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jan 4th

prédication de Noël

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Prédication Jn 1, 1-18

 

Frères et sœurs

 

14La Parole est devenue chair ; elle a planté sa tente parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire de Fils unique issu du Père ; rempli(e) de grâce et de vérité.

 

Dimanche dernier, je vous ai donné un exemple d’interprétation de l’Ecriture au travers de deux œuvres d’art. Aujourd’hui, nous découvrons l’interprétation de l’événement Jésus Christ et des Ecritures par un théologien, l’évangéliste Jean. Et, lisant ses écrits, nous nous lançons nous-aussi dans un travail inconscient ou conscient d’interprétation. Nous pouvons le faire de deux manières : en essayant tout d’abord de comprendre d’où écrit l’auteur ou en explorant comment le texte résonne en nous. Je me rappelle avoir fait le premier exercice lors de ma première prédication de Noël dans ce temple. Je sortais de mes études, et mon mémoire portait sur quelques versets de l’évangile de Jean. Aujourd’hui, je vous propose l’exercice inverse, mais vous verrez que nos ressentis sont forcément influencés par le lieu d’où nous lisons et je demeure une professionnelle de la Bible !

 

Chaque fois que je suis amenée à écrire une prédication sur le prologue de Jean, je me rappelle un couple qui, pour le baptême de sa fille, a lu tout l’évangile de Jean pour trouver le texte sur lequel je prêcherai et n’est tombé d’accord que sur le prologue. Je dis « que sur le prologue » mais dans le prologue, il y a tout l’évangile, c’est d’ailleurs ce que je leur ai répondu ! Je ne sais pas combien de fois j’ai prêché sur l’un ou l’autre de ces versets, la plupart du temps à Noël, mais pas forcément.
Je me rappelle aussi mes années de catéchisme avec le pasteur. Ou plutôt, contrairement à l’histoire sainte de mes années d’école primaire, le contenu du catéchisme n’est plus que très très vague, je ne pense pas avoir retenu grand-chose de ces rencontres. Heureusement, nous avions des lectures à faire et cela m’a encouragée à lire la Bible. Pour en revenir à au prologue de Jean, le brave pasteur a essayé d’expliquer à des jeunes de 14 ans ce qu’était le Logos, et je n’y ai absolument rien compris. Il aurait mieux valu en rester à la traduction protestante traditionnelle : la Parole. Et surtout, éviter de parler de la philosophie grecque. Bref, quand je pense à mon catéchisme et le compare avec celui que j’essaie de faire avec les jeunes d’aujourd’hui, je ne pleure pas sur un passé qui aurait été mieux que notre présent, bien au contraire. Revenons donc à notre prologue, cette introduction qui dit déjà tout l’évangile mais qui le dit en termes théologiques qu’il s’agit de décrypter.
Comme d’habitude, vous serez déçus si vous attendez une prédication portant sur les 18 versets.  Aujourd’hui, c’est Noël, nous célébrons le don que le Seigneur a fait de son Fils. Je resterai modestement à cela. Le récit de Noël selon Jean n’est pas le prologue, qui dit bien plus que l’incarnation, mais uniquement le verset 14 de ce prologue :

14La Parole est devenue chair ; elle a  planté sa tente parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire de Fils unique issu du Père ; rempli(e) de grâce et de vérité.

Ce verset en dit aussi long sur la naissance de Jésus que les récits de Luc et de Matthieu. Mais comme l’évangéliste s’exprime de manière théologique, il nous est encore plus difficile d’en comprendre le sens. En effet, nous pouvons toujours lire les récits de Luc et Matthieu comme des histoires, sans en chercher la signification pour nos vies, mais le prologue de Jean provoque le lecteur, le met en quête de sens pour lui, mais aussi de sens tout court.

