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jan 13th

prédication du 10 janvier 2021

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Prédication Marc 1, 4-13

 

Frères et sœurs

 

Je dois avouer que le texte du jour ne m’a pas vraiment emballée, surtout pour un jour comme celui-ci. Si vous vous souvenez bien, nous avions programmé la reconnaissance du ministère du conseil en novembre. Je ne me souviens plus du texte, tant de choses se sont passées depuis, tant de préparatifs, tant de rencontres virtuelles me séparent de ce temps. Toujours est-il qu’il m’avait bien plu. Je m’étais dit qu’il était parfait pour un culte de reconnaissance. Aujourd’hui, j’aurais pu en changer, vous savez que je ne me laisse pas emprisonner par les listes catholiques. Mais ce n’est pas si simple, de retour de congés, sans avoir parlé à grand monde, je me suis sentie loin de vous, de vos préoccupations, de ce dont vous auriez besoin. Alors, voilà le texte du jour, un peu augmenté. En effet, comment séparer Jean de son baptême, comment séparer le baptême de Jésus et sa tentation ?

On peut le faire, bien entendu, on peut tout faire. Mais honnêtement, comment cela peut-il résonner dans nos vies cette expérience de Jésus ? A moins d’avoir eu la même, cela n’a de valeur qu’historique. Surtout étant donnée la manière lapidaire dont Marc raconte l’événement.
Alors que si on lit un peu plus, cela devient très intéressant.
Jean le baptiseur ou Jean le plongeur est, comme Jésus, un personnage historique même s’ils n’avaient sans doute pas de lien de parenté. Prêtre en rupture avec le temple, il crée son propre mouvement dans le désert. Dans le désert. Le mot est utilisé 3 fois en quelques versets. Le désert, ce n’est pas le Sahara. Le désert, c’est un lieu inhabité. En effet, Jean pratique son rite d’immersion dans le Jourdain qui, même s’il n’est pas bien large, rend la vallée verte et fertile. Le désert et le Jourdain, cela nous fait penser au temps de Moïse et de Josué, au temps où Dieu intervenait directement dans les affaires de son peuple élu. Le temps où ce peuple s’est frotté pour la première fois à son Dieu et cela n’a pas toujours été facile. Pour apprendre à le faire, il a fallu 40 ans d’errance dans le désert, justement. Et l’alliance conclue au Sinaï a été renouvelée devant Josué après une traversée miraculeuse du Jourdain.
Jean, c’est l’homme du passé qui annonce le futur. C’est le dernier prophète, celui à qui Dieu a parlé pour qu’il transmette au peuple sa parole. C’est celui qui annonce un temps nouveau, un temps différent. Quand on écoute la manière dont il annonce la venue de Jésus, on est tenté de se dire : ouf, quand il sera là, tout ira bien. Sans doute Jean le pensait-il.

Et, quand Jésus vient se faire immerger par Jean, il bénéficie de ce qu’on appelle une épiphanie, une théophanie plus précisément : Dieu se manifeste à lui de deux manières : il lui envoie son Esprit et lui affirme son amour de Père.

Pourquoi Jésus s’est-il fait baptiser ? Personne ne le sait. Parfois, on fait comme les autres par fraternité et non pas par besoin personnel. On va revisiter tel château connu par cœur pour être avec les amis qui ont envie de le découvrir. Dans la vie professionnelle, on assiste à telle présentation pour être avec l’équipe alors qu’on a suivi une formation sur le sujet, le pasteur invite quelqu’un pour parler d’une association qu’il connait par cœur mais y assiste avec ses paroissiens etc…

Et  Jean appelle  le peuple à la repentance, au changement radical de comportement, d’attitude, de vision du monde et des autres. En cela, Jean est déjà un homme du futur. C’est lui qui effectue la transition entre le monde ancien et le monde nouveau. Jésus, qui va appeler au même changement radical, se sent proche de Jean. Alors, il se fait baptiser.
L’évangéliste ne raconte pas la naissance de Jésus. Il fait débuter son histoire avec cette épiphanie. Certes, Jésus a toujours été Fils de Dieu. Mais dans sa vie, il y a un point de rupture. Il quitte son métier, sa vie d’avant et devient celui qui va changer le monde. Et ce point de rupture c’est son baptême et cette théophanie dont il bénéficie.

