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avr 12th

Méditation du mois d’avril 2021

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Au moment où j’écris ces lignes, je suis au cœur d’une formation (Zoom, pandémie oblige) et je suis particulièrement émue d’avoir rencontré une théologienne africaine, béninoise, Fifamè Fidèle Houssou Gandoumou. En tant que femme africaine, elle est confrontée à un double défi : celui d’avoir une place dans l’espace public pour faire entendre sa voix et les résultats de ses recherches, et celui d’amener un changement de regard sur la place des femmes africaines dans la société et, pour commencer, dans les Eglises.

Au moment où nous allons fêter la résurrection, quelles souffrances vivent encore tant de femmes chrétiennes dans le monde pour la simple raison qu’elles sont femmes ! Au moment où nous rappelons que ce sont des femmes qui sont allées au tombeau, tant de femmes n’ont pas accès à la parole dans tant d’Eglises ! Au moment où nous redécouvrons avec joie que la pierre était roulée, qu’il n’y a plus aucun fardeau trop lourd à porter, combien de femmes sont accablées par le poids des traditions dans les Eglises.

Peut-être Pâques n’est il pas le bon moment pour être « féministe » ? Peut-être ne voulons-nous penser qu’à la Bonne Nouvelle du mal vaincu définitivement, de la libération opérée par la croix et la résurrection.
Peut-être…mais comment pouvons-nous oublier que l’Evangile libérateur est aussi le moyen par lequel tant de personnes sont au contraire opprimées ? On s’est servi de la Bible pour justifier l’esclavage, l’apartheid. On s’est servi et on se sert de la Bible pour asservir la femme, pour la réduire à l’état d’être inférieur, voire d’objet. Oh, bien sûr, plus maintenant. Plus chez nous. Enfin, est-ce si sûr ? Peut-être pas ici, dans notre petite communauté, mais il existe bien en France des Eglises qui interdisent aux femmes de prêcher, qui interdisent aux femmes de s’approcher de l’autel ; qui interdisent aux femmes de disposer de leur corps…

En écoutant Fifamé parler de la situation de ses sœurs africaines, j’ai eu honte de mes propres tiédeurs. Si nous ne voulons ni voir les injustices, ni les combattre, à quoi bon le tombeau vide ? Et si moi qui ai une parole et un espace pour la dire je me tais, qui parlera ?

Je pense aux femmes témoins de ce tombeau vide, qui ont vu l’ange, qui les premières ont rencontré le Seigneur ressuscité. Combien ont-elles souffert du mépris et des moqueries des disciples hommes ? Auprès de Jésus, elles avaient leur place. Il les regardait comme des êtres humains à part entière, comme des disciples, comme des apôtres pour certaines. Et on les rend invisibles. On ne raconte plus qu’à peine la place qu’elles occupaient auprès du maître. On dévalorise leur témoignage. Et leurs petites-filles seront à nouveau cantonnées aux tâches du foyer, dépendantes de leurs pères et maris.
Et pourtant, 2000 ans plus tard, des femmes se battent toujours pour que Pâques soit vraiment une libération pour tous les humains, femmes et hommes ensemble. Elles se battent ici, où c’est facile même si le succès n’est pas garanti ; elles se battent là-bas, où c’est compliqué et parfois bien dangereux. Elles ne renoncent pas parce qu’elles ont reçu cet Evangile de libération en leur cœur et désirent le faire partager ; elles souhaitent que d’autres puissent découvrir que la pierre est roulée pour elles aussi. Elles sont des preuves vivantes de l’irréductible changement commencé un matin de Pâques, de cette lumière qui s’est levée et qui s’étend progressivement sur le monde entier.

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