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avr 12th

Prédication du 11 avril 2021

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Prédication 1 Samuel 25, 1-42

Frères et sœurs

 

Sans doute trouvez-vous mon choix de texte un peu curieux une semaine après Pâques ? C’est cet épisode de la vie de David que les enfants de l’école biblique devaient découvrir aujourd’hui et que j’ai proposé aux parents pour une « école biblique à la maison ». En effet, les enfants voyagent dans l’histoire de David en ce début d’année et on ne saurait oublier Abigaïl. En effet, David a eu de nombreuses femmes mais aucune aussi impressionnante qu’Abigaïl. Mais ne commençons pas par la fin, reprenons au début.
Saül s’acharne à poursuivre David pour le tuer et David s’échappe sans chercher à tuer Saül même lorsqu’il en a l’occasion. Saül est le roi d’Israël, choisi par Dieu et David respecte les choix de Dieu. Alors David et ses hommes se cachent dans les montagnes de Judée ou au-delà, se vendant comme mercenaires aux rois voisins.
Comme sa troupe hante la région, les voleurs sont découragés et laissent les troupeaux tranquilles. Nabal n’a rien demandé à David mais ce dernier estime normal de protéger les troupeaux et leurs bergers.
Lorsque David envoie 10 hommes vers Nabal, il espère être récompensé de sa vigilance. Hélas, il n’en est rien. Nabal renvoie les hommes les mains vides, ce qui provoque la violente colère du chef de guerre. Nabal est dur, son nom signifie insensé mais David n’est guère sage dans la violence de sa réaction. C’est une réalité intemporelle que celle qu’il vit. Une personne fait du bien à une autre, spontanément, sans « contrat » préalable et lorsqu’elle a besoin d’aide n’en reçoit aucune en retour. Cela rend certes amer, mais c’est tellement fréquent qu’il vaut mieux suivre l’enseignement de Jésus : donne à celui qui ne peut pas te rendre. En effet, le verbe pouvoir ne signifie pas nécessairement que l’autre est dans l’impossibilité matérielle de rendre, il peut être psychologiquement incapable de reconnaissance. Lorsqu’on donne, on donne pour rien, parce qu’on se sent poussé à le faire et pas pour obtenir quelque chose en retour. Sinon, ce n’est plus un don mais un échange.
David envoie 10 soldats un peu comme un chef de bande récolte de l’argent contre sa protection. 10 soldats, cela fait beaucoup, pour un peu on pourrait se dire que c’est une manière d’intimider Nabal. Or, ça, ça s’appelle du racket.

Nabal est insensé. Il ne peut pas ne pas connaître David et il risque très gros à ne pas remercier le chef de guerre par de la nourriture qui ne lui manquera pas tellement il est riche ! D’autant que David lui a effectivement fait gagner de l’argent en protégeant troupeaux et bergers. Certes, Nabal pourrait être agacé par la manière dont la demande est faite mais justement, ne devrait-il pas se méfier devant ces 10 soldats ? D’ailleurs, ses serviteurs comprennent immédiatement le risque et l’un d’eux va prévenir sa maitresse.

Bref, ces messieurs ne se conduisent pas de manière très glorieuse ! Heureusement, il y a Abigaïl.

Mais aussi, heureusement, il se trouve un serviteur qui fait preuve de discernement. Nous ne sommes pas tous taillés pour être des héros. Mais tous, nous pouvons dire, rapporter un événement, des paroles pour qu’ils soient connus et que ceux qui ont la capacité de le faire agissent pour la paix. Le serviteur sait que sa maîtresse est digne de confiance et qu’elle saura ce qu’il faut faire. Il ne cache rien de ce qui est arrivé et explicite même les circonstances qui ont conduit David à penser que Nabal lui devait quelque chose.

En effet, Abigaïl écoute et elle comprend le danger. Elle agit à l’opposé de ce qu’on attendrait d’une femme de son époque. Elle ne va pas trouver son mari. Sans doute serait-ce peine perdue, il est dur et méchant ! Elle n’envoie pas de messager à David pour demander pardon et pour apporter la nourriture demandée. Elle se mouille, elle y va. Et cela change tout. David et Nabal ne se sont pas vus, ils ne se sont pas parlé. David n’a pas vu les bergers, les serviteurs, toutes ces personnes qu’il voulait exterminer. Les dix hommes envoyés comme messagers n’ont été que cela, ils n’ont pas essayé de négocier avec Nabal, ils ne l’ont même pas menacé. Combien de conflits graves seraient évités si on se parlait face à face au lieu de passer par des intermédiaires, qu’ils soient humains ou des moyens techniques. Combien de mails ont été mal lus, mal compris et ont donné lieu à des conflits sans fin ? Ne parlons pas des dépêche et télégramme responsables de conflits meurtriers, des campagnes de presse haineuses contre telle nationalité, telle religion, telle ethnie qui se terminent en drames.

Se voir en face à face n’évite pas tous les conflits mais cela en désamorce un certain nombre.
Abigaïl est intelligente. Elle a bien compris que la colère de David contre son mari est meurtrière. Alors, elle va porter toute la responsabilité. Nabal n’est-il pas insensé ? Elle seule est à blâmer. Elle ne vient pas faire des reproches, elle vient demander pardon, elle vient réparer l’offense et elle vient supplier, pas seulement pour ses serviteurs et son mari. Elle répare le refus de Nabal avec une quantité de nourriture impressionnante. Mais elle ne s’arrête pas là. Il y a aussi l’orgueil blessé de David qui demande réparation. C’est pourquoi elle s’affirme coupable puis supplie David de faire grâce. Elle le supplie pour elle, pour sa maisonnée, mais aussi pour David. Il ne faudrait pas qu’il se perde.
Elle dit à David ce qu’il devrait être en faisant mine de dire ce qu’il est: un chef de guerre juste et compatissant, qui ne portera pas l’épée contre un israélite. David a été choisi par Dieu, qu’il laisse Dieu se charger de ses ennemis ! Lui, David, est promis à un grand destin, pourvu qu’il reste intègre et juste.

