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jan 4th

Prédication du culte du 3 janvier (Prédicateur Hubert Midon)

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Mt 2, 1-12

1 Jésus naquit à Bethléhem en Judée, à l’époque du roi Hérode. Or, des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem
2 et dirent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? En effet, nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus pour l’adorer. »
3 Quand le roi Hérode apprit cela, il fut troublé et tout Jérusalem avec lui. 4 Il rassembla tous les chefs des prêtres et spécialistes de la loi que comptait le peuple et leur demanda où le Messie devait naître.
5 Ils lui dirent : « À Bethléhem en Judée, car voici ce qui a été écrit par le prophète :
6 Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu n’es certes pas la plus petite parmi les principales villes de Juda, car de toi sortira un chef qui prendra soin d’Israël, mon peuple. »
7 Alors Hérode fit appeler en secret les mages ; il s’informa soigneusement auprès d’eux du moment où l’étoile était apparue, 8 puis il les envoya à Bethléhem en disant : « Allez prendre des informations exactes sur le petit enfant. Quand vous l’aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j’aille moi aussi l’adorer. » 9 Après avoir entendu le roi, ils partirent. L’étoile qu’ils avaient vue en Orient allait devant eux jusqu’au moment où, arrivée au-dessus de l’endroit où était le petit enfant, elle s’arrêta. 10 Quand ils aperçurent l’étoile, ils furent remplis d’une très grande joie. 11 Ils entrèrent dans la maison, virent le petit enfant avec Marie, sa mère, se prosternèrent et l’adorèrent. Ensuite, ils ouvrirent leurs trésors et lui offrirent en cadeau de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
12 Puis, avertis dans un rêve de ne pas retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

 

Prédication

Dans l’extrait de sa lettre aux éphésiens, Paul parle de sa mission de transmettre la révélation du mystère qu’est Jésus. Avant, Dieu se révélait dans une relation avec un peuple élu. À présent cette révélation est pour tous. C’est, par l’Évangile, l’annonce d’une relation de Dieu avec tous les humains. Pour Paul, il y a désormais un avant et un après Jésus, un avant et un après la venue du messie.

Le texte d’Ésaïe présente une vision eschatologique un peu idyllique de peuples païens venant de terres autrefois ennemies du peuple élu, se dirigeant vers Jérusalem en joyeuses caravanes chargées de nombreux et précieux présents, pour acclamer et louer le Seigneur Dieu.

Quant à Matthieu, comme Luc il évoque un peu l’enfance de cet enfant dont nous venons de fêter la naissance. Ces deux évangélistes le font de façon différente. Luc ne parle pas de mages. Il nous parle de la visite par les bergers. Seul Matthieu nous relate la visite de mages.

Les lectures bibliques d’aujourd’hui sont tout indiquées pour élaborer de jolis contes pour enfants comme nous en connaissons. À condition d’embellir le récit comme cela a été fait au long des siècles.

En effet, pour ce qui est des mages, Matthieu ne dit pas leur nombre, ne dit pas que ce sont des rois, ne donne pas leur nom, n’indique pas leur origine précise. La seule chose qu’il nous précise sur eux est que ce sont des mages et qu’ils viennent d’Orient.

En revanche il nous parle bien de leur pérégrination, de leur recherche, de leurs intentions, de leur découverte, de leurs trésors, de leur attitude.

Parmi les personnages figurant dans notre texte, je ne m’attarderai pas trop sur la famille de Jésus. Elle est plutôt l’objet des textes qui entourent le nôtre. Mais je m’attacherai plutôt aux personnages extérieurs à la famille : les religieux, le roi Hérode et les mages.

Les prêtres et les scribes, les spécialistes de la religion.

Eux, ils savent que le Messie doit naître à Bethléem : ils le savent parce qu’ils lisent les textes bibliques. Ils les connaissent, ils en débattent, ils se livrent à de savantes discussions pour en trouver le sens.

