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mar 28th

prédication du 21 mars 2021

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Prédication Exode 1, 1 à 2, 10

 

Frères et sœurs,

 

J’avais travaillé un texte, rédigé une prédication en vue de notre assemblée générale. Mais voilà, confinés à nouveau, nous avons reporté notre AG ; alors, que faire ? J’ai décidé de garder la prédication que j’avais écrite à Strasbourg et de méditer sur un autre passage.
Pourquoi celui-là ? Nous l’avons lu et commenté dans notre groupe du mercredi. Et puis, je sors d’une formation dont le thème était : « Quoi de neuf en théologie du côté des femmes ». Certes, nous n’avions pas travaillé ce passage mais nous avons parlé de la place des femmes dans le corpus biblique, du côté féminin de Dieu et d’une façon ou d’une autre, j’en suis arrivée à ce passage. Dans l’Exode, c’est Dieu le protagoniste principal et Moïse est sont lieutenant. Il y a peu de figures féminines mais elles comptent. Sans elles, pas de Moïse, pas de libération, pas de don de la loi, pas d’alliance.

Pharaon a peur d’un danger que lui seul imagine. Ces étrangers hébreux, s’ils sont trop nombreux, vont prendre notre place. Voyez comme la peur du grand remplacement n’est pas nouvelle. Rien ne dit que les descendants de Jacob-Israël aient eu envie de prendre la place des Egyptiens. Certes, ils s’étaient installés là suite à la famine et ils s’y trouvaient sans doute bien. En Egypte, les récoltes ne dépendent pas de la pluie mais du fleuve Nil qui déborde sans faille chaque année, apportant de riches alluvions qui permettent de belles récoltes. Alors, oui, ils sont sans doute mieux que sur la terre promise à leurs ancêtres mais qui n’était pas encore à eux. Rappelons-nous que Dieu a promis les mêmes choses à Abraham et Jacob : une descendance nombreuse et une terre pour cette descendance, pas pour eux-mêmes. Les générations ont passé, Dieu n’a pas agi, les Hébreux sont installés. Ils ont peut-être même oublié la promesse ou alors ils se la racontent le soir sans bien savoir comment elle peut s’accomplir. En tous les cas, rien ne dit qu’ils complotent pour prendre le pouvoir en Egypte. C’est dans l’imagination de Pharaon que tout se passe. D’ailleurs, la suite de l’histoire le montre. Dieu a libéré son peuple et lui a donné la terre de Canaan, pas celle d’Egypte.

Par ailleurs, si Pharaon, le roi d’Égypte voit ce peuple venu il a quelques générations, invité par son prédécesseur à s’installer et trouve  qu’il constitue une menace pour l’Égypte, il pourrait  chasser les Hébreux, les renvoyer chez eux. Mais c’est beaucoup plus rentable d’en faire des esclaves pour construire ses nouvelles villes. Alors, il décide de faire mourir tous les garçons qui naîtraient, contrôlant alors le nombre de futurs guerriers potentiels.
En raisonnant ainsi, Pharaon se prend pour Dieu, qu’il ne connait pas. Bien pire, il considère que les humains que sont les israélites ne sont que des objets, des possessions, dont il peut faire ce qu’il veut. Or jamais Dieu au plus fort de ses colères ne considère les hommes comme des objets. Evidemment, Pharaon n’est pas israélite. Il adore d’autres dieux et lui-même est réputé fils du dieu. Il est un peu l’anti modèle pour nous tous. Et, en même temps, il est le reflet exacerbé des désirs profonds de chaque être humain laissé à sa nature. Il se prend pour un dieu, il objectifie ceux qui l’entourent ; il les utilise comme il l’entend, pour son propre profit. Et tout cela ne l’empêche pas de vivre dans la méfiance et la peur. Et cette peur se répand tout autour de lui, se transformant en haine des Hébreux. Mais certaines résistent à la peur et à la haine.

Face à Pharaon, il y a des femmes. Si la fille de Pharaon est personnage d’importance, peut-être la future reine d’Égypte puisque le pharaon épousait toujours une de ses sœurs, les autres ne sont rien, des esclaves israélites. Ce sont ces femmes qui vont permettre à Dieu de libérer son peuple parce qu’elles vont permettre la survie de Moïse qui deviendra le plus grand prophète d’Israël.
Il y a tout d’abord les deux sages-femmes à qui Pharaon demande de faire mourir les bébés garçons. Les sages-femmes, ce sont celles qui aident à donner la vie, pas la mort. Elles imaginent un stratagème, un mensonge, pour pouvoir continuer à faire leur œuvre de vie, pour protéger la création de Dieu que représentent tous ces bébés qui naissent. Elles désobéissent à la loi de Pharaon parce que la loi de Dieu est plus importante pour elles, cette loi qui demande à l’humanité de respecter, protéger la création de Dieu, création au centre de laquelle se trouve l’humanité elle-même.
Pharaon, en ordonnant la mort de ces bébés détruit la création de Dieu parce qu’il tue, bien sûr, mais aussi parce qu’il ne considère pas que ces bébés sont humains comme lui, dignes du même respect que les bébés égyptiens. Il ne pense pas qu’ils sont à l’image de Dieu comme tous les humains. Dans sa vision du monde, lui seul est à l’image d’un dieu.

