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juin 5th

Prédication du 28 juin 2021 AG de l’entraide

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Prédication Jacques 2, 14-26

 

Frères et sœurs

 

La foi est-elle une affaire publique ? Doit-elle se manifester par des actes visibles, par des gestes extérieurs, qui l’expriment ? Ou bien, au contraire, est-ce une affaire privée ?

Est-elle strictement intérieure à celui qui la professe et doit-on la garder pour soi, sans jamais la traduire par des actes précis qui la rendent manifeste aux yeux des autres ? Dans notre société actuelle, la tendance des dirigeants est de confiner la foi à l’espace privé, voire à l’espace intérieur. Mais la liberté religieuse existe toujours bien dans notre pays et nous avons le choix : dire notre foi ou la taire.

La foi affaire publique est facile dans une société où la majorité des gens sont chrétiens. Il y a peut-être un risque de conformisme. Mais une ambiance chrétienne, où on s’exprime tout naturellement en termes chrétiens, favorise la foi et lui donne de l’espace pour se concrétiser. Dans notre France à l a laïcité exacerbée, c’est plus difficile. La société est largement sécularisée et si la majorité des Français disent encore croire en une transcendance, la plupart n’adhèrent à aucune religion et beaucoup sont hostiles et méfiants vis-à-vis des religions traditionnelles. Alors, on a tendance à se replier sur soi, on a un peu peur de dire ce qu’on est. On a presque honte de soi-même ou on a peur d’être ridiculisé.
Mais la foi qui se cache est-elle encore la foi ? Certes, il est des pays dans le monde où il faut cacher sa foi aux autorités, parfois même à sa famille, de peur d’être persécuté mais il y a une différence entre cacher sa foi aux autres et ne pas la vivre.

 

Sous sa forme privée, réduite à un sentiment individuel ou à la rigueur à quelques rencontres en cercle fermé, la foi court le risque de dégénérer en croyance. On s’imagine que la foi consiste dans une relation privée entre l’individu et son Dieu, une relation fermée sur un duo, d’où est exclu tout ce qui se trouve à l’extérieur. L’extérieur finit par perdre son importance dans la relation de foi. Ce qui compte, c’est moi et mon Dieu, ce Dieu qui me fait du bien. L’extérieur, c’est le laïc, c’est le profane. Il ne faut pas mélanger. Chaque chose à sa place : la foi pour le dimanche, l’activité dite normale pour la semaine. La foi cesse d’informer la vie, elle n’a plus d’impact sur l’existence concrète. On ne demande rien d’autre à Dieu que du bien pour nous ; rien d’autre au culte que nous faire du bien.

Or, même si la foi est bien relation à Dieu, toute la Bible nous montre que cette relation à Dieu se vit à 3 : Dieu, moi, les autres. En effet, la foi, ce n’est pas croire en l’existence de Dieu, cela, les démons le croient aussi nous explique Jacques. La foi, c’est un changement de vision du monde qui implique que debout devant Dieu, nous nous tournions vers le monde. Or force est de constater que beaucoup de chrétiens affirment croire mais ne font rien de leur foi, ne se distinguent en rien de la masse de leurs contemporains.

L’épître de Jacques donne un bon exemple de ce type de comportement. Jacques suppose que, dans une assemblée chrétienne, se présente une personne pauvre, manquant de nourriture et dont les vêtements ont besoin d’être remplacés. Que lui dit-on ? On lui conseille d’aller en paix, de se chauffer et de se rassasier. Mais on ne fait absolument rien pour l’aider matériellement. « Mettez-vous au chaud et bon appétit ! », c’est bien ce qu’ils souhaitent. Mais ce sont des mots creux. « Allez en paix ! », c’est une belle formule pieuse. C’est même une formule liturgique, celle que nous entendons à la fin de la sainte cène, ce repas qui nourrit la foi mais pas l’estomac. Il est possible que cette scène se déroule pendant un culte du premier siècle. On voit tout de suite combien cette réponse est illogique ; elle ne répond pas à la situation. Cette réponse est même indécente, elle se réfugie dans une piété inerte, alors que des besoins criants sont là et attendent des gestes d’entraide. Ce dont cette personne pauvre a besoin, ce n’est pas de paroles, c’est d’une aide matérielle immédiate. C’est de nourriture et de vêtements. En lui lançant une telle formule de bénédiction, on se moque d’elle, tout simplement.

La foi en paroles uniquement n’est pas la foi. C’est une croyance improductive, comme un arbre qui ne porte pas de fruits. Ce n’est plus la foi, c’est une relation individuelle entre mon Dieu et moi. C’est un égoïsme à deux. La foi qui ne se concrétise pas en actes exclut le prochain. Le prochain ne compte pas, il n’existe pas, on le chasse du champ de vision, on ne pense plus à lui. On est aveugle à son attente et à ses besoins.

 

La foi sans acte, la foi strictement privée, est une foi morte.

Soyons clair : l’amour de Dieu ne dépend pas de nos actes, de nos oeuvres. Son pardon nous est accordé dès lors que nous nous tournons vers lui. Mais ce pardon et cet amour ne débouchent sur rien si nous ne les recevons pas comme une force pour la vie éternelle, si nous ne changeons pas de vision du monde.

