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avr 12th

Prédication du jour de Pâques Marc 16, 1-8

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Frères et sœurs

 

Heureusement qu’il y a les femmes. Elles étaient à la croix, elles ont assisté, muettes et sans doute désespérées, à l’agonie et la mort de Jésus. Elles ont été témoin de la mise au tombeau. Heureusement, il y a les femmes. Parce que sinon, on n’aurait jamais su que le tombeau était vide !

Bien sûr, Jésus est apparu à un certain nombre de personnes, mais rien n’aurait été pareil si le tombeau n’avait pas été vide. Ce qui est absent, c’est le corps mort. Ce qui est vaincu, c’est la mort.
Moi, je ne sais pas ce que la résurrection signifie techniquement pour le corps ressuscité de Jésus. Mais l’évangéliste nous dit ce que cela signifie pour son corps mort. Il n’est plus là. Impossible de lui rendre un culte, impossible de s’attacher à ses os, comme l’ont fait tant de personnes pour le corps des saints. C’est que la résurrection, c’est autre chose qu’une vie auprès de Dieu, dans un paradis dont on ne sait pas à quoi il ressemble mais qui doit forcément contenir tous ces saints qui sont morts et qui sont restés morts.

Il y a de multiples interprétations de la résurrection dans le Nouveau Testament ; aujourd’hui, nous méditons avec l’évangéliste Marc qui termine son évangile sur la peur et le silence des femmes. En effet, les versets qui suivent ont été rajoutés par des copistes gênés de cette fin et qui ont fait un mélange avec d’autres récit d’apparitions et d’Ascension.

Les femmes ont eu peur et se sont tues…sauf que non, sinon on ne saurait rien de cette histoire. Est-ce que dans un premier temps, elles ont eu peur de parler, de peur d’être moquées ou emprisonnées ou bien ont-elles eu peur devant la radicalité de ce qu’elles venaient de découvrir et elles se sont tues le temps de comprendre, d’accepter ce qu’il s’était passé ? Le temps de relire leur vie avec Jésus ? Il me semble que c’est ce que l’évangéliste veut amener le lecteur à faire : recommencer depuis le début pour comprendre à la fois qui était Jésus et ce que signifient la pierre roulée, ce tombeau vide et le message de l’homme en blanc.

Evidemment, nous n’allons pas relire l’évangile, là, maintenant. Mais avoir à l’esprit la manière dont Marc présente Jésus est essentielle pour notre méditation.

Le vide, c’était d’abord celui de la vie de ces femmes désormais. Jésus les avait regardées, vraiment regardées. Il avait débarrassé Marie de Magdala de ses démons, il l’avait libérée. Il les avait enseignées. Elles l’avaient suivi, non pas comme des cantinières suivaient les armées autrefois, pour cuisiner, servir mais comme des disciples. On ne parle pas d’elles comme la femme d’untel. Elles ont un prénom, elles existent pour elles-mêmes. Et cela, c’était un bouleversement total de leur vie. Elles ne sont désormais plus rien, elles ne sont plus que femme de, fille de ou mère de. Je pense que toutes les femmes ici présentes sont en pleine communion avec ces femmes désespérées. Parce que si notre situation s’est améliorée, ce n’est que récemment et imparfaitement.

Tout cela est sans doute symbolisé dans cette pierre trop lourde qu’elles ne savent pas comment rouler. Alors, elles y vont quand même, parce qu’elles ne savent pas quoi faire d’autre, sans doute le regard baissé vers ce chemin que leur maître ne foulera plus.

Avons-nous aussi des pierres parfois trop lourdes à rouler ? Certainement. Pas forcément objectivement, mais nous avons parfois le sentiment de ne plus pouvoir avancer. Cela fait plus d’un an que je n’ai pas embrassé mes fils, que je n’ai pas serré la main d’un prochain, que je vis repliée sur moi-même de peur de contaminer les plus faibles. Cela fait plus d’un an que nous n’avons pas vécu la cène, que nous n’avons pas partagé un repas. Cela fait des mois que je n’ai pas vu vos visages, sauf au travers des écrans. Beaucoup sont inquiets pour leurs proches et leur avenir. Notre monde est secoué par cette pandémie mais en même temps, nous ne savons pas comment le transformer pour que cela n’arrive plus. Nous sommes trop remplis, remplis d’informations, remplis de peurs, remplis de désirs, remplis d’un passé qui nous accable. En même temps, peut-être faut-il se vider l’esprit,  faire silence et écouter ce que les textes bibliques nous racontent.

Au premier siècle, pas de technique qui facilite la vie, pas de vraie médecine, pas de sécurité sociale, pas d’allocations chômage, pas de soutien de l’Etat en temps de crise : on a du travail ou on meurt de faim. Au premier siècle en Palestine, les femmes n’ont aucun droit, les enfants sont de peu de valeur, les veuves meurent de faim si elles n’ont pas de fils pour les aider. Au premier siècle, l’injustice sociale règne, la violence est quotidienne : celle de Rome victorieuse, celle des forts sur les faibles, celle des bandits qui attaquent les voyageurs, celle des rebelles à l’autorité. Au premier siècle en Palestine, tout le monde veut du changement, celui apporté par Dieu qui doit venir restaurer son peuple, qui règlera ses comptes dans la violence une fois pour toutes avec tous les ennemis d’Israël…la violence encore une fois.
Ces femmes ont rencontré Jésus dans ce contexte bien précis. Et Jésus leur a parlé d’un autre monde : le même en réalité mais transformé : trasnformé en effet par le pardon de Dieu et non pas sa vengeance, transformé par le respect absolu du prochain. Et Jésus n’a pas fait que l’annoncer, il l’a vécu : il a mangé avec des pécheurs, il a touché des impurs, il a chassé les démons, il les a regardées, elles, femmes, comme des êtres dignes du même respect que les hommes. Il les a enseignées, il les a acceptées comme disciples.  Mais maintenant, il est mort, c’est terminé, cette brèche ouverte sur un ailleurs est comblée par la pierre devant le tombeau.