Les sages-femmes risquent leur vie en mentant à Pharaon. Elles le font parce qu’elles estiment qu’obéir à Pharaon, c’est détruire en elles-mêmes ce qui les relie à Dieu. Elles font confiance à Dieu pour qu’il les protège. C’est bien ce qui arrive. Ce n’est pas toujours le cas. Il est souvent arrivé que des personnes meurent pour avoir désobéi à un ordre injuste. Elles auraient pu mourir elles-aussi. Voyez comme ce passage si insignifiant en apparence pose des questions d’une actualité brûlante. Est-ce que je dois toujours obéir à la loi, même lorsqu’elle conduit à l’injustice et à la mort ?

Il y a aussi Jocabed, la mère de Moïse. Elle, on la comprend. Elle essaie de protéger son bébé comme elle peut, en le cachant. Elle ne désobéit pas à Pharaon qui a ordonné aux Egyptiens et non aux parents de jeter les bébés dans le fleuve. Mais quand elle ne peut plus le cacher, elle aussi fait le saut de la confiance en Dieu. Son bébé devait finir noyer dans le fleuve ? Eh bien, elle va le confier à ce même fleuve. De source de mort, le Nil deviendra source de vie. Elle est israélite, ce n’est donc pas au fleuve qu’elle le confie, le fleuve n’est pas un dieu, ni même une personne ; elle le confie à Dieu. Avec elle, il n’a aucune chance de vivre. Avec l’aide de Dieu, sans elle, il peut être sauvé.

La fille de Pharaon, la princesse égyptienne s’oppose de manière manifeste à son père. Elle ne le fait pas sur le principe même, elle ne défend pas tous les enfants israélites, mais ce bébé qu’elle trouve sur son chemin sera sauvé. Personne ne dit rien de la réaction de Pharaon. Il a de manière évidente cédé au désir de sa fille puisque Moïse a été élevé à sa cour. Sans doute cette princesse ne risquait pas grand-chose, mais il est bien important de souligner son geste. Il n’est pas unique dans l’histoire de l’humanité et renvoie souvent à des attitudes ambivalentes. Bien des personnes sont respectueuses des lois, même quand elles accablent d’autres êtres humains ou des animaux ou la nature. Elles peuvent même en accepter parfaitement le principe. Pourtant, placées en face d’une personne, d’un animal, d’une situation de détresse bien précise, elles réagissent et peut-être même sans en prendre conscience elles défendent celui ou ce qui est en danger. Les principes ne sont plus rien face à la souffrance d’un être vivant. C’est le signe que ces personnes sont humaines, dans le sens où elles reconnaissent en l’autre un être humain, un être vivant, une partie de la création qui est en danger.

Myriam, la sœur de Moïse, une enfant, va être celle qui fait du lien, qui crée un réseau autour de Moïse, qui permet à Moïse de garder la conscience de son origine. Quand elle propose à la fille de Pharaon sa mère comme nourrice pour Moïse, elle a le courage, elle petite esclave israélite, de se présenter devant la fille du roi, la fille du dieu puisque Pharaon était comme un dieu pour son peuple. Elle prend le risque de tout faire échouer puisque confier Moïse à Jocabed pour l’élever et le nourrir pendant 3 ans –temps de l’allaitement à l’époque- c’était rendre manifeste à toute la cour l’origine de Moïse.

Toutes ces femmes, qui ne sont rien ou presque devant Pharaon et ses lois, ont contribué, chacune à sa manière, à sauver Moïse. Moïse, « sauvé des eaux » ainsi nommé par la princesse est sauvé de la mort promise par Pharaon, sauvé aussi de la dérive sur l’eau qui aurait dû être son sort, jusqu’à ce qu’un crocodile ou un hippopotame survienne.

Pharaon se prend pour un dieu et décide du sort des bébés d’un peuple comme s’ils étaient des objets. Ces femmes ont sans doute très peur du roi, même sa fille probablement, mais elles surmontent cette peur parce que les enfants que l’on veut faire mourir  sont des créatures de Dieu ; parce que l’enfant que la princesse trouve est preuve vivante de cela.

Chacune de ces femmes avait une motivation différente pour agir ainsi contre Pharaon et sauver Moïse. Ensemble, elles ont réussi.
Avoir confiance, c’est aussi cela. De nombreux enjeux vitaux pour l’humanité, voire pour la création nous paraissent trop grands pour nous. Si souvent nous nous sommes découragés. Je pense et j’entends des personnes dire « que pouvons-nous faire, nous qui n’avons aucune importance, aucun pouvoir ? ». Sans compter les circonstances où il s’agit de désobéir à la loi. Cette histoire nous montre des femmes dont aucune n’aurait réussi à sauver Moïse seule. Elles ne savaient pas qui pourrait les aider, ni même si quelqu’un allait le faire. Et pourtant elles se sont mouillées. Et à chaque étape, il s’est trouvé quelqu’un pour contribuer au salut de l’enfant.

Nous ne sommes pas seuls. Faisons le petit peu que nous pouvons pour combattre le mal, les forces de mort, pour défendre ceux qui ont besoin d’un soutien. Faisons confiance à Dieu pour susciter ce désir en d’autres personnes. Ne fermons pas les yeux, ne baissons pas les bras. Dieu ne nous demande jamais l’impossible, il ne nous demande pas d’être des dieux. Si nous faisons ce qui nous paraît juste là où nous sommes, alors nous serons dans la juste relation avec Dieu, avec les autres, avec le monde. Et le Seigneur fera le reste. Pour lui, rien d’impossible.
Amen

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