.

Que cette Bonne Nouvelle des Béatitudes nourrisse nos vies d’Église, nos vies familiales et personnelles pour trouver, à chaque moment, la force nécessaire pour nous relever vers la vie !

Amen

Annick Daymard

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