Voici une petite incursion dans le monde de l’auteur pour expliquer cette Parole si peu lumineuse pour nous aujourd’hui.
La Parole, (le Logos de mon pasteur d’autrefois) était une des émanations de Dieu qui étaient personnifiées dans certains courants du judaïsme du premier siècle, tout comme l’était la sagesse. Il faut bien comprendre qu’au fur et à mesure où Dieu devient plus élevé, plus inaccessible, plus effrayant dans la pensée du judaïsme du second temple, l’espace entre lui et les humains se peuple de créatures : anges, archanges, Sagesse (de Dieu) apparaissent dans les écrits les plus récents. Je vous donne un exemple : dans l’exode, on voit la colonne de nuée dans laquelle Dieu se trouve guider le peuple le jour et se transformer en colonne de feu durant la nuit. Dans la littérature juive, ce n’est plus Dieu lui-même qui guide son peuple, mais un archange. Parce que Dieu s’éloigne dans la vision du monde des Juifs, il faut bien qu’il y ait des intermédiaires qui évitent à la sainteté de Dieu de se frotter au monde impur des humains.  C’est dans ce contexte de foi, bien loin du monothéisme absolu du judaïsme d’aujourd’hui, que l’évangéliste Jean réfléchit l’événement Jésus-Christ. L’évangéliste donne à cette Parole un statut tout particulier : elle était tournée vers Dieu, elle était Dieu.

Le prologue parle d’un commencement. Il parle d’un commencement où la Parole crée le monde et lui apporte la lumière. Mais ce commencement n’aboutit pas à la vie. Les hommes ne se saisissent pas de cette parole. Pourtant, à ceux qui croient, elle apporte la vie. La Parole-lumière éclairait les humains mais c’est comme si les humains ne comprenaient pas d’où venait cette lumière qui est vie. C’est comme si les humains n’étaient pas vivants. Cela paraît absurde, n’est-ce pas. Et en effet, pas clair du tout. Pour tout vous dire, jamais je n’essaierais de discuter avec les jeunes autour de ce prologue ! Mais, en même temps, on comprend bien de quoi il s’agit. Si vivre n’est que remplir des fonctions biologiques et satisfaire des désirs matériels, est-ce vraiment vivre ? Que dire alors quand l’épreuve survient ? Quand les fonctions biologiques défaillent ? Par fonction biologique, je n’entends pas seulement que ce qui est d’ordre médical mais aussi ce qui fait que nous sommes des êtres sociaux. Que dire quand un confinement nous sépare de nos proches comme de nos prochains. Vit-on encore ? Que dire quand nos désirs nous portent vers l’inatteignable ? L’insatisfaction permanente permet-elle encore de dire qu’on vit pleinement ?

Voyez, même sans mettre Dieu dans l’équation de nos réflexions, nous sentons bien de quoi il s’agit. Et nous savons bien que l’évangéliste a raison, nous qui avons décidé d’intégrer Dieu dans nos vies. Quand on lit les péripéties du peuple dans l’Ancien Testament, on se rend compte que Dieu propose encore et encore cette vie aux humains et que ceux-ci n’arrivent pas à s’en saisir pleinement. La preuve ? L’attente et l’espérance du peuple au temps de Jésus qui sont des attentes de libération matérielle, de guerre cosmique, de batailles épiques. Il faudra la perte définitive de leur terre pour que les théologiens juifs réfléchissent à ce que Dieu leur propose au-delà de la vie biologique, matérielle. Ce n’est donc pas encore le cas à l’époque de la naissance de Jésus. Alors, Dieu essaie à nouveau, différemment.

 

C’est ainsi que la Parole se fait chair. La chair n’est pas ici connotée négativement comme chez Paul. La chair, c’est notre humanité dans tout ce qui la compose. C’est l’humanité que Dieu aime tant qu’il envoie son Fils nous sauver. La chair, c’est ce que nous pouvons comprendre, ce qui peut nous toucher, ce que nous pouvons toucher.

Dieu, nous ne pouvons ni le comprendre, ni le toucher. Mais le Fils unique est celui qui va nous révéler le Père, celui qui, dans son humanité, va nous le rendre compréhensible. Alors, nous serons capables d’accepter son message d’amour.

14La Parole est devenue chair ; elle a  planté sa tente parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire de Fils unique issu du Père ; rempli(e) de grâce et de vérité.

