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juin 7th

prédication de la journée d’offrande du 6 juin 2021

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Prédication Actes 3, 1-10

Frères et sœurs

 

Aujourd’hui, c’est la fête de l’offrande. C’est un terme qui est utilisé depuis longtemps dans cette paroisse et je peux vous dire qu’il me met mal à l’aise depuis mon arrivée ici.

D’abord, pour ceux du dehors, pour ceux sur notre seuil, cela ne veut rien dire. Ensuite, moi, j’aime bien faire la fête. Et l’offrande, c’est quelque chose de solennel, de grave, de sérieux. Cela ne va pas avec fête. Dans nos réflexions récentes, nombre d’entre vous ont exprimé le souhait de plus de fêtes, de plus de joie, de plus de convivialité. Personne n’a parlé de plus de gravité, de sérieux, de solennité.
Enfin, et c’est là l’essentiel, l’argent que nous espérons recevoir n’est pas pour Dieu, il est pour l’Eglise. Or, l’offrande, c’est ce qu’on offre à Dieu, la plupart du temps de manière obligatoire, pour qu’il accepte d’entrer en communion avec nous. Je sais bien que nous appelons notre temps liturgique de collecte le temps de l’offrande mais c’est bibliquement incorrect de le nommer ainsi, même si c’est un substantif préférable à quête, qui a un caractère de sollicitation intolérable. On ne vous supplie pas de donner de l’argent, vous êtes libres, entièrement libres de le faire ou pas. Au fond, le mot collecte, qui est celui utilisé par Paul, me semblerait plus pertinent. J’aimerais donc, dix ans après mon arrivée, être enfin entendue sur ce point, qu’on réfléchisse à changer ce nom. Qu’on l’appelle fête, oui, cent fois oui, mais fête de l’Eglise, fête de la paroisse, fête tout court !

En effet, ce dont il est question aujourd’hui, c’est du don et pas de l’offrande.
Je ne possède ni argent, ni or, mais ce que j’ai, je te le donne

Pierre n’a pas d’argent, non pas parce qu’il est pauvre mais parce que les disciples ont tout mis en commun en ces premiers temps de l’Eglise. Mythe ou réalité, personne n’en sait rien mais ce qui est sûr, c’est que Pierre a les poches vides mais n’est pas pauvre, ne se sent pas menacé, ne ressent pas cette absence d’argent comme un manque. Au contraire, il est plein, rempli de la présence de Dieu, des dons reçus.
Pierre a reçu l’Esprit Saint et tout est devenu clair. Les paroles souvent incompréhensibles de Jésus résonnent à présent autrement dans son Esprit. Il se rappelle : on ne peut pas servir deux maîtres à la foi, entre Dieu et Mamon, il faut choisir. Pierre a choisi. L’argent ne sera jamais son maître. Son maître, c’est Jésus.

L’argent comme idole est un dieu dangereux parce qu’il est très insidieux. Il nous susurre à l’oreille que nous devrions le garder au cas où, on ne sait jamais. Il nous explique posément qu’en réalité, nous avons besoin d’en avoir plus parce qu’il nous manque tel ou tel objet, que notre plus grand désir est de partir au bout du monde en vacances ou que bien placé il fera des petits. L’argent est un dieu qui s’insinue dans nos vies sans que nous nous en rendions compte. Il perturbe nos relations amicales ou familiales. Il nous fait passer des nuits blanches d’angoisse ou nous conduit à une vie d’excès. Il sait se rendre indispensable et nous conduit à l’égoïsme. « Je ne vais pas donner de mon argent, j’en ai besoin » pensons-nous, aveuglés et convaincus que c’est vrai. Et, obsédés par notre petit dieu, nous nous disons que nous n’avons pas les moyens de donner. Et nous ne donnons rien. Le pire, c’est que ce petit dieu épouvantable, nous l’adorons souvent sans même savoir qu’il s’est insinué ainsi dans nos vies.

Mais au fond du fond, de quoi avons-nous besoin ? Pierre n’a pas besoin d’argent. Il n’en a pas. Et pourtant, il va donner bien plus que tous ceux qui ont croisé l’infirme pendant toutes les années où il a mendié à la porte du temple.

Le mendiant, lui, est obsédé par l’argent mais c’est parce qu’il en a besoin pour manger, pour se vêtir. Il ne peut pas travailler, il dépend de la générosité des autres. Pourtant, cet argent qui occupe ainsi toute sa vie du fait de son manque ne lui apporte pas, ne peut pas lui apporter ce qui lui manque le plus : une véritable place dans la société. En effet, il est exclu de la vie religieuse. Or la vie religieuse, c’est aussi au premier siècle la vie civique. C’est souvent la vie sociale. S’il ne peut marcher, c’est que Dieu l’a puni pense-t-on. On ne fréquente pas les pécheurs. Et voilà, on lui donne de quoi se nourrir, de quoi survivre. Mais il ne vit pas.

Pierre le regarde, le fixe intensément et le voit lui. Pas un infirme, mais lui, une personne unique. Pierre lui parle, pas pour lui murmurer des mots de soutien convenus ou des paroles d’ « encouragement » du genre « si tu fais un effort, tu peux t’en sortir ».
Ce regard, c’est déjà un don. Le temps passé dans ce face à face donne au boiteux le sentiment d’exister, la certitude que Pierre va l’aider.

