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mar 28th

Prédication du 28 mars 2021 Dimanche des Rameaux

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Prédication Marc 11, 1-11 et Zacharie 9, 9-10 L’entrée de Jésus dans Jérusalem

 

Frères et sœurs

Episode archi connu de la vie de Jésus que celui-là. Rapporté par les 4 évangélistes, il est lu chaque année dans l’une ou l’autre version. Cette année, place à Marc, le plus ancien des évangiles, le plus court aussi.
On sait que dans les 3 premiers évangiles, Jésus ne monte à Jérusalem qu’une seule fois pendant tous les mois de son ministère. C’est absurde, Jésus est un Juif pratiquant et il est forcément venu au moins pour les pèlerinages obligatoires. A moins que son ministère n’ait duré que 5 à 6 mois, Jésus est monté au temple au moins pour la fête des tentes, Soukkot, en automne. Il ne faut surtout pas perdre de vue que le récit de Marc n’est pas biographique mais théologique. L’arrivée de Jésus à Jérusalem marque pour lui une rupture. L’évangéliste Jean fait monter Jésus plusieurs fois dans la ville sainte et, à chaque visite, l’identité de Jésus est dévoilée un peu plus, jusqu’à la dernière entrée, celle qui correspond à ce que nous venons de lire. Aussi ne faut-il pas nous fourvoyer en posant les mauvaises questions.

Jésus, si discret d’habitude qu’il demande qu’on ne raconte pas ses miracles, Jésus va poser un geste fort tout à fait délibérément lors de cette (dernière) entrée dans la ville de David. Jésus est un prophète et les prophètes sont coutumiers de ces gestes symboliques. L’ânon qu’il réclame rappelle l’âne monté par le roi victorieux et pacifique de la prophétie de Zacharie. Certes, nous avons l’habitude de dire qu’il est humble, mais ce n’est pas tout ce que dit Zacharie. Le roi qui vient est juste et victorieux. Il est humble parce qu’il sait que c’est Dieu qui lui a donné la victoire, le contexte le montre. D’ailleurs, l’âne n’est pas une humble monture, même les rois montent des ânes lorsqu’ils ne partent pas en guerre. Ainsi, Salomon entre dans Jérusalem monté sur la mule de son père David après avoir été oint par Natan et Tsadok.

Ce que je retiens, c’est l’âne, justement. C’est le signe que le roi vient en paix et vient apporter la paix.

Jésus connait les prophéties, le peuple aussi. Les disciples n’ont pas manqué de comprendre ce que cela signifiait : Jésus est celui par lequel Dieu fait advenir la paix. Il est le roi victorieux qui doit sa victoire au Seigneur et qui vient donner la paix.

Mais Jésus n’est pas un roi comme un autre. S’il réquisitionne un ânon, il promet de le rendre. S’il apporte la victoire, ce n’est pas une victoire militaire. Et les honneurs qui lui sont rendus sont bien éphémères.

Combien étaient-ils aux portes de la ville ? Personne ne le saura jamais. Un grand nombre : est-ce que cela signifie qu’il y avait plus de monde que d’habitude ou que des foules entraient tous les jours dans la ville ? Elles ne sont pas pressées de vaquer à leurs occupations ces foules qui prennent le temps d’aller couper des branchages pour faire un chemin triomphal à Jésus. Ces gens ont reconnu en lui quelqu’un de spécial, d’important puisqu’ils jettent leurs vêtements sur son chemin comme du temps du roi Jéhu.

Tout cela laisse quand même penser que le jour n’est pas ordinaire, que les foules ne sont pas là par hasard. Les branchages puis le chant « Hosanna » rappellent bien une fête très importante dans le judaïsme du 1er siècle, la fête de Soukkot justement. Cette fête, agricole au départ, célébre le temps où Dieu avait guidé son peuple dans le désert, après la libération d’Egypte et le don de la loi. A l’époque de Jésus, on pensait que Dieu allait venir sur terre pour régner en personne lors de cette fête. Il allait d’ailleurs arriver en passant par le mont des Oliviers.

Que Jésus soit arrivé dans la ville quelques jours avant de mourir ou quelques mois avant, lors de la fête des tentes, peu importe au fond. Ce qui est important, c’est de comprendre le sens que le récit avait pour les premiers auditeurs. Jésus est celui qui vient au nom du Seigneur. Il est celui qu’on attend, celui qui doit venir. Les personnes qui sont témoins de son entrée comprennent qu’il est celui qui annonce le Règne de Dieu. Evidemment, Jésus a organisé cette entrée de sorte qu’on le reconnaisse. Le temps de son ministère discret, presque caché, est terminé. Jésus se dévoile pour ce qu’il est : le roi qui vient, le roi qui sauve.

Le roi qui vient : en effet, c’est d’un roi que parle le prophète Zacharie. Et c’est un roi qui sera crucifié, en tous les cas pour Pilate qui a fait inscrire sur la croix : le roi des Juifs. Ceux qui acclament Jésus l’ont compris, qui parlent de David, le grand roi d’Israël à qui Dieu a promis sa fidélité. C’est un roi comme David que Dieu a promis pour protéger et guider son peuple. Et Jésus est de la famille de David.

