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fév 22nd

Prédication du dimanche 21 février par Alban Choutet

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[Vitrail de la Sainte-Chapelle]

Gn 1,27 et 31

Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, mâle et femelle il les créa.

[…] Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : ce fut le sixième jour.

 

Gn 2,7

Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme devant un être vivant.

 

 

Dans le passage que nous allons lire, Jésus vient de se faire baptiser. Le premier verset qui va être lu correspond à la fin de ce baptême, à une phrase prononcée par Dieu et à destination de Jésus.

 

Marc 1, 11-15

Et une voix survint des cieux : Tu es mon Fils bien-aimé ; il m’a plus de te choisir. Aussitôt l’Esprit chasse Jésus au désert. Durant quarante jours, au désert, il fut mis à l’épreuve par le Satan. Il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient. Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée. Il proclamait l’Evangile de Dieu et disait : « le temps est accompli, et le règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Evangile ».

 

C’est peu de dire que ce passage est dense. On a même l’impression qu’il y a eu des coupes. On passe du baptême de Jésus, à l’épreuve du désert, puis à la proclamation de l’Evangile et… « le temps est accompli, convertissez-vous et croyez à l’Evangile ». Tout cela en 5 versets !

Nous sommes encore au chapitre 1, dans l’introduction. Marc pose le cadre de son Evangile et il prépare son auditeur à la suite. En fait, dans ce passage, Marc nous donne des indications essentielles pour interpréter ce qu’il nous dit après.

Alors, quelle est cette clé de lecture qui va nous permettre de comprendre cet Evangile ? Autrement dit, que trouvons-nous au centre de l’Evangile de Marc ?

Pour répondre à cette question, nous allons faire quelques détours, au sein de l’Evangile de Marc, mais aussi dans les autres textes du Nouveau Testament. Ces détours ont pour but de souligner la spécificité du passage lu ce matin et d’en prendre toute la mesure.

 

Le temps est accompli : une particularité chez Marc

Lorsque Marc fait dire à Jésus « le temps est accompli », n’y a-t-il pas quelque chose qui vous surprend ? Jésus vient juste d’être baptisé, il a passé 40 jours dans le désert, on ne sait encore rien de sa prédication, il n’est pas mort, et encore moins ressuscité et pourtant, pour Marc, au chapitre 1, le temps est déjà accompli.

Dans l’Evangile de Matthieu, le baptême de Jésus y  est aussi évoqué, et il est suivi, comme chez Marc, du temps de l’épreuve au désert. Mais chez Matthieu, Jésus dit seulement « convertissez-vous : le Règne des cieux s’est approché » (Mt 4,17), il n’y a pas à ce stade, un « le temps est accompli ». Chez Matthieu, les Ecritures s’accomplissent avec le récit de Pâques, à la fin de l’Evangile (Mt 21,4 ; Mt 26,56 ; Mt 27,9).

Et nous sommes plus habitués à ce scénario qui monte vers Pâques. On chemine durant l’Evangile avec ces disciples qui ne comprennent pas vraiment qui est Jésus, ce qu’impliquent ses paroles, et puis quelque chose commence à s’éclairer à partir du lundi de Pâques, avec les récits des apparitions.

Quant à Paul, une grande partie de sa théologie part du scandale et de la folie de la croix. La révélation y commence à partir de la mort de Jésus, pas avant.

 

Une particularité qui apparait clairement avec la finale courte de l’Evangile de Marc.

Rien de tel chez Marc. Ce n’est pas la conclusion qui permettra de comprendre son Evangile, c’est l’inverse. C’est l’introduction, avec « le temps est accompli », qui est la clé de la conclusion. Pour prendre la mesure de ce « temps accompli », penchons-nous sur cette conclusion chez Marc.

Aujourd’hui le dernier chapitre de Marc est constitué aujourd’hui de 20 versets, mais les manuscrits les plus anciens ne comportent que les 8 premiers. On y lit que des femmes viennent embaumer le corps de Jésus, et là, un jeune homme vêtu d’une robe blanche leur dit de ne pas avoir peur, que Jésus n’est plus là, il est ressuscité, et il leur demande d’aller dire aux disciples et à Pierre que Jésus les précède et les attend en Galilée.

Et arrive ce huitième verset : « elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur ». Point final… Comme final de l’annonce d’une bonne nouvelle, on a vu mieux ! Et c’est ce qu’ont aussi pensé les premières communautés, qu’il manquait la fin de l’Evangile, et c’est ainsi que les versets 9 à 20 ont été ajoutés. Sauf qu’aujourd’hui, la très grande majorité des chercheurs estime que cette finale « courte » est bien la fin de l’Evangile telle que Marc l’a écrite.

