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fév 17th

Prédication du 14 février: Marc 1, 40-48

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Frères et sœurs

 

Dimanche dernier, c’était dimanche des enfants et j’ai lu un long chapitre du livre de Samuel avant de le méditer avec ceux qui étaient présents. Peut-être avez-vous partagé cette méditation par la suite, à distance. Aujourd’hui, quelques petits versets dans l’évangile de Marc retiennent notre attention. La scène est courte, le rythme rapide comme souvent chez cet évangéliste.

C’est qu’il s’en est passé des choses depuis le commencement de l’évangile. Les scènes se succèdent à un rythme soutenu. Jésus est baptisé, il est soumis à l’épreuve, il appelle ses 4 premiers disciples, il guérit un possédé et la belle-mère de Pierre le jour du sabbat, puis quantité d’autres personnes. Il se déplace et annonce l’Evangile et chasse les démons, sans oublier prière et ressourcement à l’écart de la foule. Ouf, et on n’est qu’au premier chapitre !

Vient un lépreux. La lèpre est une maladie terrible dont on ne guérissait pas. D’ailleurs, si aujourd’hui on la soigne bien chez nous, elle affecte terriblement les populations des pays pauvres. La seule solution était d’isoler les lépreux. Il me semble que cela nous parle particulièrement en ce moment en raison de la pandémie qui sévit. Les malades doivent s’isoler ainsi que leurs proches. Mais à la différence des lépreux d’autrefois, ce n’est que pour un temps. Les personnes fragiles sont isolées elles-aussi, de même que toutes les personnes dépendantes. Dans les Ehpad, hôpitaux, prisons on ne peut presque plus avoir de visites voire plus du tout selon la politique de la direction des établissements. Alors oui, nous comprenons un peu ce que cela signifie d’être lépreux.
Sauf que dans l’univers biblique, le mot lèpre recouvre toutes les affections de la peau. Evidemment on guérit de certaines d’entre-elles, c’est pourquoi il existe une procédure de déclaration de bonne santé faite par le prêtre. C’est en effet le prêtre qui garantit le retour à la normale parce qu’une des conséquences de la lèpre, c’était l’interdiction de toute pratique religieuse. Pas de synagogue, pas de temple pour les lépreux et donc pas d’accès à Dieu. La raison en était double : celle qui rejoignait l’obligation d’isolement de nos malades du covid : il faut protéger la population d’une éventuelle contagion mais certaines pathologies n’étaient pas contagieuses. Par contre, toutes étaient susceptibles d’affecter la relation à Dieu et c’est là l’autre raison, qui tenait à des questions de pureté rituelle. En effet, les malades de la peau étaient en état d’impureté permanente et de ce fait, il fallait éviter les contacts avec eux de peur de devenir impur par contact. Or l’accès au temple était réservé aux personnes pures ; des procédures de purification étaient codifiées pour permettre au plus grand nombre cet accès. Ainsi par exemple, la femme après ses règles ou après un accouchement ou la personne ayant touché un cadavre se pliaient à ce type de rituels.

Donc le lépreux qui s’approche de Jésus n’a pas forcément la lèpre ou une autre maladie contagieuse mais ce qui est sûr c’est qu’il est impur.

Ce qui est sûr aussi, c’est qu’il transgresse la loi en s’approchant de Jésus. Il interpelle Jésus « si tu le veux, tu peux me rendre pur ». Déclaration de confiance en Jésus le thérapeute ou confession de foi ? A ce stade de l’évangile, il est peu probable que des inconnus reconnaissent en Jésus autre chose qu’un rabbin guérisseur et exorciste. Mais celui qui peut chasser les démons peut tout, n’est-ce pas ?

L’attitude de Jésus est étrange. Il est ému, guérit le lépreux puis se fâche et le chasse comme il chasse les démons. Ça, c’est curieux quand même. Certains manuscrits écrivent « se fâche » au lieu de « est ému ». C’est plus cohérent avec la suite même si cela nous perturbe encore plus. En même temps, on ne voit pas un copiste écrivant « se fâche » à la place de « est ému » parce qu’on ne transforme jamais le texte pour le rendre plus difficile dans les scriptorium antiques.

Pourquoi Jésus se fâche-t-il ? Cela peut être parce que le lépreux ne se soucie pas de contaminer Jésus et toute personne se trouvant avec lui. Moi, ça me parle ces temps-ci. Tant de personnes sont imprudentes, ne pensant qu’à leur liberté au lieu de protéger les autres. Pas de masque ou masque sous le menton, réunions clandestines, voire même continuer à travailler alors qu’on se sait malade. Oui, je vois bien Jésus se fâcher pour ça.

Cela peut être aussi parce que le lépreux fait une sorte de chantage : si tu veux, tu peux. Comment Jésus pourrait-il refuser ? Cela m’énerverait aussi !

Si Jésus n’est pas seul, il va être considéré comme impur et donc ne pourra plus ouvertement côtoyer les populations. Le texte dit d’ailleurs qu’il ne pouvait plus entrer dans les villages.

Mais cela pourrait aussi être parce qu’il sait que l’ex lépreux ne va pas lui obéir et va raconter ce que Jésus a fait, le plaçant de fait dans la catégorie des guérisseurs alors que ce que Jésus désire d’abord, c’est annoncer l’Evangile. Guérir pour lui, c’est illustrer cette bonne nouvelle. Ce n’est pas son job principal.

