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déc 15th

Prédication du dimanche 13 décembre 2020 par Hubert Midon

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Prédication du 13 décembre 2020 par Hubert Midon à Rambouillet

Jean 1, 6-8 ; 19-28 (Segond 21)

6 Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean.
7 Il vint comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière afin que tous croient par lui.
8 Il n’était pas la lumière, mais il vint pour rendre témoignage à la lumière.

19 Voici le témoignage de Jean lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des Lévites pour lui demander : « Toi, qui es-tu ? »
20 Il déclara et sans restriction affirma : « Moi, je ne suis pas le Messie. »
21 Ils lui demandèrent : « Qui es-tu donc ? Es-tu Élie ? » Et il dit : « Je ne le suis pas. » « Es-tu le prophète ? » Et il répondit : « Non. »
22 Ils lui dirent alors : « Qui es-tu ? Nous devons donner une réponse à ceux qui nous ont envoyés ! Que dis-tu de toi-même ? »
23 « Moi, dit-il, je suis la voix de celui qui crie dans le désert : ‘Rendez le chemin du Seigneur droit’, comme l’a dit le prophète Ésaïe. »
24 Ceux qui avaient été envoyés étaient des pharisiens.
25 Ils lui posèrent encore cette question : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Messie, ni Élie, ni le prophète ? » 26 Jean leur répondit : « Moi, je baptise d’eau, mais au milieu de vous se trouve quelqu’un que vous ne connaissez pas.

27 Il vient après moi [mais il m'a précédé,] et je ne suis pas digne de détacher la courroie de ses sandales. »
28 Cela se passait à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, où Jean baptisait.

 

Méditation

Il arrive de temps en temps comme aujourd’hui que le passage de l’Écriture proposé à notre méditation consiste en deux extraits. Ici du premier chapître de l’évangile selon Jean les versets 6 à 8 puis 19 à 28.

Le premier verset de cet évangile évoque le livre de la Genèse : “Au commencement…“ avec comme une assimilation entre la Parole et Dieu, et en même temps une distinction, puisque la Parole est dite “auprès de Dieu“. Cette Parole est présentée comme source de toute vie et la vie comme la Lumière des hommes. Que la lumière soit… Dieu dit, Dieu parle, et cela est.

Après cette révélation un peu abstraite de la nature de la Parole, et celle de sa manifestation en chair, se présente le témoignage de Jean, témoignage rendu concrètement dans le monde. Les versets 6 à 8 sont comme une introduction qui annonce ce témoignage. Je cite :

6 Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean.
7 Il vint comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière afin que tous croient par lui.
8 Il n’était pas la Lumière, mais il vint pour rendre témoignage à la Lumière.

Au commencement de ce culte, nous avons écouté la proclamation de la grâce de Dieu. Notons au passage que Jean est un nom qui signifie “Dieu fait grâce“ ! La mission de ce Jean ne nous est pas présentée en relation avec la Loi ou dans un but politique, comme on pourrait s’y attendre en ces temps d’occupation, mais en relation avec la Lumière, avec Dieu. Sa portée dépasse de loin Israël : “pour rendre témoignage à la lumière afin que tous croient par lui“. Ce n’est pas non plus une exhortation morale à tous, aux collecteurs d’impôts, aux soldats, ou d’autres encore, mais un appel à la foi personnelle de tout un chacun, comme de nous-mêmes, dans le Seigneur.

Les versets qui suivent, juste avant notre passage développent l’incarnation de la Parole, la venue de la Lumière dans le monde, “chez elle“ ; son opposition aux ténèbres ; la difficulté à la reconnaître, à la recevoir, voire même son rejet.

Puis vient une scène d’enquête. C’est la partie la plus importante de notre texte : Jean le baptiseur doit répondre aux questions d’une délégation venue du temple, venue de Jérusalem, la capitale, le centre de la religion et de ses “sachants“.

Jusqu’alors on l’avait laissé tranquille, ce Jean, avec sa pratique de baptême. En plus cela se passait au-delà du Jourdain. Sur la mauvaise rive, celle des ennemis, de l’autre côté de la Terre Promise ! Et pourtant c’était nouveau. C’était un rite différent des rites de purification bien connus des israélites depuis des siècles. Or Jean était fils du prêtre Zacharie. Il avait hérité la fonction : sa place était au Temple comme sacrificateur, et non dans le désert. Antoine Nouis souligne ici comme on retrouve l’opposition entre le Temple et le désert, entre le prêtre et le prophète, entre le sacrifice et la repentance. Jean le baptiste n’est pas dans les apparences. Il n’est pas installé, ni ne s’installe…

À travers Jean ; Dieu aurait-il pris soin de réveiller l’attente du Messie dans l’esprit de son peuple ? En effet certains commençaient à suggérer que Jean était peut-être le messie. Alors le Temple envoie une délégation de pharisiens, prêtres et lévites, mener l’enquête.

Ils viennent à Jean pour recevoir de lui le témoignage le plus complet qui soit dans ses réponses. Et pourtant…

À la première question “Toi, qui es-tu ?“ il montre par sa réponse qu’il sait bien ce qu’il y a derrière la question, c’est : “Es-tu le messie ?“ Il répond par une négation : il n’est pas le messie. Il reste à sa place, malgré ses disciples qui en feraient bien le messie attendu.

