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juin 28th

prédication du dimanche 27 juin

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Prédication Romains 16, 1-16

 

Frères et sœurs

Les vacances scolaires sont presque arrivées et ceux qui fréquentent le temple savent que j’aime bien prendre des textes inhabituels ou en décalé pendant l’été. Vous savez tous aussi que je me nourris de nos échanges et que même les moments les plus pénibles de mon ministère peuvent me conduire à méditer des passages inattendus de la Bible. C’est le miracle et la grâce de l’Evangile.

En fin d’année scolaire, c’est le temps des bilans ; le temps où on fait le point sur nos différentes activités. Doit-on les maintenir ou les supprimer ? En créer d’autres ? Il est vrai qu’en créer d’autres serait bien compliqué si nous n’en supprimions pas en même temps. En effet, une simple consultation de Paroles Protestantes montre que nous avons autant d’activités que la plupart des paroisses plus importantes que nous. Je ne peux pas me démultiplier. Alors, non, je ne peux pas animer des groupes supplémentaires.

Et voilà que ce texte, cette fin d’épître me tombe sous les yeux et me frappe pour la première fois. Je peux vous dire qu’on ne prêche pas dessus, même si des spécialistes l’étudient pour mieux connaître les collaborateurs de l’apôtre Paul.
Quand on connaît bien les Actes ou qu’on a « appris » les voyages de Paul à l’école biblique d’autrefois, celle qui se réunissait une fois par semaine et donc permettait aux enfants de véritablement retenir un peu de choses de l’histoire sainte, on a des noms à l’esprit : Barnabé, Tite, Timothée, Sylvain, Jean-Marc. On voit Paul rencontrer des personnes, comme Lydie, Prisca et Aquilas. On le sait de théologie différente de celle d’Apollos. Mais jamais, au grand jamais, nous ne saurions dire qui sont toutes ces personnes que Paul salue.

C’est que nous avons l’habitude d’oublier un peu toutes ces salutations. Et pourtant, c’est ce qui incarne la lettre. Elle n’est plus que théorie ou somme de la théologie de Paul. Elle est aussi somme de sa vie d’apôtre.
Paul écrit à la communauté de Rome et salue un grand nombre de femmes et d’hommes qu’il a rencontrés dans ses voyages. Bien plus, il a travaillé avec eux. Il leur reconnaît une part importante dans l’annonce de l’évangile dans les Eglises qu’il a pourtant fondées.
Paul n’était pas seul. Des hommes et des femmes l’ont accueilli, soutenu. Certains l’ont même précédé, comme Junia et Andronicos et comme Epaïnète. Certains sont de sa famille, comme Junia et Andronicos, Hérodion, Rufus et sa mère.

Ils exercent ou ont exercé des fonctions différentes dans les différentes communautés chrétiennes d’Asie : collaborateurs de Paul pour Prisca, Aquilas et  Urbain ; apôtres pour Junia et Andronicus ; ministre pour Phoebé. Certaines ont beaucoup travaillé pour le Seigneur, d’autres comme Marie se sont attachées à œuvrer pour la communauté de Rome. Certains ont des relations d’affection avec Paul ; d’autres ne sont que des groupes que Paul ne connaît peut-être pas comme ceux de la maison d’Aristobule.
Deux choses ou plutôt trois, me frappent. D’abord, le nombre important de femmes citées, parfois à des rôles très important, comme Prisca, Junia et Phoebé. Qui dirait encore que Paul n’aime pas les femmes après avoir étudié ce passage ? Pas moi, c’est sûr, mais nous verrons que ce n’est pas la question du genre qui est importante pour notre réflexion aujourd’hui.
La seconde, c’est le nombre important de noms cités, dont une bonne part a effectivement eu des relations en chair et en os avec Paul. Ce ne sont pas des noms de personnes dont il a entendu parler, ni même avec qui il a été en correspondance. Certes, nous n’avons pas de détails sur tous, mais Paul en donne suffisamment pour qu’on se rende compte qu’il connaissait vraiment ces personnes et a travaillé avec elles ou qu’il a vu le résultat de leur travail d’évangélisation.

La troisième découverte, c’est la très grande mobilité de ces personnes. En des temps où voyager était compliqué et dangereux, elles ont rencontré Paul en Asie, parfois à plusieurs endroits comme Prisca et Aquilas.

Enfin, un sentiment émerge à la fin de cette lecture, c’est l’amour. On a l’habitude d’un Paul vitupérant, un Paul se disputant, tantôt avec Pierre, tantôt avec Barnabas, tantôt avec ceux de Jérusalem. Mais cette longue liste de personnes qui ont collaboré avec Paul pour l’évangile nous montre un Paul sans doute de caractère entier et difficile, mais attachant aussi et attaché à ceux avec qui il a travaillé.

Paul aurait pu saluer ceux de Rome et ceux qu’ils connaissaient d’un terme générique. Sans doute veut-il montrer qu’il n’est pas inconnu à Rome et que d’influents chrétiens ont travaillé avec lui. Mais à l’inverse, cela nous montre que Paul n’a jamais été seul à construire des communautés. Certaines se sont créées avant même qu’il n’arrive, à l’image de Rome. D’autres ont été réellement bâties après son passage.

S’il peut parfois donner l’impression d’être donneur de leçons, il se révèle dans sa lettre à l’Eglise de Rome comme un parmi d’autres. Un sans qui les autres n’auraient sans doute pas aussi bien œuvré pour l’Evangile mais un qui n’a pu accomplir son ministère que grâce à l’amour et au travail d’autres.

