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juin 28th

prédication du culte de l’assemblée générale du 13 juin

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Prédication Mt 5, 13-16 ; Es 42, 1-9

Vous êtes la lumière du monde

 

Frères et sœurs

 

Aujourd’hui, nous venons de tenir notre assemblée générale, celle que la loi nous impose. Mais l’Eglise, ce n’est pas une structure administrative. Notre mission n’est pas de respecter tel ou tel cadre légal. Ce cadre nous est imposé, certes mais notre raison d’être ensemble, c’est l’Eglise.
Par ailleurs, l’Eglise se décline sous de multiples formes institutionnelles. La nôtre est structurée selon le principe que l’on appelle presbytérien synodal. Les lois et qui règlent notre vie en Eglise, les principes qui en sont le fondement sont discutées puis votées à différents niveaux, des conseils presbytéraux au Synode national. Contrairement à d’autres modèles institutionnels, la réflexion et la discussion commencent toujours par la base, dans les paroisses comme la nôtre.

 

Or, nous sommes invités par notre Synode national à réfléchir à la mission de l’Eglise. Vous aurez sûrement l’impression que je vous bassine avec ça. Ou bien vous avez participé aux rencontres ou cela ne vous intéresse pas. Moi aussi, j’ai réfléchi et avant vous. Et voilà le point de départ, la première réponse que j’ai apporté à la question de la mission de l’Eglise. Et cette réponse se trouve dans le sermon sur la montagne

Nous avons l’habitude de dire que Jésus est lumière du monde. Et c’est vrai. Mais Jésus s’est adressé à ses disciples lors du sermon sur la montagne en leur proclamant qu’ils étaient la lumière du monde.

Ce qui me conduit à vous dire « vous êtes la lumière du monde ».

 

Revenons au départ, aux paroles du prophète Esaïe : Dieu a libéré ce petit peuple qu’étaient les Hébreux en Egypte. Il les a choisis, il les a guidés. Il a fait alliance avec eux. Mais le projet de Dieu depuis le début, c’est la paix pour toute la création, donc pour toute l’humanité. Israël, peuple élu, est choisi pour montrer au monde le chemin qui mène à Dieu.

Au premier siècle, ces paroles du prophète Ésaïe sont soigneusement oubliées. Face aux puissances dominantes, Israël s’est peu à peu replié sur lui-même.
Israël détient la vérité, Israël sert le seul Dieu de l’univers. Et cette vérité ne se partage pas, au contraire. Le temple est le centre de la vie religieuse, le centre de la vie tout court. Et ce temple, les nations ne peuvent y pénétrer. Un non-juif qui entrerait plus loin que la première cour, la cour des païens, mériterait la mort immédiate. On ne fréquente pas les païens, on ne mange pas avec eux, on évite même ceux qui sont trop à leur contact. Israël est mis à part par Dieu et pour Dieu. Et si les circonstances actuelles ne lui sont pas favorables, Dieu justifiera son peuple et lui donnera la domination sur les nations

 

C’est à ce moment-là que la mission d’Israël devient celle de Jésus. À lui la mission d’annoncer le pardon de Dieu aux hommes. À lui d’être la lumière du monde. Et c’est bien ce qui se passe, selon le plan de Dieu cette fois. Ainsi, c’est par la méditation de son enseignement, la découverte de ses paroles, de ses actions, par sa victoire sur la mort et le mal que nous, ici, à Rambouillet, avons trouvé le chemin qui mène à Dieu, chemin qui sans Jésus serait resté dans l’obscurité.

 

 

Vous êtes la lumière du monde

 

Lorsque Jésus s’adresse à ses disciples avec ces mots, ces derniers ne s’y trompent pas.  Il ne s’adresse pas à eux individuellement mais à un groupe, à un collectif.

Nous insistons en permanence sur la dimension individuelle de la foi. Elle est essentielle parce que cette relation personnelle à Dieu donne à notre vie un sens supplémentaire et qu’elle est force et ressourcement dans nos vies. Mais bien des passages des évangiles, bien des paroles de Jésus ne s’adressent pas à des individus, ils s’adressent à des communautés.
C’est là le premier point qu’il nous faut redécouvrir. Nous sommes la lumière du monde lorsque nous sommes ensemble. Janine n’est pas la lumière du monde, pas plus que Pascal. Mais tous ensemble, nous sommes cette lumière et nous sommes appelés à éclairer le monde pour qu’il découvre l’évangile.

Cet aspect communautaire de l’Évangile est bonne nouvelle. En effet, nous pouvons compter les uns sur les autres, nous pouvons imaginer ensemble la manière d’être lumière pour le monde. Tout le monde n’a pas les mêmes charismes. Certains auront du mal à se faire voir. Heureusement, il ne s’agit ni pour Janine ni pour Pascal de sortir de ce temple Bible en main pour aller interpeler les passants et leur annoncer l’évangile.

