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mai 23rd

Prédication du dimanche de Pentecôte 2021

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Prédication Actes 2, 1- 13

Frères et sœurs

 

Bientôt, bientôt, nous serons un peu plus libres d’aller et de venir. Bientôt nous pourrons être un peu plus nombreux au culte. Déjà nous avons un peu plus de place.  Bientôt, nous pourrons nous promener aussi longtemps que nous le souhaitons après le travail, nous pourrons nous rassembler en famille un peu plus nombreux. Bientôt….

Encore faut-il le vouloir ! Certains se plaignent que tout soit fermé mais n’iront pas au musée, au restaurant pour autant lorsque cela sera possible. Certains se plaignent de ne pas pouvoir aller au culte mais viendront-ils quand les consignes sanitaires seront levées ?
Bien sûr, certains ont peur et vont préférer attendre encore pour tout ce qui n’est pas essentiel. D’autres se sentent tellement coupés des autres qu’ils se demandent s’ils vont réussir à ressortir de leur cocon. D’autres enfin sont les « râleurs professionnels » qui ne supportent pas qu’on leur interdise ce qu’ils ne font pas de toutes manières. Ceux-là ne nous intéressent pas ce matin.

Encore faut-il le vouloir ! Les disciples, 120 tout de même, famille de Jésus comprise, se sont auto -confinés. Ils attendent puisque Jésus leur a demandé d’attendre mais sans doute aussi ont-ils peur, peur d’être arrêtés, peur de subir le même sort que Jésus. C’est ce que rapportent les évangiles. On comprend les disciples mais on ne peut pas se mettre à leur place. Nous, dans notre confort, dans la sécurité de vie et la liberté de culte que nous procure notre Etat démocratique, nous ne pouvons même pas imaginer cette peur. Sans doute faudrait-il remonter aux jours terribles de la deuxième guerre mondiale pour trouver cette peur ici, en France. Alors, c’est confinés, cachés, qu’ils attendent puisque Jésus ressuscité leur a demandé d’attendre. Entre la croix et le jour de Pentecôte, 50 jours. C’est à peu près le temps qu’ont duré nos premiers confinements. Ils ont peur mais sont dans la joie. Joie de la résurrection, joie de savoir que l’histoire continue, joie de pouvoir prier ensemble aussi.

Ils forment un petit groupe, ils ont tous connu Jésus, ils sont compagnons de route et même s’ils ont peur, ils sont bien ensemble. Ils se sont organisés, ils ont choisi un remplaçant pour Judas, il faut bien continuer à être 12 ! Je ne sais pas ce qu’ils voulaient faire, ces douze. Ils sont déjà 120. Envisageaient-ils de remplacer Jésus ? ou voulaient-ils simplement rester comme ils étaient avant, quand Jésus était encore là ? Comment envisageaient-ils cette venue de l’Esprit Saint ? Cette mission que Jésus leur avait confiée ? Nul ne le sait, nul ne le saura jamais. En tous les cas, ce qu’on sait, c’est que les 12 ne sont pas restés ensemble très longtemps

Rester comme avant, c’est une bien grande tentation, n’est-ce pas ? En particulier quand le présent est difficile et l’avenir incertain. Le passé est sûr, il ne bouge plus ! Et puis, on le réinvente, on l’embellit, on lui donne des allures de paradis perdu, mais ce qui est sûr, même quand on résiste à cette tentation de l’idéaliser, c’est que le passé est rassurant parce qu’il ne change plus. Evidemment, notre passé n’est pas un passé avec le Jésus historique mais notre passé, c’est des Eglises avec plus de monde, plus de jeunes, plus de pasteurs, plus d’argent – quand bien même cet argent provenait de moins de donateurs qu’aujourd’hui. C’était confortable, n’est-ce pas ? C’est aussi idéalisé. Un collègue me racontait qu’étonné des souvenirs de paroissiens parlant de 50 enfants confirmés par an, il est allé rechercher dans les archives et n’en a trouvé que 10 à 15 dans ce passé doré. Mieux qu’aujourd’hui, certes, mais pas aussi paradisiaque que ce passé réinventé par ces paroissiens nostalgiques.

Revenons aux disciples : voilà que l’Esprit Saint leur tombe dessus, littéralement, comme des langues de feu, dans un grand bruit de vent, sans doute pas aussi grand que dans les souvenirs des témoins, mais suffisamment intrigant pour attirer les curieux qui eux sont dehors.

L’an passé, le culte de Pentecôte s’est fait temple fermé. Ma prédication parlait d’un Esprit Saint qui n’était pas confiné, contrairement à nous et qui nous rejoignait par tous les réseaux possibles : vent, internet, témoignage d’autres croyants, méditation des textes bibliques, tout est permis à l’Esprit Saint.