Puis Pierre lui tend une main vide alors que l’autre espérait voir une main pleine. Pourtant, cette main vide vaut plus que toutes les bourses bien remplies. Pierre lui donne sa vie, il le relève, il lui permet de choisir désormais comment il va travailler, ce qu’il va faire de ses mains et il lui permet de trouver une vie religieuse et sociale normale.

Bien sûr, c’est Jésus qui agit. C’est dans le nom de Jésus que Pierre ordonne au boiteux de se lever. Bien sûr. Et les autres boiteux, les aveugles, les lépreux ne sont pas guéris, eux. C’est qu’il ne faut pas oublier que le but de la mission des disciples n’est pas de guérir l’humanité de ses maladies physiologiques. Ce que Jésus a ordonné à ses disciples, c’est d’annoncer l’Evangile, en particulier d’enseigner que Dieu ne fait pas de différence entre les personnes, qu’il accueille tous ses enfants, sains ou bien portants ; justes ou pécheurs.

Parce qu’il n’avait pas d’argent, Pierre a su donner bien plus que de l’argent. Il a donné une vie nouvelle à cet homme condamné à mendier sa vie durant.

Vous allez peut-être penser que c’est un peu n’importe quoi, qu’on a besoin d’argent pour vivre. Evidemment, et Pierre n’échappe pas à la règle. Mais en donnant ce qu’il avait à la communauté, il a compté sur les autres pour lui donner ce qui était essentiel à sa vie matérielle. De cette manière, le petit dieu argent n’avait plus aucune chance de venir semer la zizanie dans la vie de Pierre. Il n’y avait plus aucun risque que ce dernier en fasse son maître sans même sans apercevoir.

Ce matin, je ne vais pas vous dire qu’il faut renoncer à tout, tout mettre en commun et partir sur les routes annoncer Jésus-Christ. Même pour les premiers disciples, cela n’a fonctionné que pendant un temps. Peut-être était-ce le temps nécessaire pour faire le tri entre ce dont ils avaient besoin et les faux besoins que le petit dieu argent leur suggérait comme indispensables.

Alors, je nous interroge. Peut-être pourrions-nous au moins faire le point sur nos finances : quel superflu ai-je donné ? L’autre est-il plus ou moins important qu’une sortie au cinéma ? L’Eglise a-t-elle plus ou moins de place dans ma vie qu’un nouveau téléphone portable ? Ai-je vraiment besoin de toutes ces économies alors que je suis retraité, que je ne risque pas le chômage et que tout va bien pour mes enfants ? Ces questions vous dérangeront peut-être. Mais rappelez-vous, le dieu argent est trompeur, comme le serpent de la Genèse. Il est même pire, il a multiplié les approches pour nous séduire et il joue le plus souvent sur nos peurs et insécurités, créant délibérément des sensations de manque pour mieux pouvoir s’incruster dans nos vies et détruire peu à peu l’image de Dieu inscrite au fond de nous.

De l’argent, il en faut. C’est ainsi que nos sociétés fonctionnent. De l’argent, il en faut dans l’Eglise parce que l’Eglise est une institution de ce monde.  Elle n’appartient pas au Royaume de Dieu. Elle a besoin de votre argent pour exister ici, pour vous. Mais dans l’absolu, elle n’a qu’un seul besoin : des hommes et des femmes qui continuent l’œuvre des premiers disciples.

De l’argent, il en faut pour que l’Eglise subsiste ici, dans cette paroisse, sous cette forme. Mais l’argent donné n’a pas de sens si le donateur, fier de son don, oublie de regarder celui qui croise son chemin, néglige de tendre la main à celle qu’il faut relever, ignore celles et ceux qui partagent ses prières au culte dès lors qu’ils ou elles sont différents.

L’argent est nécessaire pour vivre dans ce monde. C’est vrai pour chacun de nous, c’est vrai pour l’Eglise. Mais c’est le don qui permet à l’Eglise d’être l’Eglise, d’accomplir sa double mission de rassemblement des fidèles et de proclamation de l’Evangile à ceux du dehors.

De l’argent est indispensable pour vivre mais un des plus grands combats de notre temps est de contraindre l’argent à rester à sa place. Si nous résistons à la tentation de vivre pour l’argent, alors, nous pouvons vivre des dons que Dieu nous a faits de son pardon, de son amour, par la venue de son Fils Jésus-Christ.
Alors, nous pouvons vivre pleinement en donnant à notre tour ; en recevant avec reconnaissance lorsque nous sommes dans le besoin.
Nous avons besoin de tant de choses qui ne sont pas monétisables et nous pouvons donner en retour tant de trésors : respect de l’autre, soutien, écoute, partage, engagement dans l’Eglise ou dans les actions d’aide, engagement pour la protection de la création…tant de chemins de vie s’offrent à nous.

Je dis « chemins de vie » parce que c’est de cela qu’il s’agit. Le don, ce n’est pas une affaire d’obligation. Le don, on le fait avec joie. On se sent poussé à le faire, cela devient une évidence. Notre don pour les autres découle du surplus de dons que nous avons reçu de Dieu. Ces dons débordent de nos vies, il faut les partager. Pour rien, c’est une nécessité qui vient de l’intérieur de nous-mêmes, pas de l’extérieur.
Donner, c’est vivre la joie du Christ avec d’autres. Donner, c’est tourner le dos à nos peurs et vivre la confiance : confiance en l’amour éternel de notre Dieu, confiance en ces frères et sœurs qui nous sont donnés. Et cette confiance nous guide sur le chemin de la vraie vie, de la vie avec Dieu, cette vie qui n’existe que dans le partage et la reconnaissance.
Amen

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