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juil 19th

Prédication du 18 juillet 2021

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Prédication Es 7, 5-16 ; Mt 1, 18 – 25 ; Mt 28, 16-20

 

Frères et sœurs

 

Dieu avec nous…voilà une phrase qui fait frémir. De tous temps, les hommes se sont battus les uns contre les autres en étant convaincus que leur dieu était avec eux. Dans l’Antiquité, ce n’était pas forcément le même dieu des deux côtés du champ de bataille. Le dieu du vaincu était lui aussi vaincu, ses temples dépouillés, les statues du dieu vainqueur y étaient élevées.
Puis l’on s’est battu entre chrétiens. Chacun invoquant Dieu de son côté. Voltaire en fait une satire acerbe dans son Candide où les deux camps proclament avoir remporté la victoire et les deux camps célèbrent un te deum après la bataille.

Inutile de faire plus qu’évoquer les guerres de religion où anathèmes et massacres sont perpétrés au nom du même Dieu.
Du Gott mit uns sur les ceinturons des allemands aux discours patriotiques des prêtres et pasteurs en chaire à la veille de la première guerre mondiale, Dieu a été pris en otage dans tous nos conflits, jusqu’à l’horreur absolue de la seconde guerre mondiale et des camps de concentration.

La question devient alors lancinante pour le peuple juif et pour nombre de chrétiens. Où était Dieu pendant que son peuple était exterminé ?

 

Aujourd’hui, nous savons que juifs, chrétiens et musulmans ont le même Dieu, même si leur relation avec lui sont différentes. Pourtant, en ce moment même, des juifs et des musulmans se battent, partiellement pour des raisons religieuses. En ce moment même, des chrétiens sont persécutés par des musulmans radicaux, en ce moment même, nous déplorons une montée de l’antisémitisme en France et dans toute l’Europe.

Je ne sais pas si aujourd’hui encore, dans notre pays, on hait les Juifs pour des raisons religieuses, mais ailleurs très certainement. Et la persécution des chrétiens par les islamistes radicaux a indubitablement des motifs religieux. Où est donc la mémoire de l’humanité qui retombe encore et encore dans les mêmes exactions et massacres ?
Comment peut-on les justifier au nom de Dieu ? Surtout lorsque ce Dieu que l’on invoque est le Dieu de la Bible, plus encore, le Dieu de Jésus-Christ ?


Elie Wiesel raconte, dans La nuit, qu’il a dû, avec les autres prisonniers, assister au supplice d’un jeune garçon. Derrière lui un homme murmure « où donc est Dieu » et Elie Wiesel écrit : « Je sentais en moi une voix monter qui lui répondait : « le voici, il est pendu ici à cette potence ».

 

Dieu avec nous, Emmanuel, c’est le signe que Dieu donne à Achaz pour preuve de son aide. Juda est menacé, mais Dieu va sauver le peuple. Dans un moment de grande détresse, où Juda est encerclé de toute part, le prophète désigne une jeune femme de la cour d’Achaz et indique qu’avant que l’enfant qu’elle va porter ne soit sevré, les ennemis de Juda seront dispersés par Dieu. Le signe du salut est un petit enfant encore à naître, faiblesse absolue d’un signe qui renvoie pourtant à la certitude de l’action de Dieu pour son peuple.

Emmanuel, c’est Dieu qui sauve. Achaz n’a pas besoin de craindre, il n’a pas besoin d’armer ses troupes, d’entraîner ses hommes au combat. Achaz n’a besoin que d’une chose : faire confiance à Dieu. Dieu avec nous, l’Emmanuel, c’est Dieu qui sauve.

 

Dieu avec nous, l’Emmanuel, c’est ce que promet Dieu à Joseph dans ce rêve si célèbre où il endosse la paternité de l’enfant de Marie.
elle mettra au monde un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. 22Tout cela arriva afin que s’accomplisse ce que le Seigneur avait dit par l’entremise du prophète :

23La vierge sera enceinte ; elle mettra au monde un fils

et on l’appellera du nom d’Emmanuel,

 

Ne rentrons pas dans les questions gynécologiques. La Septante, traduction grecque de l’Ancien Testament qu’utilisent les évangélistes, a traduit jeune femme par jeune fille ou vierge. Des livres entiers ont été écrits sur la conception de Jésus. Et si la pointe du récit de l’évangéliste n’était pas là ?