Le malade désormais guéri n’obéit en effet pas. Il ne va pas d’abord demander son certificat de bonne santé mais s’en va proclamer et annoncer la Parole. Il devient prédicateur. Or il est trop tôt pour cela ; Jésus ne peut pas dévoiler qui il est avant la croix. Pour Marc, seules la croix et la résurrection permettent de comprendre qui est Jésus. Le lépreux ne l’a pas compris, il ne peut donc pas l’annoncer correctement.

A vous de choisir parmi ces différents motifs de colère.

Il n’en reste pas moins que Jésus a guéri le lépreux.

Parfois, nous sommes trop passifs devant le Seigneur. Nous attendons qu’il nous aide. Le lépreux a pris les choses en main, quitte à transgresser une loi importante puisque les questions de pureté et d’impureté étaient fondamentales dans la pensée de l’époque. Le lépreux a choisi les mots pour forcer la main de Jésus. Il n’a été poli et suppliant qu’en apparence. Dire « si tu veux, tu peux », c’est certes une marque de confiance, mais c’est aussi mettre Jésus au pied du mur. Beaucoup de personnes aujourd’hui n’osent pas demander pour elles-mêmes. Dieu saurait ce dont elles ont besoin. Et certaines attendent sans rien faire qu’il agisse. Ces dernières ont faux sur toute la ligne. Il faut y aller, se secouer, secouer Dieu. Cela ne veut pas dire qu’on aura ce qu’on veut. A Gethsémané, Jésus lui aussi a prié « si tu veux, tu peux », de manière plus humble que le lépreux…et Dieu n’a pas voulu. Mais il a répondu à Jésus, il l’a ressuscité. Oui, Dieu répond toujours…

Vous connaissez le dicton « aide-toi, le ciel t’aidera » ? Il est complètement vrai. Nous aurions pu le citer la semaine dernière en retrouvant David devant Goliath. C’est ce que vit le lépreux aujourd’hui. Et une fois guéri, il n’attend pas un signe des cieux pour témoigner. Au contraire, il prend ce droit contre l’avis de Jésus et va partout proclamer ce que Jésus a fait pour lui ainsi que la Parole, ce qu’on pourrait traduire par « comment Jésus a agi dans sa vie et dans son cœur », ce qui est bien l’action d’un témoin. Et ce qui est frappant, c’est qu’on parle de ce lépreux encore aujourd’hui. C’est vrai que les personnes à qui il a parlé ne pouvaient pas comprendre à ce moment particulier du ministère de Jésus mais elles ont compris plus tard. C’est vrai que lui-même ne pouvait pas avoir tout compris mais il est inutile de tout comprendre pour se lancer dans le témoignage de sa foi. Il suffit de se cantonner à faire ce qu’a fait le lépreux : annoncer ce que Dieu a fait dans nos vies. Dans l’évangile de Marc, Jésus lui-même ne comprendra que petit à petit la totalité de sa mission. Ce jour-là, il n’a pas compris que le lépreux devait raconter à tous ce qu’il avait vécu. L’évangéliste lui, qui écrit pour la même raison, l’a fort bien compris.
Parfois, nous sommes passifs aussi dans cet aspect de notre foi : nous aimerions bien dire ce que Dieu fait pour nous, ce que cela nous apporte de vivre avec les Christ à nos côtés. Mais nous n’osons pas. Nous n’osons pas devant nos proches, nous n’osons pas devant des étrangers. Pourtant, c’est facile et ça fait un bien fou. C’est sans risque pour nos vies et cela ne risque plus d’attirer les foules à Jésus pour les mauvaises raisons.

Le lépreux s’est démené avant et après. Il a eu du culot et cela a marché.

Revenons à Jésus : il est certes en colère mais il est lui aussi très dérangeant. Pas pour le lépreux bien sûr mais pour les autorités religieuses. Il n’a pas choisi le moment d’accomplir cet acte mais, le moment s’imposant à lui, il a fait le geste : il a touché le lépreux. Il aurait parfaitement pu le guérir sans le toucher, une parole de lui suffit, les exemples ne manquent pas dans l’évangile. Il le touche non pas pour le guérir mais pour montrer que la pureté est plus forte que l’impureté. Dans un univers où tout risquait d’éloigner de Dieu, où tant de choses étaient contaminantes pour la mort, Jésus touche le lépreux et le rend pur. Il montre par ce geste que c’est la pureté qui est contagieuse, pas l’impureté. Il contamine pour la vie. Dans ce monde religieux à l’extrême, tant de personnes se sentaient loin de Dieu parfois en raison de leurs actes mais souvent simplement parce qu’elles étaient : étrangères, femmes, malades, handicapées. Jésus fait voler tout le système en éclat en affirmant par son geste que Dieu se rend proche de tous, particulièrement des plus faibles et cela, même quand ce n’est pas le bon moment pour lui.

Parfois, nous nous sentons isolés des autres. En particulier en ce temps de pandémie, les contacts sociaux nous manquent. Mais ce que Jésus affirme, c’est que rien ne peut nous séparer de Dieu, sauf nos propres représentations, notre passivité, notre refus de nous tourner vers lui. Cela ne remplace pas nos contacts humains, mais Dieu nous aide à traverser cette épreuve en demeurant dans l’espérance et en nous réjouissant de ses bienfaits.

Evidemment, les contemporains de Jésus ne comprennent pas tout de suite et le débat sur le pur et l’impur va se poursuivre dans tout l’évangile. Mais les temps sont accomplis, le Royaume de Dieu s’est approché, Christ est au milieu de nous.
Amen

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