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mar 4th

Prédication du 28 février 2021 – Marc 9, 2 à 10

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[Vitrail de la Sainte-Chapelle]

Prédication Marc 9, 2-10

Frères et sœurs

 

Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le !

Cela nous rappelle évidemment le baptême de Jésus. Mais au baptême, seul Jésus entend la voix. C’est à lui et pour lui que Dieu parle. Sur cette montagne, Dieu parle aux 3 disciples. Il nous parle. Et quand Dieu parle, il vaut mieux écouter. Dieu ne parle pas pour rien. Il parle pour nous.

Le problème, c’est que notre univers n’est plus celui des disciples. Il faut faire un effort de mise en contexte, voire de traduction bien plus complexe que d’habitude.  Avant d’en venir au changement d’apparence de Jésus, il convient de reprendre les échos évidents pour Pierre mais pas si simples à retrouver pour nous.
Six jours : dans le livre de l’Exode, au chapitre 24, nous lisons : 16La gloire du SEIGNEUR demeura sur le mont Sinaï, et la nuée le couvrit pendant six jours. Le septième jour, il appela Moïse de l’intérieur de la nuée.

Quand Moïse redescend de la montagne, il rayonne de la présence de Dieu. Ce rayonnement, mal traduit, a donné les cornes de Moïse tant prisées par les artistes.

La haute montagne fait évidemment penser au mont Sinaï où Moïse reçoit les tables de la loi. Elle rappelle également l’Horeb où Elie rencontre Dieu dans une « voix de fin silence » et où Dieu lui donne son ordre de mission. Alors, nous ne sommes pas surpris que ce soient justement Moïse et Elie que les disciples voient converser avec Jésus. Moïse qui a reçu la loi de Dieu, Moïse, le plus grand prophète à qui Dieu a promis un successeur comme lui. Elie, le grand prophète, enlevé auprès de Dieu sans mourir et qui doit revenir préparer la venue du Royaume.

Les échos se mettent en place, n’est-ce pas ?

Et puis, il y a les tentes. Des histoires de tentes, cela ne manque pas. Mais, avec les échos entre notre passage et l’Exode, on pense à la fête des tentes, Soukkot, qui commémore le séjour des Israélites au désert. C’est une fête joyeuse qui dure six jours et qui débute et s’achève par de grands sacrifices au temple. C’est aussi, au temps de Jésus, le moment où l’on attendait la venue de Dieu. Les portes du temple restaient ouvertes jour et nuit et de grands flambeaux illuminaient ses parvis. On trouve aussi des écrits qui mentionnent les tentes de la fin des temps, la fin des temps étant justement le moment de la venue de Dieu. Par ailleurs, ces tentes rappellent la tente de la rencontre, dans laquelle Moïse conversait avec Dieu chaque jour et qui contenait l’arche d’alliance.
Les deux échos peuvent d’ailleurs se télescoper dans l’esprit de Pierre bouleversé par sa vision. D’où sa demande concernant des tentes.

Et il y a évidemment la nuée, celle qui accompagnait et guidait le peuple pendant tout son séjour au désert, cette nuée dans laquelle Dieu se manifestait au peuple.

Voyez comme la scène s’éclaire grâce à ces échos littéraires, échos que nous avons perdus mais qui résonnaient fortement dans l’esprit des disciples, dans celui de l’évangéliste et de ses lecteurs.
Ce qui s’est passé réellement, on n’en sait rien. Comment décrire une manifestation de ce type, une rencontre avec Dieu ? Nous savons que ce n’est pas possible. Au mieux pouvons-nous dire ce que nous avons ressenti. La preuve se trouve d’ailleurs dans la Bible. La vision de Paul sur la route de Damas est racontée 3 fois, et le récit est différent trois fois. Alors, on raconte une histoire qui peut évoquer ce qu’on a ressenti. Parce qu’au fond, ce n’est pas ce qu’on a vu qui est important, mais ce qu’on a entendu, ce qu’on a compris.

Pierre n’a pas encore entendu Dieu quand il veut dresser des tentes. Il est émerveillé et apeuré. Il veut que ce moment ne s’arrête pas. Il veut demeurer là, sur cette montagne, avec Jésus, Moïse et Elie. Il veut s’installer dans cette vision.

Mais ce n’est pas pour cela qu’il est là. Il a été appelé à être témoin.
Dieu se manifeste sur cette haute montagne pour désigner Jésus comme celui qui ressemble à Moïse, en ce qu’il est transfiguré ; celui qui ressemble à Elie en ce qu’il fait advenir le Royaume de Dieu. Mais Jésus est bien plus, il est le Fils de Dieu, son fils bien-aimé. Cela, c’est clair et c’est évident. Mais Dieu ne s’arrête pas là. Il termine sa proclamation par les mots « Ecoutez-le ».