Le baptême de Jean est un baptême d’eau. Jean annonce celui qui va baptiser d’Esprit. C’est bizarre parce que Jésus ne va jamais baptiser. De plus, en lisant et relisant le texte, je me suis demandée si l’immersion de Jésus est ce qu’on appelle le baptême de Jean, puisqu’il reçoit l’Esprit à ce moment-là. C’est très paradoxal toute cette histoire, d’autant que nous qui baptisons du baptême de Jésus, nous baptisons avec de l’eau. Et si nous imposons les mains, cela ne garantit en rien la venue de l’Esprit.

Je pense que je vous ai complètement perdus. Tant mieux parce que moi aussi je suis perdue dans ces histoires d’eau et d’Esprit.

Alors, reprenons le tout : il y a le désert et l’eau dans le désert. Il y a l’Esprit, annoncé pour plus tard mais arrivé avec le baptême de Jésus qui est ou n’est pas le baptême de Jean et il y a ce qui est unique dans tous les récits parallèles de ce baptême, il y a les cieux qui se déchirent.
Je me demandais au début de ma réflexion ce qui pouvait nous interpeler nous, ici, aujourd’hui. L’épisode concerne Jésus, c’est lui qui a vu, entendu, reçu ce jour particulier qui inaugure son ministère. Ce qui nous concerne nous, outre la recherche d’une rencontre avec Jésus, toujours présente dans nos méditations, c’est exactement cela, les cieux qui se déchirent. Parce que ça, c’est le point de rupture. Nous avons vu beaucoup de continuité entre l’Ancien Testament et Jean, entre Jean et Jésus. D’autres épisodes de la vie de Jésus marqueront encore cette continuité.

C’est important, la continuité, cela nous enseigne et nous rappelle qu’un peuple nous précède, que l’histoire ne commence pas avec Jésus. Mais sans la rupture, nous resterions dans les péripéties de l’histoire du peuple d’Israël et de son Dieu, qui ne serait pas notre Dieu.

Les cieux se déchirent : les autres évangélistes disent les cieux s’ouvrent. Quand on ouvre, on peut refermer. Quand on déchire, c’est bien plus difficile de réparer et, sauf  dans des films de science-fiction, ce n’est jamais comme avant. Il y a la trace du raccommodage. Et parfois, on ne peut rien faire, la déchirure est trop importante, le tissu trop vieux ou alors c’est à un mauvais endroit.
Bonne nouvelle, les cieux se sont déchirés. Moi qui suis fan de fantasy et de science-fiction, je m’imagine cela comme une déchirure de l’espace-temps qui laisse apparaître un portail entre deux mondes. Mais, contrairement à la plupart de ces histoires, où l’autre monde est mauvais, c’est une bonne nouvelle pour nous. Cela ne crée pas du chaos, au contraire, cela va permettre de remettre de l’ordre dans la création ébranlée par le refus des humains d’être images de Dieu.

 

