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fév 11th

prédication du 7 février: David (et Dieu) contre Goliath (1 Samuel 17)

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Frères et sœurs

 

Les enfants de l’école biblique découvrent cette semaine la suite des aventures de David et cette histoire en fait partie ; C’est d’ailleurs ce qui peut éventuellement rester dans leurs mémoires le reste de leurs vies.

Le mois dernier, nous avons médité sur l’onction que Samuel donne à David. David est le roi que Dieu s’est choisi. Mais il ne sera roi qu’à la mort de Saül. En attendant, le jeune David passe son temps entre les troupeaux de son père et la musique. En effet, il joue régulièrement pour calmer les humeurs noires du roi Saül.

Les conflits entre voisins sont nombreux en ces temps anciens. Les Philistins, sans doute d’origine grecque, habitent la zone côtière. Les Israélites occupent une partie de l’intérieur des terres. Et chacun veut s’étendre sur le territoire de l’autre. Il ne faut pas s’imaginer des guerres comme du temps de Louis XIV par exemple. Les territoires sont minuscules et les hommes peu nombreux.

Goliath est un géant philistin et lorsqu’il lance son défi de combat singulier, personne ne se sent capable de l’affronter, malgré les récompenses offertes par le roi. Pourtant, celui qui est vainqueur ne possèdera pas simplement quelques territoires en plus, il soumettra le peuple ennemi et en fera des esclaves.
Goliath reprend son défi quarante jours de suite. Quarante, cela fait penser à beaucoup d’événements bibliques, du déluge à l’épreuve de Jésus dans le désert. Mais plus particulièrement dans ce contexte où il est question d’esclavage, je pense aux 40 jours que Moïse passe sur la montagne lorsqu’il reçoit les tablettes de la loi, loi donnée par Dieu à son peuple lors de la conclusion de l’alliance au Sinaï. Or, pour établir cette alliance, Dieu a libéré son peuple de l’esclavage. Y retourner, ce serait détruire tout ce qui lie les Israélites à leur Dieu. Et pourtant, personne ne bouge. La peur paralyse tous les soldats de Saül. C’est une tâche impossible à accomplir qui leur est demandée et pourtant, c’est toute l’histoire du peuple avec Dieu qui est remise en question. Et pour chacun d’eux, c’est la destruction du lien avec le Seigneur qui s’opère jour après jour.

Des Philistins, il n’y en a plus mais des situations qui paralysent, nous en rencontrons régulièrement. Des situations dans lesquelles nous nous sentons impuissants, battus d’avance. Evidemment, en ce temps difficile de pandémie, c’est facile d’en trouver : tant de personnes renoncent à vivre, à faire des projets, voire à sortir de chez elles. Bien entendu certains sont fragiles mais ce repli sur soi touche aussi ceux qui ne le sont pas. Tant de personnes obsédées par le risque ne pensent plus à rien d’autre, renoncent à agir là où elles le pourraient pourtant. Il suffit de voir la place que prend la pandémie dans les médias. On oublie les défis environnementaux, on oublie ceux qui meurent à nos frontières, on oublie ceux qui sont seuls par la force des choses : personnes âgées en maison de retraite, malades hospitalisés, prisonniers. On ne pense plus qu’à une chose, le risque pour notre santé, notre travail et ceux de nos proches. On oublie de vivre ; on passe à côté des bonnes choses qui nous sont pourtant offertes malgré les contraintes sanitaires, on laisse les autres mourir. Ce n’est pas le cas de tout le monde, bien entendu, mais c’est suffisamment répandu pour mettre la société entière en danger.
Sans compter tous ceux qui prétextent de la pandémie pour ne pas faire correctement leur travail…souvent au détriment d’autres.

Mais revenons à notre vie d’avant. Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver des situations qui risquent de paralyser, des situations dans lesquelles on baisse les bras avant de commencer. Par exemple, la question des défis environnementaux. J’entends souvent des personnes dire que leur implication ne changerait rien, qu’elle ne serait qu’une goutte d’eau dans un océan d’adversité.
D’autres disent exactement la même chose de la pauvreté dans le monde.

Pourtant, comme les Israélites devant Goliath, nous savons que ne rien faire mène à la catastrophe tant collective qu’individuelle.

De l’autre côté, il y a David. Il est jeune, il n’a sans doute pas la stature d’un guerrier adulte mais il n’est pas sans expérience. Parmi les soldats de Saül, il ne devait pas y en avoir beaucoup ayant déjà affronté un lion. Il n’est pas non plus sans réflexion stratégique : il déstabilise Goliath en le rendant trop sûr de lui. Peut-être même a-t-il caché sa fronde le long de sa jambe. Le combat n’est pas si déséquilibré que cela. Quand on sait d’avance qu’on ne peut pas vaincre un adversaire avec les armes de ce dernier, en changer reste la meilleure solution.