La Parole s’est faite chair et elle a planté sa tente parmi nous. C’est là la traduction littérale du grec. Planter sa tente, c’est certes habiter pour un temps, comme les nomades du désert habitent pour un temps dans une oasis avant de se déplacer vers la suivante. Ce que cela m’évoque, ce sont les piquets qu’on enfonce dans le sol. Parfois, il faut taper avec la chaussure quand on n’est pas équipé, avec un petit maillet quand on a tout ce qu’il faut. Evidemment, aujourd’hui, les tentes se déplient toutes seules, elles sont largement autoportées et il n’y presque plus de piquets. Mais quand j’étais jeune, planter la tente, c’était du travail. Il fallait être sûrs que le piquet était bien enfoncé dans la terre. Nous ne sommes pas dans le théorique ou les bons sentiments. Ce n’est plus une lumière qui vient d’on ne sait où, c’est quelque chose qui s’enfonce dans la matérialité du monde. Quelque chose qui vient dans notre terre, qui s’enracine. La Parole faite chair, ce n’est pas plus grand que nous, c’est nous. Evidemment que Jésus était plus que nous, capable de fidélité comme nous ne le sommes pas. Mais il était aussi un être humain, capable de communiquer avec les autres, de gestes dont nous sommes tous capables. Ce n’est pas notre humanité biologique qui nous empêche de suivre le chemin de fidélité que le Christ désigne. Nous pouvons aider, soigner, accompagner, regarder les autres avec respect, prier notre Père, combattre pour la paix. Rien dans ce que nous sommes ne nous en empêche. C’est, je pense, la raison pour laquelle nous comprenons ce que Jésus veut de nous. Il était humain, il l’a vécu, il l’a enseigné avec des mots et des gestes humains. Nous pouvons le faire et nous le savons. Il nous a expliqué pourquoi il nous demandait de le faire. Pas pour les autres, mais pour nous, pour notre bonheur, pour notre paix. Si cela bénéficie aux autres, alors, tant mieux, mais ce n’est pas le but premier ni le bénéfice principal de cette vie qu’il nous a apporté en plantant sa tente, en marchant sur nos chemins, en vivant aux côtés d’humains qui n’étaient pas différents de nous. Voilà ce que cela m’évoque en premier, que la Parole devenue chair plante sa tente parmi nous.
Et si Jésus de Nazareth n’a vécu qu’un temps parmi nous, cela n’a aucune importance. Il l’a fait, c’est là l’essentiel. C’est ça l’incarnation : entrer dans la chair. Un ongle incarné, cela fait mal, on ne peut pas ne pas le remarquer. De même, on ne peut pas ignorer l’humanité de Jésus parce que c’est de là qu’il nous a parlé. Et si c’est le Christ ressuscité qui se tient à nos côtés, il contient en lui l’expérience de l’humanité, l’expérience du corps dans toutes ses dimensions. Il nous comprend et nous savons pourquoi : il a vécu comme nous la matérialité des jours, de sa naissance à sa mort.

Ce qui nous sépare de Dieu et nous différencie de Jésus, c’est ce qui en nous nous pousse à l’égocentrisme, ce qui nous conduit à vouloir être notre dieu personnel. C’est cela qu’il nous faut combattre chaque jour de notre vie. Mais le témoignage de ceux qui ont contemplé, comme l’évangéliste, sa gloire, et le témoignage de tous ceux qui nous ont précédé montrent que c’est un combat qu’on peut gagner. Chaque jour, il est à recommencer. Mais cela en vaut la peine. C’est ce combat qui nous permet d’apprécier chaque moment, quelles que soient les épreuves que nous traversons. Nous savons qu’en renonçant à être le centre du monde, nous recevons le don de la vie éternelle. Nous sommes éclairés par cette lumière qui est vie. Nous trouvons dans notre isolement des frères et sœurs qui communiquent autrement avec nous. Nous recevons le soutien que nous demandons au Seigneur et nous découvrons que nous sommes comblés de bienfaits. Certes, nous espérons pouvoir fêter Noël prochain comme nous avons fêté Noël dernier. Nous souffrons de l’éloignement que la pandémie met entre nous et nos proches, entre nous et nos prochains. Mais nous recevons pleinement la paix qui vient du Christ chaque fois que nous renonçons à nous même. Renoncer à nous-mêmes, c’est vivre le commandement d’amour, c’est-à-dire se tourner vers les autres et les servir. Par exemple, chaque fois que nous renonçons à une rencontre, chaque fois que nous mettons notre masque, nous pouvons le faire parce que c’est obligatoire et cela ne nous apporte que contrariété. Mais si nous pensons à ceux que nous protégeons, nous obéissons au commandement que Christ nous a laissé : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé ». Alors, nous recevons sa paix. Bien sûr, ce n’est qu’un exemple mais il nous permet de réfléchir et d(en trouver d’autres dans nos vies collectives comme dans nos vies privées. A nous de choisir !

14La Parole est devenue chair ; elle a planté sa tente parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire de Fils unique issu du Père ; rempli(e) de grâce et de vérité.

Amen

 

 

 

 

 

 

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