Les cieux se déchirent, l’Esprit se pose sur Jésus. Ça, c’est son expérience personnelle. Mais nous savons, nous qui avons lu la fin, que le rideau du temple se déchire aussi, permettant l’accès à Dieu, permettant à Dieu l’accès au monde. Bref, laissant l’Esprit se répandre sur la terre. Les cieux se déchirent et l’Esprit va devenir accessible à tous à la mort de Jésus.
Mais pour que cela soit possible, il faut l’épreuve du désert et de la tentation. Marc est lapidaire. L’Esprit chasse Jésus au désert au milieu de bêtes sauvages et pendant 40 jours, Satan le soumet à l’épreuve pendant que des anges le servaient.
Là non plus nous ne retrouvons pas les détails des autres évangiles. En plus, c’est très curieux, les anges servent Jésus en même temps que Satan le soumet à l’épreuve. Je souligne que le mot utilisé que nous traduisons souvent par tentation signifie aussi épreuve. De quelles épreuves s’agit-il ? On ne sait pas.
Notons ce que nous découvrons : Jésus n’est pas seul au désert. Au contraire, il est en bonne compagnie : les bêtes sauvages ne s’attaquent pas à lui et cela peut nous faire penser aux prophéties qui parlent d’une création réconciliée avec Dieu et avec elle-même. Les bêtes sont la création. Les anges eux, appartiennent au Royaume. C’est comme si le baptême désignait Jésus comme celui qui permet l’harmonie de tout, le lien entre tout. Et c’est vrai, évidemment. Mais ce temps idéal est aussi le temps de l’épreuve. Serait-ce comme je l’ai lu récemment que la plus grande tentation pour le Fils de Dieu aurait été cela : vivre cette harmonie, sans se préoccuper de l’élément perturbateur, de celui qu’il fallait faire retourner dans le plan de Dieu, à savoir l’être humain ? Ce n’est pas impossible. En tous cas, cela rejoint l’idée sous-jacente aux autres récits de l’épreuve au désert : la plus grande tentation, c’est d’utiliser le pouvoir donné à son propre profit.

Voyez, nous retrouvons l’ambivalence du désert : à la fois lieu de la présence de Dieu, en la personne de son Fils et lieu de l’épreuve pour les humains, en la personne de Jésus de Nazareth.

Ce que j’en déduis pour nous, c’est que la foi, la juste relation à Dieu n’élimine pas les déserts de nos vies, ces lieux d’épreuve où il nous est si facile de nous détourner de Dieu. La foi n’enlève pas la souffrance, elle n’élimine pas la peur, elle ne supprime pas la violence et l’égoïsme qui sont en nous. Le désert, s’il est derrière nous en tant qu’absence de Dieu, est aussi devant nous en tant que lieu de l’épreuve. Et, comme nos anciennes traductions et comme l’original grec lui-même, nous pouvons dire : Père, ne nous conduit pas dans l’épreuve, la vie ordinaire nous en réserve bien assez comme ça. En ce début d’année où il est de coutume de faire le bilan de l’année écoulée, je ne vais pas me lancer, ce serait bien trop déprimant. Je vous invite plutôt à faire le compte de tout ce qui a été une aide pour nous dans les épreuves traversées.

Qu’est-ce qui a permis à Jésus de résister, de retourner parmi les humains ? Vous me direz qu’il était le Fils de Dieu et c’est vrai. Mais il était aussi humain, comme nous. Or, une chose nous échappe encore. Je dis « nous » parce que je ne l’ai pas abordée. Mais peut-être l’avez-vous remarquée depuis longtemps. J’avoue que ce n’est pas mon cas. Jésus n’était pas seul. Je ne parle pas des anges ni des animaux. Nous sommes souvent choqués de lire que l’Esprit Saint a chassé Jésus au désert. Mais nous oublions que Jésus n’y pas allé seul. L’Esprit est descendu sur lui et ne l’a pas quitté jusqu’à sa mort.

Les cieux se sont déchirés. L’Esprit est là, dans notre monde. Dans les déserts de nos vies, qui sont parfois peuplés de tant de monde, de tant de bruit, de tant de confusion, nous ne sommes pas seuls. L’Esprit nous accompagne. Il nous soutient, il nous guide. Il nous permet de traverser les épreuves de nos vies matérielles. Il nous permet de résister à la tentation de nous prendre pour des dieux. Et si nous l’oublions, si nous oublions le chemin qui mène à Dieu, nous savons que les cieux ne peuvent plus se refermer. Le chemin est facile à retrouver, grâce à Jésus qui a traversé tous nos déserts, y compris celui de l’épreuve.
Amen

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