Ces femmes ont eu peur, peur de ce qu’elles ont vu et entendu, peur de ce que cela implique, peur de cette révélation qui change tous leurs repères, peur de se convertir. Avec cette finale axée sur la peur, Marc montre que le message de Jésus n’est pas anodin, ce n’est pas une gentille petite variante au sein d’un judaïsme aux multiples composantes. Pour Marc, c’est toute la compréhension de Dieu qui en est bouleversée. Mais évidemment, Marc a fait en sorte que le lecteur ou l’auditeur ne s’arrête pas à cette peur. Il a donné auparavant les éléments pour dépasser cette peur. Et ces éléments sont dans le passage que nous avons lus aujourd’hui, à commencer avec « le temps est accompli » en introduction.

 

Marc insiste sur ce point car pour dire en grec « le temps est accompli », il utilise le temps du parfait, c’est-à-dire le temps du poids du passé qui ne s’achève vraiment que dans le présent. Quelque chose de très important venant du passé s’accomplit pleinement au temps présent. Ce qui arrive maintenant n’est pas une nouveauté, cela vient du passé. Alors, qu’est-ce qui est accompli ?

 

 

 

 

Le temps est accompli car l’amour de Dieu est premier

Très probablement Marc a compris qui était Jésus à la lumière des événements de Pâques. L’amour total et inconditionnel vécu et annoncé par Jésus, le Fils bien-aimé, cet amour-là continue à vivre après la mort de Jésus.

Mais Marc va au-delà : oui, Pâques permet de comprendre ce que peut être la foi, mais ce n’est pas l’origine de la foi.

Pour Marc, la foi repose dans l’amour de Dieu. Cet amour est premier, il vient du passé et s’accomplit maintenant. Voilà la clé de l’Evangile de Marc. Cela parait évident ou simplet, mais c’est puissant. Pour Jésus, cet amour s’accomplit avant le désert, avant le rejet par les siens, avant sa mort.

Avec « le temps est accompli », Marc annonce déjà qu’il ne fera pas de Jésus un Dieu, il en fera un messager de Dieu, un Christ pour rappeler aux hommes cet amour premier et que les hommes vivent en vérité lorsqu’ils vivent de cet amour.

Ce que Marc comprend grâce à Jésus, c’est que l’amour de Dieu est la source de la vraie vie, pas de la vie biologique, mais de la vie en relation avec Dieu. Marc comprend que cet amour de Dieu existe depuis toujours, et non depuis la mort et la résurrection de Jésus.

La révélation que Marc nous propose, est celle d’un Jésus qui devient le Christ mais qui s’efface devant celui qui l’envoie, un Jésus qui se replace dans l’histoire éternelle d’un Dieu qui aime sa création et ses créatures, nous l’avons lu en première lecture.

Cela bouleverse bien des compréhensions de Jésus et de Dieu, cela fait exploser les conceptions classiques sur qui est le Messie tant attendu, c’était inouï à l’époque de Jésus.

 

Alors, tout cela est peut être intéressant d’un point de vue christologique ou théologique, mais qu’est-ce que cela change pour nous ?

 

Eh bien Marc vient nous dire que justement, ça change tout pour nous, pour ici et maintenant !

 

« Aussitôt » : une conception interpelante de l’amour premier de Dieu

Ce que Marc décrit dans ce passage, ce n’est pas uniquement l’itinéraire spirituel de Jésus, c’est aussi un amour premier qui nous concerne. Mais de quel amour parle-ton ?

En effet, le texte nous dit que « aussitôt » après le baptême, Jésus est chassé, jeté dans le désert. C’est l’esprit de Dieu qui chasse Jésus au désert. Nous venons de parler d’un amour premier de Dieu et l’Esprit pousse Jésus « aussitôt » au désert. Un amour qui vous pousse aussi vite au désert, le lieu de l’épreuve par excellence, est-ce vraiment de l’amour ?

Oui, c’est ainsi que Marc comprend l’amour premier de Dieu pour chacun de nous.

Cela nous dit trois choses essentielles.

 

Dieu appelle à la liberté, à être nous-même

La première, l’amour de Dieu nous appelle à la liberté, la liberté d’être profondément nous-même, c’est-à-dire d’être en relation d’amour, véritablement, pas à moitié. Pour cela, Dieu pose un choix devant nous, et à nous de décider. Cette mise à l’épreuve de Jésus n’est pas un test pour savoir si Dieu a eu raison de le choisir, pour voir si Jésus est assez fort. Cet envoi dans le désert a pour but de faire grandir Jésus, de le confronter à ce qui est inévitable dans toute vie humaine : se retrouver face à soi-même, à qui on est, à cette histoire familiale et culturelle qui s’est imposée à nous, aux choix que nous avons pus faire. Durant ces 40 jours, Jésus perd tous les repères habituels qui structuraient sa vie. Si on enlève tout, et c’est le cas au désert, que reste-t-il ? Que reste-t-il au bout du bout ? Est-ce que je choisis Dieu ou est-ce que je choisis un faux-Dieu (l’argent, ma position sociale, le pouvoir) ? Est-ce que je choisis l’amour, la tolérance, le partage ou est-ce que je choisis l’indifférence, l’égocentrisme, le jugement sur les autres ? Est-ce que je me convertis ou est-ce que je continue comme avant ? Est-ce que je suis prêt à suivre Dieu, et d’accepter toutes les conséquences que peuvent avoir cet amour ? Car cette liberté a un prix : Jésus a été rejeté par les siens et est mort prématurément, dans des conditions pas très paisibles, comme beaucoup de ses apôtres et de ses disciples. Alors est-ce que ça valait le coup ? Dieu ne leur a  pas promis une vie plus longue, sans épreuve ni souffrance, mais une vie plus intense, qui a du sens et qui les a ouverts sur une autre réalité. Ceux qui ont vécu cette vie et cette liberté d’aimer, comme Jésus ou Marc, nous disent que oui, cet amour-là vaut le coup.