 

Vous êtes la lumière du monde

 

« Vous », c’est nous ici rassemblés. « Vous », c’est l’Eglise.  La définition la plus simple de la mission de l’Eglise, c’est de proclamer l’Evangile. Mais une fois qu’on a dit ça, comment ? Où ? A qui ? sont les questions qui s’imposent à nous. C’est certes une définition exacte mais elle est à affiner. Je vous propose aujourd’hui l’affirmation suivante : la mission de l’Eglise est d’être lumière du monde. Et la lumière, c’est bien connu, on ne la cache pas. Et pourtant, beaucoup de personnes sont encore convaincues qu’il faille rester discrets.

Le protestantisme dit historique a bien failli arrêter de briller à la fin du 20e siècle. En tous cas dans notre pays. Que s’est-il passé ? Toujours discret pour des raisons historiques, liées aux persécutions du 17e et 18e siècle, le protestantisme français, ultra minoritaire, se maintenait parce qu’il se transmettait de parents à enfants. Mais après 1968, les enfants ne suivent plus automatiquement la trace de leurs parents. Les enfants quittent les églises, que ce soit la nôtre ou les autres. Nous conservons pourtant cette discrétion historique, et l’accentuons dans la mouvance d’après 68.

Sous prétexte de discrétion, le protestantisme est devenu quasiment invisible. Lieux d’églises qui se fondent dans le paysage, comme le centre Huit à Versailles, ou qui se construisent au fond d’une cour –je ne donnerai pas d’exemple. On se contente de transmettre ses valeurs à ses enfants, enfants qui si souvent s’envolent dès la fin du catéchisme. Parfois, un synode s’empare d’une question de société, mais sans faire beaucoup de bruit, sauf peut-être sur la question de l’avortement au début des années 70. Il faut ensuite attendre 1998 et le synode sur l’étranger pour entendre une parole forte pour la société, pour que le protestantisme soit visible. Encore ne l’est-il que par ses prises de positions éthiques et politiques. Comme si nous n’avions plus d’autre rôle à jouer.

Comme si la mission de l’Eglise était uniquement d’alerter sur les injustices de la société.

Aujourd’hui, ce sentiment est renforcé par la manière dont le pouvoir politique veut invisibiliser les religions, leur imposer de se cantonner à l’espace privé. La parole des Eglises devient illégitime petit à petit. C’est là une tendance très inquiétante.

Ce que les autorités actuelles ignorent, c’est que d’autres ont essayé avant elles, et elles ont échoué. On ne peut pas cacher une lumière lorsqu’elle est brandie bien haut.
Vous êtes la lumière du monde

Si la mission de l’Eglise est d’être lumière du monde et que nous sommes un des visages de l’unique Eglise du Christ comme le proclame notre Déclaration de foi, alors c’est à nous de trouver ensemble les moyens d’être lumière du monde.
Où serons-nous lumière ? Ici, dans notre temple, mais aussi dehors grâce à notre témoignage. On ne se cache plus. Chacun avec notre don, nous pouvons être témoins. Certains le seront en actes, d’autres par le témoignage direct. Il ne s’agit évidemment pas de copier les missionnaires du Réveil qui arpentaient les quartiers ouvriers de la fin du 19e siècle. Mais aujourd’hui, il nous faut oser. Il s’agit d’être lumière du monde partout. Et cela répond à la dernière question : pour qui ? Evidemment pour tout le monde.

 

Les uns pour les autres, cela va de soi mais aussi dehors, pour les autres.  Nous sommes appelés au témoignage. Le témoignage, ce n’est pas du prosélytisme mais qui est simple récit de ce que Dieu fait pour nous, ce que cela change dans nos vies de suivre le Christ.

Vous êtes la lumière du monde

 

Être lumière ne signifie pas convertir le monde. La lumière montre le chemin, elle ne contraint personne à le suivre.

L’Eglise, c’est nous mais c’est aussi notre Eglise protestante unie et c’est aussi l’Eglise universelle.

Témoigner, cela peut être collectif. L’Église protestante unie, les Églises

peuvent prendre des positions publiques. Mais nous ne serons lumière du monde que si ces positions sont reprises par chacun de nous.  En effet, la limite du collectif, c’est l’individuel. C’est aussi sa force. Ainsi, si Jésus nous interpelle ensemble, chacun de nous reçoit cette parole dans son cœur et dans sa vie et peut se mettre en marche pour renforcer la communion, pour témoigner, pour ajouter son étincelle à la lumière que nous sommes appelés à faire jaillir.
Vous êtes la lumière du monde

Amen

 

 

 

 

 

 

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