Vous me direz que c’est évident qu’il faut écouter Jésus. Suivre son enseignement nous mène sur le chemin du Royaume.
Alors, un petit flashback s’impose. Nous avons lu au début du passage : après six jours. Alors, que s’est-il passé six jours avant ? Six jours avant, Jésus a demandé à ses disciples qui il était pour eux. Et Pierre a bien répondu : « tu es le Christ ». Puis Jésus leur a demandé le silence en expliquant qu’il allait souffrir et mourir. Pierre ne l’a pas supporté, il n’a pas voulu entendre, il n’a pas écouté. Jésus l’a rabroué brusquement. Et les voilà six jours après, Pierre, Jacques Jean et Jésus quittant le groupe pour gravir cette haute montagne. On ne sait pas de quelle montagne il s’agit, simplement qu’elle est haute. La route doit être fatigante. Grimper ce n’est jamais de tout repos. Trouver ce que Dieu veut nous dire ne l’est pas toujours non plus. Parfois, il faut se battre avec les textes, prier et c’est aussi difficile que les chemins pleins de cailloux qui mènent au sommet de la montagne.
C’est pourtant ce chemin que Jésus a choisi pour ses disciples. C’est ce chemin qu’il nous désigne. Le chemin facile n’est pas toujours celui qui mène à Dieu. A la question « pourquoi Dieu ne me parle-t-il pas ? », je peux répondre : « je ne sais pas » et c’est vrai. Mais parfois, en réalité, Dieu a parlé mais nous n’aimons pas sa réponse.
En effet, cette ascension sans doute pénible est récompensée par une manifestation divine extraordinaire et nous aimerions tous vivre une expérience aussi éblouissante. Pierre aimerait sans doute bien rester dans cet instant où la gloire de Jésus est manifestée, où ses paroles de mort et de souffrance semblent contredites. Mais ce qui importe, ce n’est pas le décor. Ce dernier n’est là que pour que les disciples se souviennent des paroles qu’ils entendent : celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le.

Ecouter Jésus, c’est accepter que celui qui vient d’être glorifié par Dieu est aussi celui qui va souffrir et mourir. C’est accepter sans pouvoir comprendre ce paradoxe. D’ailleurs, la résurrection ne le fera pas comprendre. Nous ne le comprenons toujours pas. Nous avons l’habitude, c’est celui qui est abaissé et souffrant qui devient le roi du monde. Mais, si nous prenons du recul et réfléchissons à ce que nous disons dans nos confessions de foi, nous mesurons l’absurde kafkaïen du destin de Jésus de Nazareth. Peut-être n’écoutons-nous pas assez fort, nous non plus.

Pour Pierre et ses amis, écouter Jésus, c’est accepter qu’il annonce sa mort et sa résurrection, même s’ils sont horrifiés par l’idée de sa mort et ne comprennent pas ce que résurrection signifie.
Aussi, pour éviter que des rumeurs bizarres se mettent à circuler, Jésus leur demande de taire cette vision jusqu’à cette résurrection qu’ils ne comprendront qu’a posteriori.

Ecouter Jésus, c’est accepter dans ses paroles ce qui ne me plaît pas. C’est aussi accepter ce que je ne comprends pas. Ecouter Jésus c’est aussi gravir la montagne de la réflexion, de l’interprétation, de la discussion jusqu’à arriver à une parole qui fait sens, qu’elle me plaise ou non.

Nous rêvons tous d’un moment où nous pourrions poser toutes les questions, avoir toutes les réponses, être en face à face en vrai (in real life) avec le Christ ou avec Dieu le Père. Alors, tout serait facile.
Ce que notre lecture de ce jour nous apprend, c’est que nos attentes seraient déçues. D’une part, quand on se trouve devant Dieu, c’est lui qui parle, pas nous. D’autre part, quand il parle, ce n’est pas forcément pour nous plaire. Et enfin, il faut parfois de longues années de recherches pour comprendre ce qu’il a dit.
La compréhension n’est pas immédiate. Même lorsqu’on comprend immédiatement, comme Pierre et les deux fils de Zébédée, qu’on est en présence de Dieu, ce que cela signifie n’est pas évident. Un autre exemple nous est donné par Paul qui va passer le temps de la réflexion en Arabie après sa vision du Christ.

Il est clair que la plupart du temps, Dieu ne nous parle pas en direct. Pour comprendre ce qu’il veut, nous avons la Bible, qui est le meilleur des outils. Mais la compréhension n’est pas immédiate non plus. La Parole de Dieu n’est pas directement accessible. D’abord, ce sont des humains qui ont écrit la Bible qui n’est qu’un recueil de témoignages. Ensuite, elle n’a pas été écrite dans notre propre langue. Or, vous connaissez le dicton « traduttore—traditore » ! La troisième barrière tient à la distance culturelle qui nous sépare des auteurs de la Bible. Lire littéralement la Bible n’est plus guère possible aujourd’hui. Certes, il y a des enseignements intemporels : le commandement d’amour, la règle d’or par exemple. Mais qu’en est-il des esclaves, des femmes, des handicapés par exemple ?

Enfin, la dernière barrière, la plus redoutable, est celle que nous partageons avec Pierre : celle de nos présupposés sur Dieu sur Jésus, sur nous-mêmes et le monde.

Pour détruire toutes ces barrières, il n’y a qu’un chemin, celui qui est plein de pierres et qui grimpe, qui nous fatigue mais qui seul nous permet de rencontrer la Parole de Dieu et de la comprendre.
Amen

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