Une des phrases d’Abigaïl est étrange :

26Maintenant, par la vie du SEIGNEUR et par ta propre vie, c’est le SEIGNEUR qui t’a empêché de verser le sang et d’assurer toi-même ton propre salut. Que tes ennemis, que ceux qui cherchent à te faire du mal soient comme Nabal.

Le Seigneur t’a empêché de verser le sang ! comme si Dieu était déjà intervenu ! Comme si David avait déjà renoncé à son projet. Ne serait-ce pas qu’Abigaïl vient elle-même de la part de Dieu ?

Quelle curieuse phrase en effet ! David vient de se dire qu’il allait massacrer Nabal et ses serviteurs et Abigaïl, dans son discours de supplication, lui annonce que Dieu l’a déjà empêché de se venger lui-même.
Abigaïl descend vers David pour sauver ses serviteurs et elle annonce à David que Dieu lui a évité de perdre son humanité en se vengeant lui-même. Elle annonce donc à David que Dieu l’a sauvé de lui-même !

Samuel est mort. Il n’y a plus de prophète officiel dans le pays. Plus tard, nous le verrons, le prophète Nathan sera envoyé vers David et lui servira même de premier ministre. Mais à ce tournant de la vie de David, il n’a pas les moyens de demander conseil à Dieu.
Alors, c’est Abigaïl qui va devenir le prophète du Seigneur.

 

Un prophète est un homme, ou une femme en l’occurrence, qui est chargé par Dieu d’une parole pour les humains ou pour un humain en particulier.

Par sa parole, qu’elle déclare venir de Dieu, Abigaïl va empêcher David de se venger lui-même. Elle annonce comme un fait accompli que le Seigneur a déjà réalisé cela pour David. Puis elle lui affirme que Dieu empêchera Saül de lui faire du mal, lui fera une descendance solide, et que David sera un chef pour Israël. Et ceci se réalisera parce que David n’a pas utilisé la violence pour son propre compte.

 

Quant à David, s’il était dans l’erreur, il est capable de s’en rendre compte. Il reconnait aussi en Abigaïl celle qui lui parle au nom de Seigneur.

« Je remercie le SEIGNEUR, Dieu d’Israël, qui t’a envoyée aujourd’hui à ma rencontre ».

 

Si nous revenons aux motivations d’Abigaïl, elles lui sont toutes personnelles : elle veut sauver ses serviteurs, ses possessions, et peut-être même son mari. Mais Dieu s’empare du projet d’Abigaïl et y surimpose une mission de prophétie adressée à David.

 

Dans notre vie de tous les jours, dans la vie de chaque homme, de chaque femme, il est des moments où c’est l’intervention d’un autre qui nous empêche de commettre des erreurs. Parfois de manière toute fortuite, sans nécessairement s’en rendre compte, cet autre va dire ou faire quelque chose qui résonne en nous, nous fait réfléchir, nous fait changer de chemin.

Je vous engage à relire votre passé : n’y a-t-il pas des épisodes de vos vies qui ressemblent à ce que nous venons de lire ? Non pas que je vous accuse d’avoir voulu verser le sang. Mais le désir de vengeance est ancré très profondément en nous. Quand on nous frappe, le réflexe est de frapper en retour.

Au-delà de la question de la vengeance, il nous arrive de nous tromper, d’être sur le point de faire ou dire quelque chose qui va nous causer du tort. Celui qui par ses gestes, ses paroles, sa présence, nous détourne de cette voie se positionne comme Abigaïl dans notre histoire.

Parfois, à l’inverse, ce sont nos actions qui permettent à un autre de ne pas s’engager dans une décision mauvaise. Nous sommes alors dans la position d’Abigaïl.

Nous n’avons pas nécessairement l’intention de rendre service, nous pouvons agir dans notre propre intérêt. Mais notre intervention permet à l’autre de rester dans le bon chemin.

 

Sommes-nous chaque fois des prophètes ? Même quand nous n’invoquons pas le nom de Dieu, comme l’a fait Abigaïl ? Sans doute pas. Mais quand ce qui est en jeu est le respect de l’autre, l’intégrité physique ou mentale de l’autre, la violence physique ou morale, alors sans aucun doute, nous portons une parole qui vient de Dieu, même quand nous ne le nommons pas, même quand nous sommes face à un athée. En effet, ce qui touche à l’humanité de l’un concerne aussi l’humanité de l’autre.
Si je suis prête à céder à la violence, si je suis prête à calomnier un autre être humain, c’est ma propre humanité que je mets en danger. Cette humanité qui partage avec Dieu la possibilité de la parole est alors amputée de cette parole qui nous rend image de Dieu. L’acte remplace la parole, la force remplace l’écoute, le mensonge détruit la parole de vérité.

 

Peut-être en relisant nos vies verrons-nous ces moments où nous l’avons échappé belle comme des coups de chance, des coïncidences : par hasard, untel a dit quelque chose qui m’a fait réfléchir.

 

Je préfère penser que Dieu utilise tous les moyens possibles pour nous empêcher de nous détruire, pour nous garder en relation avec lui, y compris en désignant des personnes ordinaires comme ses prophètes d’un jour.

Amen

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