Puis quand on lui demande : “Es-tu Élie ?“ il dit : “je ne le suis pas“. Cette réponse de Jean semble contredire celle de Jésus à ses disciples qui le questionnaient sur Élie disant : pourquoi les scribes disent-ils “il faut qu’Élie vienne d’abord ?“ (Mt 17,1-13) et Jésus de répondre : « il est vrai qu’Élie vient tout rétablir ; mais je vous dis qu’Élie est déjà venu : ils ne l’ont pas reconnu ; ils l’ont traité comme ils ont voulu ; de même ils vont faire souffrir le Fils de l’homme. ». Et Matthieu de préciser que c’est alors que les disciples comprirent que Jésus leur parlait de Jean le baptiseur.

D’une certaine manière ceux qui supposaient que Jean pouvait être Élie avaient raison : en Mt 11,14 : Jésus énonce nettement que Jean est Élie qui devait venir, comme annoncé par Malachie. Ainsi si Élie est venu, Jésus est le messie. Mais pour les Juifs, Élie n’était pas venu.

De même à la question “Es-tu le prophète ?“, c’est-à-dire le successeur de Moïse selon le Deutéronome, il répond aussi non.

Pourtant ce personnage qui vit au désert, qui baptise, qui prêche le changement de vie, a bien l’allure d’un prophète. Et même si selon Jésus il est Élie qui doit venir, lui, Jean ne s’enorgueillit pas de son rôle dans l’histoire du salut, il reste dans sa mission, fidèle à sa vocation de préparer un chemin.

Nos enquêteurs sont bien embarrassés par les réponses de Jean. Comme ils insistent, il répond qui il est : “je suis la voix de celui qui crie : dans le désert préparez le chemin de l’Éternel, faites une route bien droite pour notre Dieu dans les endroits arides !“ (És 40, 3) (annonce de la fin de l’exil, passage vers une nouvelle étape…)

S’en suit le témoignage à la Lumière : lui baptise d’eau et prêche la repentance pour un changement radical, mais il se trouve parmi eux, quelqu’un qui leur est encore inconnu, qui vient après lui, et dont il n’est pas digne de délier les sandales.

Cette scène se passe à Béthanie, non pas celle du Mont des Oliviers, mais la Béthanie “au-delà“ du Jourdain, en terre étrangère. Jean le baptiste s’était “délocalisé“, loin du Temple. L’évangile de Jean se présente comme déterritorialisé : il ne dépend pas d’une terre, mais d’une disposition du cœur (A. Nouis).

Au cours de l’interrogatoire, Jean a rendu compte de lui-même. Il a dit la différence entre lui et le Seigneur, il a témoigné de sa mission. Il n’est ni Élie, ni le prophète dont Moïse avait parlé, ni le Christ : il est la voix dont parlait Ésaïe, la voix qui criait de préparer le chemin du Seigneur.

Apparemment les envoyés des pharisiens ne comprennent pas les réponses de Jean. C’est pourquoi ils finiront par lui demander pourquoi donc il baptise s’il n’est ni le Christ, ni Élie, ni le prophète ? » Ces hommes pensaient manifestement que, pour baptiser, il fallait être revêtu d’une autorité divine ou missionné.

Peut-être que ceux des Juifs qui ont compris la voix de Jean ont saisi que son baptême était d’autorité divine, lui que Jésus appelle « le plus grand des prophètes » ; peut-être ceux-là ont-ils ainsi saisi que leur Messie allait enfin apparaître.

Mais les envoyés du Temple ne semblent pas comprendre : ils ont besoin d’insister, il leur faut cocher des cases du formulaire, et les réponses ne correspondent pas. Jean le baptiste se trouve sommé de décliner son identité, de justifier sa légitimité, comme nous parfois de sortir une carte professionnelle qui valorise. Apparemment Jean n’a pas le bon curriculum vitae. Il ne se trouve pas non plus au bénéfice d’une valorisation par les acquis de l’expérience… Un peu comme nous lorsque nous cherchons une activité professionnelle, ou même quand dans nos relations sociales nous sommes mis en quasi devoir de justifier notre rang, de citer nos diplômes si nous en avons, etc.

Jean le baptiste, lui, se présente comme une voix, quelqu’un à écouter plutôt que quelqu’un qui aurait un statut lui conférant autorité. Qui plus est, il se présente comme une voix de passage : il n’est pas installé, ni ne s’installe. Au début de l’évangile selon Jean, il nous est dit que Jésus est la Parole. Ici, Jean le baptiste est la voix de cette Parole, pour annoncer sa venue. En même temps il est toute cette voix. Il nous invite au même passage, vers celui qui est, qui était et qui vient.

En ce début du questionnement des autorités sur qui est le messie, la mission des envoyés du Temple est en soi bien légitime. Mais le texte peut laisser l’impression que nos enquêteurs sont repartis bredouilles ou, à tout le moins insatisfaits.

D’ailleurs ils se trouveront peut-être parmi ceux qui demanderont à Jésus qui il est pour se permettre d’expulser les marchands du Temple… puis parmi ceux qui ne cesseront de lui tendre des pièges, jusqu’à souhaiter, et obtenir sa condamnation…

Comme les disciples de Jean le baptiste, nous sommes invités à préparer le chemin du Seigneur ; et pour cela à reconnaître en Jésus le Messie, l’oint, l’envoyé de Dieu, Dieu lui-même, et à devenir ses disciples pour proclamer sa bonne nouvelle.

Et lorsque nous entendons la question “qui es-tu ?“ ou “qui es-tu pour…ceci ou cela ?“, comme Jean, soyons qui nous sommes ! à notre juste place… comme Jean, des précurseurs ; des passeurs de la bonne nouvelle, pour, nous aussi, rendre témoignage à la Lumière.

AMEN

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