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jan 24th

Prédication du culte du 24 janvier

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Prédication Marc 1, 14-15

 

Frères et sœurs

 

Il est difficile en ce moment de faire des projets d’avenir, en tous les cas à court et moyen terme. La pandémie empêche tout sentiment de certitude. Nous ne savons pas quelles normes vont nous contraindre plus ou moins qu’aujourd’hui dans un mois, trois mois. Cela engendre un sentiment de grande fatigue et parfois de découragement, au point que beaucoup de personnes émettent des critiques excessives. J’en ai entendu la semaine passée, lors des nouvelles consignes. A entendre la personne exaspérée, j’avais l’impression que toute activité extrascolaire était interdite alors que seules les activités physiques intérieures l’étaient, et bien entendu celles concernées par le couvre-feu.

J’ai aussi vu sur les réseaux sociaux une petite vidéo amusante qui montrait plusieurs personnes se plaignant des restrictions, qui la fermeture des théâtres, qui celle des salles de sport, qui des bars et en aparté, on nous expliquait que ces personnes ne fréquentaient respectivement ni les théâtres, ni les salles de sport, ni les bars. Elles n’étaient ni artistes, ni gérants de salle de sport, ni restaurateurs. Mais elles étaient simplement des Français… J’ai assisté en direct à une partie de la passation de pouvoirs aux Etats-Unis, qui vivent des jours bien plus sombres que nous. Bien sûr, nous vivons dans une culture bien différente et sans hésiter je préfère vivre ici que là-bas. Cela dit, s’il y avait bien entendu beaucoup de politique dans ces discours, il y avait aussi beaucoup de joie et d’espérance. Je ne parle pas d’espoir, ce dernier est évident vu la situation dont ils sortent, mais d’espérance, clairement et publiquement proclamée. Cela m’a laissée bien songeuse et perplexe quant à notre propre incapacité nationale à faire preuve du même sentiment dans des circonstances bien moins dramatiques.

Bien sûr, nous sommes fatigués de la situation. Bien sûr aussi, c’est quand on nous interdit quelque chose qu’on a tout à coup envie de le faire. Bien sûr, les contacts sociaux en vrai nous manquent à tous. Et nous n’aimons pas ne pas pouvoir organiser notre temps. Or cette pandémie nous bouscule maintenant depuis des mois et des mois, avec pour seule vraie accalmie la période d’été.

Alors, c’est vrai, cela nous arrive à tous d’être découragés, déprimés. C’est normal, pourvu que cela ne dure pas, pourvu que cela ne devienne pas un motif pour ne plus vivre.

Parce que là, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer : le temps est accompli. Ce temps est non pas le temps chronologique, le chronos, mais le temps favorable, le temps de la manifestation de Dieu, le kaïros. Le temps de Dieu est arrivé. Le temps est là, maintenant. Le temps de nous réjouir à l’annonce d’une bonne nouvelle. Et pas n’importe laquelle mais la bonne nouvelle de Dieu. Rien que cela. Et il y a urgence. Puisque le temps est arrivé, il faut absolument en profiter.
La bonne nouvelle, c’est que le règne ou le royaume de Dieu est proche. Pour le voir, pour s’en approcher encore plus, pour vivre de cette bonne nouvelle, il suffit de croire et de changer radicalement dit la traduction que nous avons lue.
A priori, nous qui sommes ici croyons pour la plupart. Certains sont peut-être en recherche ou dans une période de doute, mais ils se sentent concernés par cette bonne nouvelle. C’est donc qu’il nous faut méditer le reste de la proclamation de Jésus. Commençons donc par le changement radical.

 

Le mot changer radicalement est la traduction du mot grec metanoia. La traduction la plus courante de nos bibles est conversion.  Mais ce mot est chargé d’un sens qu’il n’avait pas à l’époque de Jésus. Se convertir, ce n’est pas adopter une religion, c’est changer de manière de penser, avec le sous-entendu qu’on passe d’une mauvaise manière de penser à une bonne manière de penser. Et pour les auteurs du Nouveau Testament comme pour les philosophes grecs, ce changement de pensée implique un changement au niveau des actes, de la vie quotidienne. La foi et la metanoia sont deux choses différentes Puisque Jésus les mentionne toutes les deux dans son exhortation. La foi sans metanoia serait vaine et la metanoia sans la foi ne permettrait pas de percevoir la proximité du royaume de Dieu.

Si ma foi n’entraîne pas un changement de vision du monde, en quoi est-ce que je crois ? En qui est-ce que je crois ? Comment puis-je dire que je crois en un Dieu qui aime le monde si moi je ne l’aime pas ? Comment puis-je entendre l’enseignement du Christ si je n’y adhère pas ?

Si je change de vision de monde sans avoir la foi, je serai une femme de bien mais qui me soutiendra dans mes épreuves ? Qui m’aidera à garder le bon cap ?

Ensemble, les deux nous permettent de nous réjouir d’une bonne nouvelle : le Royaume de Dieu s’est approché puisque le temps est accompli.  Les deux verbes sont à un temps qui n’existe pas en français, le parfait : un passé qui s’étend jusqu’au présent et englobe le futur. Le temps est toujours là, le Royaume est toujours proche. Le message de Jésus n’est pas un message ancré dans un temps et une culture, il s’adresse à toutes les générations. Il est pour nous, aujourd’hui.