Nous découvrons aussi que les distinctions sociales sont véritablement abolies dans cette mission pour l’Evangile que Paul a partagé avec tant d’autres. Nous nous rappelons bien sûr de ce passage de l ’épître aux Galates qui était autrefois visible à la porte de notre temple : Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car vous tous, vous êtes un en Jésus-Christ (Ga 3, 28). Et nous percevons à travers ces salutations combien Paul a réellement vécu ce qu’il enseignait. Parmi les personnes qu’il salue, il y a bien sûr des femmes et des hommes, nous l’avons noté. Mais il y a aussi des Juifs, ceux de sa parenté par exemple, et des chrétiens d’origine païenne, comme Hermès. Il y a des personnes riches ou en tous les cas de classe sociale aisée, comme Prisca et Aquilas qui ont les moyens de beaucoup voyager et il y a des personnes sans doute affranchies comme Phoebe ou même esclaves comme ceux de la maison d’Aristobule. Et tous sont ensemble, ils louent et prient ensemble dans cette Eglise de Rome que Paul voudrait tant visiter.

En quoi cela nous concerne-t-il ? Evidemment, c’est intéressant pour découvrir ce monde absolument bouillonnant des premiers chrétiens. Cela remet aussi les choses en place quant au rôle des apôtres. Certes, on a retenu leurs noms et dans le cas de Paul ses écrits ont été canonisés, mais s’en tenir là, c’est oublier tous ceux, connus ou inconnus, qui ont véritablement permis la diffusion de l’Evangile de celle de la vision de Paul lui-même.

En même temps, il me semble que cela nous enseigne une manière de vivre l’Eglise et sa mission que nous avons sans doute un peu oubliée. Le christianisme s’est installé au point que tout le monde en Occident était chrétien, à part un petit nombre de Juifs et quelques marchands musulmans. La charge des « âmes » comme on disait était confiée aux ministres du culte et l’enseignement des enfants suffisait à assurer la continuation de la vie de l’Eglise. Hors de notre Europe, des entreprises missionnaires plus ou moins légitimes garantissaient que l’ordre de Jésus « faites de toutes les nations des disciples » demeure d’actualité.
Or, nous avons tous constaté que le modèle de nos parents ou grands parents ne fonctionne plus parce qu’on ne nait plus chrétien de génération en génération. Nous l’avons dit et redit lors de nos rencontres sur la mission de l’Eglise. Tous ceux qui ont participé à la réflexion se sentent concernés par la sécularisation de la société, par la non transmission de la foi à nos enfants, par la diminution du nombre de personnes au culte depuis la fin des années 60. En même temps, le nombre de personnes investies dans la vie de l’Eglise a diminué encore plus fortement que le nombre des participants. Je me souviens de mon oncle pasteur : il rédigeait ses prédications, animait son étude biblique, enseignait les adolescents et visitait les malades. Le reste était pris en charge par des bénévoles, dont son épouse d’ailleurs. Quelle époque bénie pour les ministres du culte !

Ces rencontres ont été également intéressantes pour tous les hors sujets que nous avons soigneusement enregistrés et notés. En effet, beaucoup ont exprimé leurs rêves ou leurs regrets concernant la vie de notre paroisse sans pourtant que cela touche directement la question de la mission de l’Eglise. Or, dans chaque Eglise, il y a les besoins essentiels, le culte, l’enseignement, l’entraide et il y a les rêves de chacun sur la meilleure manière de faire communauté.

Par exemple, plusieurs personnes ont regretté la disparition des groupes de maison, aux Essart le roi ou ailleurs. Elles souhaiteraient que ces groupes soient réactivés. Alors, faisons-le. Mais sous cette première personne du pluriel ne se dissimule pas la pasteure, ni même la pasteure et le conseil presbytéral mais ce nous, c’est tout le monde ou tout au moins, ce sont des personnes qui ne sont ni l’une ni les autres qui se sentent appelées à informer, constituer un groupe, décider de la fréquence, des lieux et des thèmes. Ce sont elles ou d’autres qui se chargeront de trouver des animateurs parmi lesquels il pourra y avoir un membre du conseil ou la pasteure.
Je cite cette exemple, il y en a d’autres.
Nous nous retrouvons un peu comme à l’époque de Paul, les dangers en moins. Alors, vivons l’Eglise comme du temps de Paul, en partageant les tâches bien plus que nous en avons l’habitude. Comme au temps de Paul, nous avons un atout de taille : tous ceux qui viennent sont des convaincus. Ils savent ce que Dieu leur apporte. C’est un trésor qu’ils regrettent de ne pas savoir partager avec ceux du dehors. Ils peuvent véritablement témoigner de ce que Dieu fait pour eux. Ce n’était pas le cas des siècles passés où beaucoup ne cherchaient pas l’action de Dieu dans leur vie et venaient au culte et à la messe par obligation sociale. Peut-être ne ferons nous pas venir ou revenir des personnes à l’Eglise mais nous pourrons véritablement vivre ce que Paul exprime dans ces salutations : un attachement, un amour fraternel qui a résisté aux désaccords -nous savons qu’il y en a eu – et qui a permis à chacun de donner le meilleur de lui-même après avoir reçu pleinement le don que Dieu fait de son amour.

Commençons donc non pas par décider des activités qui nous manquent, cela ne fait que culpabiliser ceux qui en font déjà beaucoup. Commençons par nous demander ce à quoi Dieu nous appelle, ce que nous pouvons apporter avec joie à l’Eglise. Quand cette réflexion personnelle sera menée par chacun, nous pourrons élaborer un nouveau projet de vie non pas avec nos rêves qui doivent être mis en œuvre par d’autres que nous, mais avec nos dons, nos charismes et notre envie de collaborer à l’oeuvre du Seigneur.
Amen

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