Et voilà que la pierre était roulée et le tombeau était vide. Le vide, c’est parfois bien utile. Il faut faire le vide dans nos esprits pour entendre Dieu. Il faut faire du tri et du vide dans nos maisons pour apprécier ce qui reste. Au-delà et pour ces femmes qui n’avaient pas grand-chose, le vide est rupture radicale. Elles vont revisiter avec tous les disciples de Jésus le chemin qu’il a parcouru avec eux. Il a guéri, relevé, il a chassé les démons. Il a pardonné. En lui, quelque chose d’un autre monde, d’un monde nouveau a fait irruption dans notre monde. Mais avec sa mort, l’espérance est morte, en tous les cas quelques heures. En effet, le tombeau était vide, le corps disparu, la mort vaincue à jamais.
Comment vivre tout cela ? Cela fait peur, il faut y réfléchir, n’est-ce pas ? Même 2000 ans après, il est nécessaire de méditer l’incroyable de la résurrection et surtout, de lire, relire l’évangile pour que cette résurrection ne fasse pas uniquement sens dans la vie des témoins de l’époque mais aussi qu’elle opère une rupture dans nos vies.

Je disais dimanche dernier aux enfants que c’était bien mieux depuis la résurrection parce qu’avant, Jésus était un homme et ne pouvait voir qu’un nombre limité de personnes pour leur annoncer l’amour de Dieu et les libérer alors qu’aujourd’hui, il est auprès de chaque de nous, où que ce soit. En réalité, bien souvent, nous ne comptons sur lui que dans les moments extraordinairement difficiles. Le reste du temps, inconsciemment peut-être, nous nous débrouillons seuls. C’est pourquoi relire l’évangile est utile parce que nous découvrons ce que signifie le message de l’homme en blanc : « il vous précède en Galilée ». Cette Galilée des nations dont il a foulé les routes est méprisée des religieux de Jérusalem. Les personnes que Jésus a rencontrées étaient de toutes conditions sociales et religieuses. Jésus est celui qui a mangé avec les pécheurs, touché les impurs, chassé les démons. Il est venu pour les exclus, les pauvres. Il a raconté des paraboles de récoltes et de ménagères, de moutons et de marchands. C’est ça la Galilée, c’est l’ordinaire de nos vies. Jésus n’est pas là pour les personnes extraordinaires. Il ne réserve pas ses gestes pour les grands moments de l’histoire, ni même pour les grands moments de nos vies. Il est là dans les petits événements, il est présent quand nous sommes dans la joie comme lorsque nous avons perdu tout espoir en nos capacités humaines.
Mais ce qui est vrai, expérimenté par beaucoup de croyants, c’est que parfois, nous avons besoin du vide. Pas du vide de l’absence de Jésus mais du vide, d’une brèche dans laquelle le Royaume de Dieu peut se frayer un chemin. Certes, contrairement à l’espérance des disciples historiques de Jésus, Dieu n’est pas venu régner sur terre, pas encore mais dans les vides de nos vies, il peut faire irruption.
La résurrection, on ne la vit qu’en contraste avec du vide : ce peut être la place que nous faisons dans nos vies en nous retirant de son centre. Ce peut être la place laissée à Dieu dans la méditation et la prière et cela peut être le vide du désespoir, de l’épreuve. Ce vide est comme une porte ouverte. Alors, Dieu peut nous rejoindre.
Christ n’est pas ressuscité pour devenir célèbre et être représenté en gloire dans les églises et les palais. Il est ressuscité pour nous accompagner dans nos vies ordinaires, au cœur de nos journées et de nos préoccupations. Il est là quand nous l’oublions et il est là quand nous lui demandons de rouler les pierres de nos vies.
Christ est ressuscité, il est vivant. La mort est vaincue. Alléluia ! Il est présent au milieu de nous, maintenant et à chaque moment de nos vies. Un an après le début de la pandémie, nous nous souvenons de cette fête de Pâques églises et temples fermés et nous nous réjouissons : nous sommes ensemble. Cela fait un an que nous n’avons pas pris la communion, mais nous allons la prendre tout à l’heure et la savourer, même si elle est différente de nos cènes habituelles. Cela fait un an que nous n’avons pas fait de fête ensemble au temple mais nous sommes en communion les uns avec les autres. Dans le vide de nos contacts humains, l’Esprit a établi un réseau grâce à internet et nous relie les uns aux autres encore plus fortement qu’avant. Chaque jour où nous sommes libres d’aller et de venir, je remercie Dieu et je savoure cette liberté comme jamais avant. Je n’ai pas embrassé mes fils mais nous avons multiplié les échanges. Je n’ai pas serré la main à mes prochains, je ne vois pas leurs visages mais, du coup, ils me sont devenus chers ces visages et je regarde les yeux, je cherche à deviner les sentiments comme jamais avant. Dans la brèche, dans le vide des contacts, un peu d’un autre monde a fait irruption dans le nôtre. Le Christ nous a soutenus, l’Esprit nous a liés de sorte que nous avons vécu des moments de très forte communion par internet. Parce qu’il y a eu un vide que nous ne savions pas combler nous-mêmes, nous avons fait confiance, nous nous sommes tournés vers le Christ qui a agi en nous et dans nos vies.
Christ est ressuscité ! Il est vivant ! C’est à nous de lui faire une place dans nos vies

Amen

 

 

 

 

 

 

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