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mai 12th

prédication du dimanche 9 mai 2021

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Prédication 2 Samuel 6, 1-23

 

Frères et sœurs,

Les enfants de l’école biblique découvrent en ce moment l’entrée de l’arche dans Jérusalem sans l’épisode d’Ouza foudroyé. Il ne s’agit pas de ne prendre que les épisodes heureux de la Bible, la prochaine fois, ils réfléchiront à un des épisodes les plus sordides de la vie de David mais quand on choisit un texte biblique pour des jeunes enfants, il faut au minimum avoir une explication pour eux. Or, des explications simples, il n’y en a pas. Pourquoi Ouza est-il frappé par la colère de Dieu ? Il essayait d’aider, de protéger l’arche. Pourquoi cela suscite la colère de David ? Beaucoup de traductions disent que David est bouleversé mais l’hébreu dit « en colère ».

Je ne vais pas faire un cours sur le passage, riche d’enseignements sur la personne de David, seul roi à être également prêtre avec son fils Salomon. Il est bon de garder des questions sans réponses pour plus tard. Il est bon aussi de vous laisser réfléchir et de ne pas vous imposer ma manière de voir.

Hier, nous nous sommes rencontrés pour la deuxième fois et avons continué à réfléchir sur le sujet synodal « mission de l’Eglise et ministères ». Et ce matin, c’est sur cet axe particulier que je voudrais nous conduire. Cela permettra peut-être à certains de partager avec le conseil leurs réflexions après la méditation de ce texte.

Où se trouve l’Eglise là-dedans ? Quelle curieuse idée ! Et si nous partions d’ailleurs, d’une autre question ? Où se trouve Dieu ?
Le coffre, c’est celui de l’alliance, celui qui contient les tables de la loi depuis le temps de Moïse. Ce coffre a accompagné le peuple dans toutes ses pérégrinations. Le couvercle de l’arche est considéré comme le trône de Dieu, sauf que Dieu n’est pas représenté, sauf que Dieu n’y est pas. Et, depuis l’entrée en Canaan, l’arche repose au sanctuaire de Silo. C’est qu’il n’y a pas de temple, Jérusalem est certes devenue la capitale de David mais Nathan le prophète a été chargé par Dieu de dire à David qu’il n’avait pas besoin de temple, pas besoin de sanctuaire. A dire vrai, l’arche a été brièvement capturée par les Philistins mais ils n’ont pas pu la garder et la voilà, à Baala, chez Abinadab.
David ne peut pas construire de maison pour Dieu mais il souhaite avoir l’arche près de lui pour pouvoir rendre un culte au Seigneur.
Voilà le contexte.
Les deux fils d’Abinadab conduisent le chariot. L’un marche devant, l’autre à côté. Et où est Dieu ?

Lorsque la colère divine frappe Abinadab, nous sommes tentés d’y voir une punition pour avoir « touché » Dieu, pour avoir mis la main sur lui. Et ce n’est pas faux. Mais il y a plusieurs manières de rendre compte de cette mainmise : Ouza veut empêcher le trône de Dieu de tomber du chariot. Est-ce parce que le coffre est chargé de la puissance divine, comme dans Indiana Jones ou est-ce parce que Dieu n’a pas besoin d’Ouza que ce dernier est frappé ? Ce serait presque un réflexe d’agacement de la part de Dieu : « ça va, je peux me débrouiller tout seul ! »

Où est Dieu ? Dieu est où il veut. S’il veut éviter à l’arche de tomber, elle ne tombera pas. Si l’arche tombe, c’est que Dieu n’y est pas. Ce n’est pas Ouza qui détermine où se trouve Dieu. Si l’arche est dangereuse en elle-même, c’est une idole. Ouza a mis la main sur Dieu au sens figuré, pas au sens propre. Ne serait-ce pas cela qui a énervé Dieu ?
Et c’est bien ce qui met David en colère : Dieu a créé une brèche en frappant Ouzza, une brèche dans le système bien ficelé du roi. Comme Dieu ne le veut pas, il ne bâtira pas de temple, mais il déplace néanmoins le sanctuaire pour avoir Dieu près de lui. Et Dieu lui fait comprendre qu’il n’est pas dupe.

David est intelligent. Il comprend quand il fait fausse route, nous l’avons vu lors de sa rencontre avec Abigaïl. Alors, lorsqu’il reprend la procession vers Jérusalem, c’est un David humble et respectueux de Dieu qui chante et danse devant l’arche. C’est un roi qui est plein d’amour pour son peuple qui distribue la nourriture et bénit la population.

Mikal ne comprend pas. Elle en est restée à une logique de pouvoir. L’arche est au service de la politique du roi, le roi ne doit pas se montrer humble, même devant Dieu. Alors, Mikal restera sans enfant. Cela s’appelle la stérilité et la stérilité peut aussi être une condition pour notre vie, notre foi, notre pensée. Ne serait-ce pas là le véritable problème de Mikal ? Elle ne veut pas s’ouvrir à Dieu, elle reste enfermée dans sa vision du monde et ne pourra pas marcher sur le chemin que Dieu veut pour elle.
Cette métaphore du chemin, c’est aussi la différence entre Ouza et son frère Ahio. Ahio marche devant. Inutile pour lui de surveiller l’arche. Inutile de savoir où se trouve Dieu. Il avance sur le chemin qui s’ouvre devant lui avec confiance. Les deux attitudes des frères sont opposées et Ahio a la bonne part. Il a reconnu que Dieu n’avait pas besoin de secours.