L’épître de Jacques nous propose des exemples d’une foi vivante. D’abord l’exemple d’Abraham. Dieu lui demande de sacrifier son fils Isaac, le seul par lequel il peut avoir une descendance. Abraham ne refuse pas. Il se rend avec Isaac à la montagne de Moriya, il construit un autel, il met son fils dessus. Abraham croit en Dieu et il exprime sa foi par un acte. Sa foi est bien une relation entre lui et Dieu, mais elle se traduit par ce geste d’obéissance et d’offrande. C’est une foi active. Evidemment, nous avons l’habitude de lier la foi d’Abraham à sa confiance en la promesse. Mais cette confiance ne serait pas confiance si elle ne se manifestait pas par des actes. D’ailleurs, relisez Genèse 22, la conclusion, c’est une répétition de la promesse et une bénédiction.

Nous avons rencontré Rahab dans notre parcours zoom sur les femmes dans la Bible. Les Israélites arrivent dans le pays que Dieu leur promet depuis Abraham. Ils envoient deux hommes en reconnaissance. Ces deux hommes entrent dans la ville de Jéricho, ils sont reconnus et poursuivis. Mais une femme qui s’appelle Rahab les cache et les sauve, parce qu’elle a compris que le Seigneur d’Israël est le vrai Dieu. Sa foi s’exprime par ce geste, elle vient au secours des deux hommes menacés. Rahab croit et elle agit.

 

La foi vivante est une foi qui agit. Tout ce qui vit entretient des relations avec l’extérieur. L’être vivant respire, il est lié à l’atmosphère ambiante. Il regarde et se relie aux objets qui l’entourent. Il entend les bruits et les sons, même la nuit et son ouïe le met en rapport avec l’environnement. Quand ce vivant est un humain, il parle et la parole est un moyen de communiquer avec les autres. Le cadavre ne respire plus, ne voit plus, n’entend plus et ne parle plus. Quand la foi est un cadavre, elle ne fait plus rien, elle n’est plus qu’une croyance. La croyance est le cadavre de la foi.

 

La foi réelle est relation, nous le savons. Mais la foi vraie n’est pas une relation à deux termes : entre Dieu et moi, mais une relation à trois termes : Dieu, moi et mon prochain. La foi prie et croit. Mais aussi elle s’intéresse à ce qui l’entoure, à la société. Elle s’investit dans des actes. Parce qu’elle est vivante, la foi aide les autres à vivre.

 

Dans notre pays, nous pouvons chacun agir au nom du Christ. C’est d’ailleurs mieux de le dire parce que sinon, cela s’appelle de la solidarité et nous ne nous distinguons pas de nos voisins.
Mais collectivement, en tant qu’Eglise, nous pouvons agir également, à travers notre entraide MARC. Dans d’autres pays, les Eglises peuvent agir directement mais nos lois nous l’interdisent. C’est pourquoi je dis souvent que tous ceux qui viennent au culte devraient faire partie de MARC. En effet, au niveau communautaire, c’est MARC qui fait ce qu’il faut pour que cette personne pauvre dont parle Jacques soit vêtue, nourrie correctement, logée si possible. Nous ne savons pas tout ce que font les personnes qui dirigent l’association parce que nous sommes aussi conscients que la dignité de chacun est à respecter. Les aides sont bien inscrites dans les comptes mais sont anonymes pour respecter la dignité de chacun. Et cela traduit la proclamation évangélique que Dieu ne fait pas de différence entre les personnes.
La foi sans les œuvres est stérile. Chacun.e est responsable de la manière dont il ou elle vit sa foi. Tous ensemble, nous sommes responsables de la manière dont notre communauté vit sa foi. Rendons grâce pour toutes celles et ceux qui agissent au sein de notre entraide pour que notre foi commune ne soit pas stérile.
Amen

 

-o-

 

Que la foi suffise à être sauvé, à être réconcilié avec Dieu, Jacques ne le conteste pas. Ne cherchons pas à mettre en contradiction Paul et Jacques, le salut sans les œuvres et les œuvres avec le salut. Jacques ne prêche pas le salut par les œuvres. Il dit seulement que les actes doivent suivre le salut, sinon on n’a rien compris au salut. La foi uniquement personnelle, la foi individualisée, sans rien de public, est stérile. Elle nous enferme dans nos chapelles, au pire elle nous renferme en nous-mêmes. Une telle foi est injuste, car elle contribue à maintenir les injustices dont les autres sont les victimes.

 

La justice véritable est un accord avec le projet de Dieu. Etre juste, ce n’est pas ne rien avoir à se reprocher, mais consister à coïncider avec ce projet de Dieu. Et Jacques dit clairement le contenu de ce projet par les exemples qu’il nous donne : à savoir donner à chacun ce dont il a besoin pour vivre, le sauver de ce qui menace sa vie. La justice et la foi ne planent pas au-dessus des contingences matérielles, elles entrent dedans. Le projet de Dieu, c’est son amour pour nous, pour tous les humains. C’est un amour, pas en contemplation, pas en paroles, mais en actes. Il restera toujours quelque chose à faire pour celui qui veut faire passer sa foi dans ses actes.

 

Amen !

 

 

 

 

 

 

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