Le roi qui sauve : Hosanna ne veut pas dire gloire à Dieu comme l’écrivent certaines traductions. Hosanna, c’est la translitération grecque d’une expression en hébreu qui signifie : sauve donc, sauve, je t’en prie. C’est à Dieu qu’on adresse cette supplication lors de la fête des tentes. C’est à la fois à Dieu et à Jésus que cet appel est lancé. On comprend bien ce que ces personnes attendent : le salut venant de Dieu. La fin de la misère et de l’oppression. Comme Dieu avait libéré son peuple en Egypte, il allait le libérer à présent de tout ce qui l’oppressait : les Romains, les inégalités sociales, la pauvreté. Le règne de Dieu était en marche avec la venue de cet homme, Jésus de Nazareth. Il était béni et on le bénissait.

Hosanna ! Sauve, sauve-nous !

Est-ce que Jésus a sauvé ces gens ? Tout dépend de l’endroit où on se place. Les Juifs qui l’ont refusé n’ont pas été sauvés et l’oppression va continuer, les révoltes vont s’enchaîner jusqu’à la destruction finale du temple et d’une grande partie de la ville. Mais tous ceux qui ont cru au message de Jésus et qui ont cru à sa résurrection ont véritablement été sauvés. Non pas que leur vie matérielle ait miraculeusement changé mais ils ont changé de vision du monde. Ils se sont sentis sauvés, ils en ont témoigné.

De quoi le roi qui est entré à Jérusalem il y a presque 2000 ans nous sauve-t-il ? Peut-il nous sauver ? Qu’est-ce que cela change pour nous ?

La question est vaste et il faudrait relire tout l’évangile pour en faire le tour. Je voudrais donc m’attacher aux seuls points qui sont manifestés par Jésus lui-même en ce jour précis où il renonce justement à être un humble prophète-rabbin itinérant et se présente comme le roi qui vient.

Ce jour-là, il y a ceux qui ont vu en lui un roi sauveur et il y a les autres, ceux qui l’ont rejeté. Jésus ne transforme que la vie de ceux qui l’acceptent comme le roi. S’il est le roi de ma vie, je ne le suis pas moi-même. C’est là le préalable à toute rencontre féconde.
Ce roi qui vient arrive pacifiquement. Jésus est celui qui offre une alternative à la violence. Jésus nous sauve de la violence, de la guerre. Que cette violence naisse en nous ou que nous la subissions, il est celui qui peut la combattre et la détruire si nous le laissons faire. Le chemin de la non-violence est un chemin de combat et si nous nous y engageons, nous avons le meilleur allié, Jésus le Christ, qui nous permettra de vaincre les forces de guerre qui sont en nous. Si la violence est en nous, nous ne pouvons la combattre autour de nous. Or, c’est bien de cela dont il s’agit. Le chemin de la non-violence est un chemin de combat dans lequel le respect de l’adversaire est requis, indispensable. Or, respecter son prochain, c’est déjà être sur le chemin du Royaume. Respecter son ennemi, c’est pouvoir prier pour lui, non pas parce que Jésus le commande, mais parce que le respect que nous éprouvons pour lui ou elle nous y conduit.
Jésus nous sauve de nous-mêmes, de nos réflexes défensifs, et parfois offensifs, il ne faut pas nous le cacher.
Le roi vient, pacifique et victorieux grâce à Dieu. Le roi vient pour régner sur nos vies et sur nos cœurs.

Jésus nous sauve aussi des autres. La foi, c’est cette relation spéciale que nous avons avec Dieu qui nous affirme que nous avons du prix pour lui. Alors, peu importe notre place dans la société, peu importe le regard des autres sur nous.

Le chemin de la non-violence, ce chemin que Jésus emprunte en entrant dans la ville sainte, nous enseigne que chacun a la même valeur aux yeux de Dieu. Il nous enseigne le respect.

C’est ce qu’ont compris ses premiers disciples, ceux qu’il a connu en chair et en os et les autres, ceux qui sont venus à lui au travers de multiples témoins. En 3 siècles, le christianisme s’est imposé dans l’empire romain et au-delà sans verser une goutte de sang. Hélas, lorsque le pouvoir politique a compris l’intérêt de cette religion si particulière, la violence s’est imposée puisqu’il ne s’agissait plus réellement de foi, mais de contrôle, de pouvoir.

Evidemment, cela implique qu’on désigne, qu’on reconnaisse la violence parfois soigneusement cachée au fond de nous-mêmes. La violence, ce sont les forces qui détruisent la paix, la confiance, l’humanité de l’autre, la mienne propre etc…
La violence, ce ne sont pas forcément des coups, des actes ou même des paroles. Quand j’ai envie d’être dans le jugement, de condamner en pensée tel ou telle, Jésus le Christ m’aide à faire taire cette violence. Quand mon impulsion me conduit à répliquer à des critiques méchantes par des paroles dures, Jésus est celui qui me rappelle que cela m’éloigne de sa paix.
Quand je détruis mon prochain par mon indifférence, Jésus le roi me rappelle que personne n’était trop petit, trop insignifiant ou trop méchant pour être au bénéfice de l’amour de Dieu.

Le roi vient, il est pacifique, humble mais victorieux mais il n’est ni lâche, ni mou. Il vient se battre contre toutes les forces du mal, celles qui détruisent, celles qui engendrent la violence et Dieu lui permettra de vaincre ces forces.

Ce combat cosmique gagné, nous n’avons plus à combattre que ce qui est à notre mesure, ces petites forces de mal qui survivent en chaque humain. Mais Christ est là et nous aide à chaque combat. Lui qui a vaincu le mal absolu nous soutient dans tous nos combats, pourvu que nous nous engagions sue le chemin de la paix. Et chaque victoire sur nous-mêmes nous permet de vivre un peu plus de la joie et de la paix du Royaume, cette paix que le roi qui vient est venu établir pour toujours.
Amen

 

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