Mais, il y a un mais, évidemment ! Recevoir l’Esprit Saint, c’est une chose. Le laisser changer sa vie en est une autre. Les disciples avaient peur, tous, des apôtres aux femmes en passant par ces inconnus qui priaient sans doute avec les apôtres en ce matin de fête de Pentecôte, de la fête célébrant le don de la loi. Et Dieu leur donne l’Esprit ! Lorsque Dieu a donné sa loi aux enfants d’Israël, ils se sont empressés d’y désobéir. Qu’allaient faire les disciples ? Recevoir ce trésor et continuer leur vie ensemble, bien confortablement, sans doute en Galilée d’où ils venaient pour l’essentiel ? Rester bien tranquillement dans ce lieu en se réjouissant du don reçu et repartir discrètement une fois la fête terminée, quelques-uns au milieu de tant de pèlerins ? On sait bien que ce n’est pas ce qu’ils ont fait mais on oublie si souvent qu’ils avaient le choix. L’Esprit ne force personne. Chacun est libre de choisir de le recevoir ou pas, d’accepter la mission qui lui est confiée ou pas. Oui, nous oublions souvent que les disciples avaient le choix de ne pas sortir, de rester dedans, de garder le trésor pour eux.
Nous avons tellement l’habitude de ce texte que nous oublions qu’il aurait pu ne pas exister. Nous insistons sur la force, l’assurance que donne l’Esprit aux disciples et nous négligeons de méditer sur le choix qu’ils ont fait de ce premier pas, de ce pas dehors, vers les autres : ceux qui vont écouter et croire, ceux qui vont se moquer. Ceux qui vont les rejoindre et ceux qui vont les persécuter.

Oui, ils avaient le choix et ils ont fait le pari de la confiance : confiance en l’Esprit Saint qui leur a en effet donné l’assurance d’une parole forte, la puissance d’agir au nom de Jésus-Christ, le courage de surmonter leurs peurs. Oui, je suis persuadée qu’ils avaient encore peur. Mais comme Jésus avant eux, ils ont fait confiance à Dieu, ils ont aussi été totalement convaincus que le trésor qu’ils avaient reçu devaient être partagé. Ces femmes et ces hommes ont changé de vie, changé de vision du monde. Parfois, ils l’ont fait de manière tranquille, chez eux, dans leurs villages, fondant des petites communautés et vivant en paix avec tous. Parfois, ils sont partis, certains jusqu’au bout du monde. Et l’Esprit Saint les a accompagnés, tous. Il leur a permis de se ressourcer en lui, il leur a donné la force de la conviction, parfois au travers des persécutions, toujours en communion les uns avec les autres.
Bien sûr qu’ils se sont disputés sur les moyens, sur les stratégies à adopter. Le livre des Actes en rend compte, les lettres de Paul aussi. Tout comme nous ne sommes pas toujours d’accord sur ce qui est le mieux pour notre paroisse. Devons-nous retrouver les activités du passé ou en inventer de nouvelles ? Devons-nous changer nos horaires, multiplier les rencontres virtuelles pour toucher ceux qui ne viennent pas ou nous recentrer sur ceux qui font déjà partie de notre communauté ?
Oui, c’est normal de ne pas être tous d’accord. Par contre, avant de discuter en paroisse de ces points de détail, il y a un choix d’importance à faire par chacun de nous : restons-nous bien au chaud à l’intérieur de nos murs pour vivre de ce trésor que Dieu nous a donné ou suivons-nous les disciples historiques, allons-nous sortir de nos murs pour laisser l’Esprit nous guider vers ceux du dehors ? Au risque des moqueries, c’est sûr mais en toute sécurité physique.

Avons-nous tant domestiqué l’Esprit Saint qu’il ne peut plus nous guider, que nous n’acceptons plus de lui que son soutien dans nos vies personnelles ? Avons-nous oublié les paroles de Jésus : « soyez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre » ? Ou pensons-nous que cet ordre ne s’adressait qu’aux disciples historiques ?

Peut-être certains se contenteraient bien d’ouvrir nos portes pour accueillir ceux qui viennent. Peut-être d’autres pensent-ils que seuls les pasteurs et conseils presbytéraux sont concernés. Ils n’étaient pas 12 le jour de la Pentecôte. Ils étaient 120. Et tous s’étaient sentis concernés. Très rapidement, en effet, d’autres noms que ceux des 12 surgissent : Etienne, Barnabé, Sylvain. Et il y aura ceux qui seront convertis par ceux-là ou par Paul : Tite, Timothée, Phoebe, Junia, Lydie et tant d’autres. Ils sont sortis de leurs conforts, ils n’ont pas gardé le trésor pour eux. Ces femmes et ces hommes ont laissé l’Esprit les conduire où il voulait. Ils n’ont pas essayé de l’enfermer dans un système de transmission humaine comme les catholiques ou, pire, ne l’ont pas considéré à leur service alors que c’est l’inverse qui est vrai. C’est nous qui devons nous mettre au service de l’Esprit. Nous devons sortir de nos temples et de nos conforts. Bien sûr que la foi est un trésor, elle nous permet de vivre autrement, elle nous donne des frères et sœurs pour partager ce trésor avec nous. Mais la foi peut et doit aussi être inconfortable. La sécularisation de notre société nous montre que rien n’est jamais acquis. L’Eglise a ronronné trop longtemps. Les paroissiens se sont contentés de recevoir sans donner, de déléguer la mission à leurs pasteurs sans se préoccuper des changements de la société. Maintenant, il n’est plus possible de prétendre que tout peut redevenir comme avant ou même encore mieux sans effort de chacun.

Aujourd’hui, l’Esprit souffle sur chacun de vous et vous envoie. A vous de choisir !

Amen

 

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