Au-delà de cette histoire sans doute pas historique, ce qui se joue, c’est le rapport à Dieu. Et cela, c’est très actuel. Nous vivons en croyants, au sein d’une institution, l’Eglise protestant unie de France, qui n’est qu’un des visages de l’Eglise du Christ. Elle change, notre Eglise, moins de monde, moins de vocations, moins d’argent. Il est vrai que notre société change et que les Eglises protestantes ont toujours trouvé important de s’adapter à la société, non pas pour s’y conformer mais pour rejoindre les personnes là où elles se trouvent, en leur parlant un langage qu’elles comprennent et qui fait écho avec leurs préoccupations. D’où notre réflexion synodale ! Or les personnes qui fréquentent nos Eglises sont de deux ordres : les anciens, qui ne sont pas forcément les plus vieux, qui souhaitent que rien ne change, sauf le nombre de paroissiens, de vocations et le montant des dons et les autres, ceux qui s’interrogent pour trouver un autre langage, d’autres formes d’expression de la foi. Et ce n’est pas évident de savoir quelle est la meilleure solution.
Un exemple : devons-nous changer l’heure des cultes ? Est-ce que 11h au lieu de 10h30 serait plus simple pour les familles et les actifs ? Certaines paroisses ont posé la question et ont constaté une levée de bouclier contre cette idée de la part des anciens. Un autre exemple : quelle musique jouer ? Quels cantiques chanter ? Il y a des traditions de paroisses. Ici on chante souvent tel cantique inconnu ailleurs. Mais au-delà, que diriez vous si on avait une batterie et une guitare électrique comme accompagnement ?

Est-ce que nous devons dans notre projet de vie trouver des initiatives hors les murs ? Ou est-ce que nous pouvons nous contenter d’accueillir tous ceux qui viennent sans aller les chercher ?

Voici quelques exemples qui sont des sujets d’âpres débats dans certains endroits. En réalité, toute crispation sur des traditions d’Eglise, locales ou plus générales, me paraît être dangereuse parce que cela sous-tend qu’on sait où est Dieu, qu’on le veut dans une arche, que cette arche ressemble à celle de l’Exode ou qu’il s’agisse d’une liturgie, de chants, d’activités paroissiales. Si nous nous rendons compte qu’une activité n’attire plus, c’est qu’elle n’est plus pertinente. Or certains peuvent se sentir attachés à l’existence de l’activité plus qu’au contenu. C’est l’équivalent d’être plus attaché à l’arche qu’à Dieu.
Il ne s’agit évidemment pas de tout changer pour changer. Mais nous avons besoin d’expérimenter de nouveaux lieux, de nouvelles formes, un nouveau langage pour rester pertinents pour ceux du dehors et pour que les jeunes qui sont amenés par leurs parents aient envie de continuer à participer à la vie de l’Eglise une fois adultes.

Où est Dieu ? Il n’est ni dans nos liturgies, ni dans nos recueils de cantiques, ni  dans nos orgues, ni dans notre calendrier. Dieu est ailleurs, là où il veut. Et comme le Christ nous a demandé d’aller chercher ceux qui étaient dehors, cela tombe bien, n’est-ce pas ? Cela veut dire qu’il est avec nous, dehors, sur le chemin.

Il y a de nombreuses formes d’Eglises, et c’est tant mieux parce que chacun peut trouver la communauté dans laquelle il se sentira à l’aise. Dieu n’est pas dans les dogmes, ni dans les grands principes. L’essentiel n’est pas de trouver la bonne manière d’adorer Dieu, il n’y en a pas. Il y a deux conditions, aimer Dieu et aimer son prochain, comme David qui se soucie du peuple et le bénit. Ce n’est pas parce que mon prochain prie la Vierge et les saints que Dieu ne se trouve pas près de lui. Ce n’est pas parce que ma voisine parle en langues qu’elle n’est pas sur le bon chemin. Dieu est où il veut. Il n’y a pas de vérité à enseigner, la vérité est une personne, le Christ et chacun peut le prier de la manière qui lui convient le mieux.

Mais en même temps, rester dans notre tradition calviniste, même si cela nous fait du bien, ne peut nous mener qu’à notre disparition parce que ce que nous garderions comme des reliques, ce ne sont même pas les principes fondateurs du réformateur, ce sont des habitudes d’un autre temps. Moi, j’aime beaucoup la musique d’Eglise baroque, Bach et les autres. Mais ai-je le droit d’imposer mes goûts musicaux à d’autres au nom de l’Evangile ? J’aime nos partages bibliques au temple mais peut-être faut-il aussi trouver d’autres lieux et d’autres formes qui toucheront d’autres personnes que les habitués ?

Dieu ne se trouvait pas dans l’arche, il n’a pas voulu de maison, il est partout où nous avons besoin de lui, il est sur le chemin, il nous accompagne dans nos expériences d’Eglise. L’essentiel est de lui faire confiance et de l’accueillir dans nos vies sans vouloir le posséder. L’essentiel est de se réjouir comme David de ce privilège qu’est la foi que nous avons reçue et qui nous permet de grandir en humanité.
Amen

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