Ainsi donc, David n’est pas incapable de se défendre. Nous ne sommes pas dans un conte de fées genre le petit Poucet. Mais c’est quand même un combat inégal et c’est l’état d’esprit dans lequel David part au combat qui va changer la donne. David est clair : il va laver l’honneur de Dieu mis à mal par Goliath, il va consolider l’alliance du peuple avec le Seigneur. Et il va y arriver parce que Dieu agira au travers de lui.

David a confiance en Dieu. Il sait que Dieu l’a déjà protégé dans des circonstances bien moins dramatiques. Il en déduit que pour sauver son peuple de l’esclavage, Dieu le sauvera, lui, David.

Contrairement à beaucoup de personnes, David ne se félicite pas lui-même quand tout va bien pour accuser Dieu quand cela ne va pas. N’avez-vous pas remarqué cela autour de vous ? On accuse facilement Dieu. On le remercie beaucoup moins.

David aurait pu baisser les bras devant un défi impossible. Il aurait pu aussi reprocher à Dieu d’avoir conduit le peuple à cette situation. Ça, c’est la solution d’apparente facilité. Apparente parce que la conséquence pour tous serait terrible. Il aurait aussi pu se dire que ce n’était pas son problème. Après tout, il n’était pas soldat. A ce petit jeu, on perd aussi. Or, ce jeu, il est encore joué de nos jours. Par exemple, chaque fois qu’on se dit face à une misère que nous pouvons alléger : « ce n’est pas ma responsabilité, c’est celle de l’Etat », on joue à ce petit jeu. Chaque fois qu’on se dit « cela n’est pas mon problème, cela ne me regarde pas » et qu’un enfant est maltraité, une épouse est battue, on joue à ce petit jeu. Et la conséquence est la même : nous tournons le dos à la liberté que Dieu nous donne pour retomber dans l’esclavage. Chaque fois que nous agissons ainsi, nous perdons un peu de notre humanité, pas l’humanité génétique ou biologique, mais celle qui nous lie à Dieu.

Pour les Israélites, l’enjeu est de taille et la menace immédiate et absolue. Pour nous, c’est souvent plus insidieux. Mais c’est tout aussi dangereux en réalité.

Je ne dis pas qu’il n’y a jamais de situation où nous sommes impuissants. Je ne dis pas non plus que notre action peut toujours faire changer les choses immédiatement. Mais nos actions ne sont jamais inutiles. Je ne peux rien pour empêcher un coup d’Etat à l’autre bout du monde. Par contre, je peux militer contre les ventes d’armes puisque ce sont souvent les armes que nous fabriquons qui sont utilisées dans ces situations dramatiques. Je ne peux rien contre les catastrophes naturelles. Mais je peux aider ceux qui en sont victimes. Je ne peux pas à moi seule enrayer le changement climatique. Mais je peux changer mon mode de vie pour y contribuer le moins possible.

David lui, parce qu’il est un héros biblique, peut changer les choses pour son peuple. Mais un héros biblique, ce n’est pas un surhomme. Ce n’est pas un demi-dieu de la mythologie. C’est un homme qui ose y aller parce qu’il sait qu’il n’est pas seul. Dieu est avec lui. La confiance qui l’anime lui permet d’affronter le géant et de le vaincre.

Ce qui me conduit à une dernière piste de réflexion. Vivre en plaçant sa confiance en Dieu change tout. Bien sûr, comme nous l’avons redécouvert, cela nous donne la force d’engager des combats que d’autres jugeraient perdus d’avance ou trop dérangeants pour leurs vies tranquilles. Mais parfois, le combat est peut-être vraiment perdu d’avance. Pourtant, la confiance en Dieu nous permet de nous y engager malgré tout parce que cette confiance génère de l’espérance. L’espérance, c’est que qui nous soutient même quand il n’y a plus d’espoir. L’espérance se nourrit de notre confiance, elle nous permet justement de ne pas arrêter de vivre quand ça va mal, de ne pas nous replier sur nous-mêmes quand l’épreuve survient. Elle nous permet de continuer à avancer non pas pessimistes et défaitistes mais conscients de la présence de Dieu à nos côtés, nous appuyant les uns sur les autres et capables de déceler les bienfaits de Dieu au cœur même des épreuves. La confiance en Dieu nous permet de nous abriter dans son amour pour reprendre des forces. Grâce à son soutien, nous pouvons marcher sur le chemin qu’il nous désigne : malgré toutes les obscurités de nos vies, il est éclairé par la lumière de son amour

Amen

 

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