 

Dieu ne nous envoie pas les épreuves, mais son amour nous aide à les traverser

La deuxième chose essentielle vient d’une difficulté posée par ce que nous venons de dire. Faut-il nécessairement, comme Jésus, passer par le désert pour se rendre compte de cet amour premier de Dieu ? Allons même plus loin, Dieu est-il à l’origine de tous nos déserts, en espérant qu’à l’issue de l’un d’entre eux, nous changions notre façon de vivre ? Comment croire à un Dieu d’amour qui commencerait par d’abord nous faire souffrir ? Il me semble que Marc répond avec soin à cette difficulté. En effet, l’épreuve du désert à laquelle Jésus est confronté n’arrive pas n’importe comment, ni à n’importe quel moment de la vie de Jésus. C’est ce que souligne ce « aussitôt » ajouté précisément par Marc : c’est juste après le baptême, immédiatement après ce moment décisif où Jésus reçoit l’esprit. Autrement dit, Dieu a donné à l’instant les armes à Jésus pour affronter cette épreuve, et pour en sortir transformé. Il me parait donc hasardeux d’extrapoler ou de généraliser ce passage. On ne peut pas dire que Dieu nous envoie toutes nos épreuves, tous nos déserts.

Par contre, grâce à Jésus, nous savons qu’avec l’esprit de Dieu, il est possible de traverser nos déserts, d’en sortir en étant transformé et que nous serons capables d’affronter les épreuves qui suivront. Lorsque nous sommes faces à nous-mêmes, dans des moments difficiles ou devant des choix compliqués, Marc vient dire que l’amour premier de Dieu est là, qu’il peut nous aider à avancer. Cet amour n’est pas magique, il ne supprime pas l’épreuve ou le désert, il ne supprime pas notre liberté de choisir Dieu ou non, il ne nous télétransporte pas dans le jardin d’Eden. Simplement, cet amour nous accompagne et nous donne l’esprit pour avancer. C’est à la fois dérisoire et tellement puissant.

 

La troisième chose essentielle, c’est que l’amour de Dieu n’est pas la récompense de nos bonnes actions, ou sa variante, il n’est pas ce qui nous est promis pour après notre mort. Dieu fait de Jésus son Fils bien-aimé au moment du baptême, « le temps est accompli » au chapitre 1 et non à partir du lundi de Pâques, à la fin de l’Evangile. C’est parce que l’amour nous est déjà donné, qu’il nous est déjà assuré, que nous pouvons avancer dans les épreuves et vers la mort. Le salut nous est déjà donné, ce n’est plus une question, un pari ou un jugement à venir.  Ce salut gratuit par la foi seule n’est pas une récompense parce que l’amour de Dieu est premier.

 

Pour conclure, c’est sûr, nous ne sommes pas habitués à ce discours qui insiste autant sur l’amour premier de Dieu et ne fait pas la part belle au récit de Pâques. Marc tranche avec les autres Evangiles et les lettres de Paul. Il est singulier, et il mérite toute notre attention.

Le temps est accompli parce que l’amour de Dieu, de tout temps, de toute éternité, est là avant que nous en ayons besoin, avant nos déserts, avant notre mort à venir.

En même temps, cet amour nous appelle à grandir, à être responsable, à œuvrer pour le royaume. Jésus ne garde pas pour lui cet amour de Dieu, il l’annonce à tous ceux qui veulent l’entendre. Cet amour premier de Dieu a vocation à circuler, à être partagé. C’est ce que nous essayons de faire ce matin.

Mais il n’y aura aucune récompense, car l’amour de Dieu nous est déjà donné. Il y a juste à vivre profondément notre humanité, en lien avec ce Dieu qui nous aime tant. C’est là le sens de notre vie. L’amour qu’a reçu, vécu et transmis Jésus ne s’est pas arrêté avec lui. C’est le même Esprit qui nous anime aujourd’hui. C’est bien ce que nous confessons aujourd’hui, ici et maintenant. Et c’est ce qui nous fera traverser tous nos déserts, toutes nos épreuves, dès la sortie de ce culte. N’ayons pas peur, convertissons-nous, car l’amour de Dieu est premier, chaque jour que nous vivons. N’est-ce pas cela la Bonne Nouvelle ?

 

Amen.

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