Si nous inversons les choses nous pouvons déduire de la proclamation de Jésus que si nous ne pensons pas, ne vivons pas différemment de ceux qui ne croient pas, c’est que nous n’avons pas entendu l’exhortation de Jésus, nous n’avons pas la foi dont il parle ou nous n’avons pas effectué ce changement de pensée qui nous permettraient de vivre la bonne nouvelle de Dieu, de sentir la proximité du Royaume.

Si nous proclamons notre foi mais refusons l’enseignement du Christ, nous nous trompons de chemin.
Si nos cultes ne sont pas des lieux de joie qui nous permettent de vivre nos épreuves avec force et confiance, nos églises et temples doivent rester fermer comme les cinémas.

Si notre prière personnelle et communautaire ne nous rend pas plus proches les uns des autres, si elle ne génère pas de joie, elle ne nous rend pas non plus proche de Dieu.

Si nos actions humanitaires ne sont pas faites au nom de Christ, si nous ne voyons pas son visage dans celui de celles et ceux que nous aidons, alors nous nous éloignons du Royaume de Dieu.

Si nos gestes de protection de l’environnement et de la création nous coûtent tant que nous cherchons des excuses pour éviter de les accomplir, alors nous ne pouvons pas vivre de la paix que le Christ nous donne.

 

Le temps est arrivé : le Royaume de Dieu est proche. C’est une bonne nouvelle et nous sommes tous d’accord, des bonnes nouvelles, nous en avons besoin. Alors, puisque je pense que tous ici cherchent à renforcer leur relation à Dieu et qu’il est un peu inutile d’appeler à la foi, à la confiance en Dieu, alors donc, il nus faut une fois de plus changer de vision de monde.
Je dis une fois de plus parce que nous oscillons en permanence entre le bien et le mal ; entre ce que Dieu veut pour nous et ce qui nous éloigne de lui. Entre le chemin qui mène au Royaume et celui qui se termine en impasse.
Le temps est arrivé : Christ s’est rendu présent et il demeure présent à jamais. Le Royaume de Dieu s’est approché une fois pour toute. Il ne s’éloignera plus, au contraire, un jour il sera présent partout dans le monde. Le temps est arrivé, et c’est occasion de joie.

Si vous pensez que cette prédication de Jésus est datée ou au contraire tellement vague qu’elle n’a plus de sens aujourd’hui, détrompez-vous. Elle est destinée à chacun de nous et à nous tous réunis. Elle n’a rien perdu de son urgence et de son actualité. Il est urgent de se convertir, de changer de manière de penser, et donc d’agir. Il est urgent de vivre dans la foi, dans la confiance. Il n’y a rien de plus urgent.
Peut-être ne le trouvez-vous pas. Peut-être pensez-vous qu’actuellement, dans vos vies, il y a plus pressé. Peut-être même estimez-vous que puisque le temps est arrivé et qu’il ne sera jamais trop tard, vous pouvez bien attendre.

Moi, je vous dis que pour Dieu, rien n’est urgent. En effet, le temps est accompli depuis près de 2000 ans. Le Royaume et proche et Jésus se tient présent, que vous vous tourniez vers lui ou pas. Ce qui est urgent l’est pour vous, pour nous. Pour chacun de nous.

Jésus ne prend pas le temps de faire le deuil de Jean. Il ne prend pas le temps de faire des projets, d’établir des feuilles de route, de faire des listes de tâches et d’établir des priorités. Jésus se lève et part parce que c’est urgent. Pas urgent pour lui, urgent pour l’humanité. Urgent pour chaque personne.

Nous vivons tous des déserts dans nos vies, j’en ai parlé il y a quelques temps. Mais lorsqu’on est croyant, on est soutenu par le souvenir des moments de réelle communion avec Dieu et les uns avec les autres et cela nous permet de traverser les déserts spirituels de nos vies. N’oublions pas que cela peut nous aider à traverser les épreuves matérielles de nos vies, épreuves individuelles et collectives.
Aujourd’hui, nous avons besoin de foi et nous avons besoin de metanoia, de conversion, de changement radical. Alors, nous pourrons compter nos bénédictions. Alors nous pourrons vivre de la présence du Christ à nos côtés. Alors, nous pourrons marcher sur ce chemin, être à notre juste place chacun et tous ensemble.

Alors, les églises et temples seront un lieu de ressourcement spirituel, psychologique et même physique en ce temps de contraintes sanitaires. Nous vivrons mieux l’éloignement de nos proches. Nous apprendrons à compter les bonnes nouvelles, celles qui n’ont pas de majuscule mais qui s’accumulent si souvent oubliées dans un coin de nos vies ; elles seront alors fêtées comme elles le méritent.

Alors, notre prière personnelle ou communautaire nous rendra de plus en plus proches du Christ et les uns des autres, nous permettant de vivre sa joie et sa paix au temps de l’épreuve.
Alors, nos actions humanitaires seront portées par notre foi et nous découvrirons dans chaque visage le reflet d’un frère ou d’une sœur, d’une personne aimée de Dieu.

Alors, chaque effort consenti pour mieux garder la planète sera pour nous occasion de fierté et de joie. Alors, nous ne serons plus découragés par l’ampleur de la tâche mais, au contraire, nous pourrons contempler chaque créature, chaque plante avec émerveillement en nous sentant chacun à notre place, soutenus par l’espérance du royaume dont nous sentons la proximité et qui un jour sera révélé au monde entier.

Amen

 

 

 

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