Ils semblent enfermés dans un lieu de savoir, au sens propre comme au sens figuré. Ils ne sortent pas de leurs sanctuaires, du temple et des écoles de Torah. Ils ont tout investi dans ces lieux du savoir, c’est toute leur vie. Ils passent leur temps à parler de Dieu. Dieu devient l’objet de leur étude. C’est un peu comme s’ils possédaient Dieu. À force de tout investir dans leur science, ils risquent de renoncer à rencontrer Dieu ; ils n’en ont même plus le temps !

Au fait ont-ils même besoin de rencontrer Dieu ? Ils savent parfaitement que Dieu est parfait ! Ils savent parfaitement que Dieu est un être suprême à qui l’on doit rendre un culte. Or un Dieu à qui l’on rend un culte n’est pas forcément un Dieu que l’on cherche à rencontrer ni un Dieu qui s’approche. Encore moins un Dieu qui s’approche de nous sur terre, comme un tout petit, modeste dans une famille modeste, en un lieu modeste, en pleine nuit.

Le messie attendu et annoncé ne peut être pour eux qu’un Dieu tout-puissant, un chef qui va mener Israël à la victoire contre l’occupant romain.

Ils ont tout investi dans leur savoir et n’en sortent pas.

Nous avons la même attitude lorsque nous n’osons plus nous risquer à rencontrer Dieu autre part que dans nos habitudes, nos rites et dans notre bonne conscience. C’est le cas lorsque nous préférons un Dieu idéalisé, inaccessible et bien caché dans les cieux, plutôt qu’un Dieu fragile, à la merci des mêmes nuits que les nôtres. Pourtant, quand Dieu se révèle, c’est au cœur de la nuit, et c’est pour nous qu’il le fait, malgré tout.

Il y a Hérode, aussi.

Hérode a reçu des autorités romaines le titre de roi des Juifs.

Un Messie roi des juifs serait pour lui par définition un rival.

Il a tout investi dans le lieu de son pouvoir, dans son palais de Jérusalem, d’où il domine les humains par la violence s’il le faut.

Hérode a peur qu’un autre arrive, parce qu’il a tout investi dans ce pouvoir. Il semble vivre la nuit comme le temps du secret : hypocritement il promet d’aller rendre hommage à cet enfant nouveau-né, alors qu’il ne pense qu’à ce rival qui surgit et va lui ôter son pouvoir.

La nuit, c’est aussi un temps propice à la manipulation pour faire faire à d’autres ce qu’on a peur de faire soi-même.

Il envoie les autres voir de quoi il retourne. Lui reste enfermé dans son palais. Il ne prend pas le risque de quitter sa forteresse. La confiance envers un Dieu qui vient, ce n’est même pas envisageable pour lui : le messie qu’il s’est créé n’est qu’un Dieu qui va vouloir usurper son pouvoir, lui voler sa vie, prendre sa place… Il est tellement obsédé par le pouvoir qu’il imagine que Dieu l’est aussi.

Il ne peut pas voir que le Dieu qui s’approche dans la nuit est tout autre, qu’il ne vient pas lui voler sa vie. Il vient seulement lui offrir la sienne… en le libérant de son obsession pour le pouvoir. En le libérant des idoles encombrantes que sont la richesse et la domination.

Il y a une autre vie possible… mais Hérode ne le voit pas.

L’attitude d’Hérode, n’est-elle pas la nôtre lorsque nous avons peur de rencontrer un Dieu inattendu qui nous mettrait en cause, lorsque nous renonçons à lâcher les petits pouvoirs dans lesquels nous avons tant investi, lorsque nous préférons nos idoles à la vraie liberté.

Pourtant, lorsque Dieu se révèle à nous, c’est pour renverser les idoles qui nous possèdent, qui nous enferment et qui risquent de nous faire mourir à petit feu.

Les savants et Hérode sont restés enfermés.

Les mages, eux, se sont mis en chemin.

On en a fait des rois, mais ce n’est qu’au sixième siècle que cette tradition s’est imposée. Dans notre texte, ce ne sont pas du tout des rois, mais des étrangers venus de loin.

En parlant de rois, on laisserait entendre que ce sont des gens socialement légitimes pour oser s’approcher du roi des Juifs, des gens de la meilleure société. Mais non, ce sont plutôt des immigrés, des gens pas de chez nous, aussi suspects pour l’époque qu’aujourd’hui. Et bien sûr, ce sont des païens. Pas tellement légitimes, en somme…

C’est pourtant eux qui se mettent en route. Là où les autres restent enfermés, dans leurs lieux habituels, lieux de savoir, lieux de pouvoir, eux quittent leurs habitudes et se risquent à aller voir.

Il n’y a que les mages qui se mettent en chemin.

Ce sont des savants ou des sages qui connaissent les astres, habitués à les observer. En ce temps-là, l’apparition d’un grand personnage était associée à un phénomène cosmique. D’après le texte, ces mages connaissent aussi les Écritures d’autres peuples. Ils connaissent les prophéties messianiques, que nous trouvons notamment dans les livres d’Ésaïe et de Michée, puisqu’en arrivant à Jérusalem, ils demandent “où est le roi des juifs qui vient de naître ?“ Ils ont observé une étoile et ils ont fait confiance à autre chose qu’à leur savoir. Ils sont en route, ils sont en quête.

Et ce sont bien ces étrangers qui vont, les premiers, voir la face de Dieu fait homme ! C’est-à-dire un enfant, un nouveau-né, la fragilité faite homme… c’est ça : Jésus, c’est la fragilité de Dieu faite homme… Et c’est ainsi que Dieu se révèle, au cœur de la nuit. Comme un enfant menacé par les pouvoirs en place. Comme une faiblesse, une précarité, qui rejoint la nôtre. C’est ainsi que Dieu se dévoile.

En quel Dieu croyons-nous ? Quelle lumière pour nous au cœur de la nuit ? Quelle aube sur nos chemins ? Où mettons-nous nos espoirs ? Autrement dit, qui sommes-nous ? Sommes-nous des religieux qui connaissent leurs catéchismes, leurs textes sacrés, sur le bout des doigts et refusent de quitter leur lieu de sécurité ? Sommes-nous des Hérode qui veulent utiliser Dieu pour notre propre pouvoir, pour éviter d’avoir à mettre un pied dans la confiance ? Est-ce que nous céderons à la tentation “d’assigner Dieu à résidence dans le ciel“ ?

Ou sommes-nous des mages, étrangers, en recherche, à l’affût d’une parole, toujours en marche ? Quand nous ne nous reposons que sur notre savoir ou notre pouvoir nous sommes poussés à juger, à décréter qui est bon et qui est méchant, qui est méritant et qui est inutile, qui sera élu et qui sera réprouvés… Mais Dieu, lui, ne raisonne pas ainsi. Dieu vient bouleverser l’ordre du monde pour s’occuper de ceux qui ne se prévalent ni de leur force, ni de leur pouvoir, ni de leur savoir, ni de leur valeur, leur connaissance ou leur labeur. Dieu s’est saisi de la manifestation d’une étoile qui va mettre quelques-uns en marche… vers sa révélation au cœur de la nuit.

Il nous reste, nous, à entendre cette révélation et à la rejoindre.
À réaliser que Dieu règne déjà, que le monde qu’il suscite ne dépend ni de nos savoirs, ni de nos pouvoirs, mais de l’appel à le rencontrer.

Ainsi abandonnons la tentation d’assigner Dieu à résidence dans les cieux et suivons plutôt l’étoile qui nous précède et qui nous annonce un Dieu surprenant. Dieu vient, au cœur de la nuit, pour nous libérer, pour nous mettre en recherche, sans savoir à l’avance ce que nous allons trouver. Il vient se révéler et ainsi nous réveiller. La liberté nous est donnée de suivre cette étoile qui fait désirer un autre monde, une étoile qui éveille notre créativité, notre humanité. Une étoile sur un chemin qui nous ouvre à l’inattendu de la grâce… délivrés de nos peurs par un Dieu qui vient habiter notre nuit.

AMEN

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