Voyez-vous, jamais on n’a appelé Jésus Emmanuel. Emmanuel, Dieu avec nous, renvoie au salut apporté par Dieu à son peuple quand tout paraissait perdu.

Jésus veut dire Dieu sauve. Jésus sauvera son peuple de ses péchés lisons-nous. Le péché, c’est ce qui éloigne l’être humain de Dieu. Le péché, c’est ce qui conduit l’être humain à la violence. Rappelez-vous : dans la Bible, la première fois que nous lisons le mot péché, c’est lorsque Caïn se retrouve prisonnier de la jalousie à l’égard de son frère. Alors Dieu lui dit : le péché est tapi à ta porte. Caïn laissera le péché s’emparer de lui comme une bête féroce se saisit de sa proie. Il tuera son frère. Lui qui avait l’honneur de pouvoir se tenir devant Dieu sera chassé loin de ce dernier.

Emmanuel, Dieu avec nous, ne serait-ce pas justement l’inverse du Gott mit uns des ceinturons allemands, des messes avant la bataille et après la victoire ?

Emmanuel, Dieu avec nous, c’est un enfant qui naît dans une famille ordinaire, si ce n’est que sa naissance est irrégulière.

Nous avons découvert il y a 15 jours comment Jésus était ancré dans notre humanité, et comment aussi il était fils de son peuple. Nous avons compris que Dieu intervenait dans un destin tout tracé en créant un espace de liberté, justement à travers l’irrégularité de cette naissance.

Aujourd’hui, nous comprenons que la mission que Dieu confie à Jésus, l’appel qu’il lui adresse est de sauver son peuple du péché, de tout ce qui le sépare de Dieu.

Le Dieu avec nous des champs de batailles, c’est celui qui va donner la victoire à travers la mort de l’ennemi, en agissant pour les siens, quels qu’ils soient et contre les autres.
L’Emmanuel de l’évangile, c’est un homme, Jésus, qui va accepter la mission de délivrer les humains du besoin de violence, jusqu’à travers sa propre mort, au bénéfice de ceux qui l’ont suivi
et au bénéfice de ceux qui l’ont condamné.

 

Dès le départ, dès la naissance de Jésus, ce dernier est menacé. Né dans un monde violent, dans une famille qui menace potentiellement les pouvoirs politiques et religieux en place, il n’a que peu de chances de grandir pour accomplir sa mission, la suite de l’évangile le montre.
Pourtant, protégé par Joseph, par les païens que sont les mages, Jésus survit et devient celui que l’on connaît, celui qui a changé la face du monde.

 

Emmanuel, Dieu avec nous, c’est Jésus, celui à travers qui Dieu sauve.

Jésus, c’est celui qui apporte la paix. Trois des quatre évangiles le disent expressément.

 

Le début de l’évangile de Matthieu nous présente la naissance d’un enfant dans une époque remplie de violence ; une vie fragile menacée par les puissants. La fin de l’évangile rapporte les paroles du Christ ressuscité, qui promet d’être auprès de ses disciples tous les jours jusqu’à la fin du monde. Dieu avec nous traverse ainsi tout l’évangile, du début à la fin.
Le Christ ressuscité, c’est le signe de la puissance de Dieu, de sa gloire, de son pouvoir sur la mort. Mais comprendre le Christ ressuscité qui est avec nous, c’est avant tout relire la vie de celui qui est, dès sa naissance, Dieu avec nous.

Or, ce qui traverse l’évangile, c’est l’appel à la paix, à la réconciliation, à la non-violence absolue. Dans une période troublée, violente, où le peuple gronde contre Rome, où Rome crucifie sans état d’âme ceux qui pourraient la menacer, où le peuple juif est lui-même divisé, Jésus appelle à la paix, au respect de l’autre, à l’amour du prochain.

L’accueil du plus petit, du rejeté, du pécheur par accident ou par profession est un des leitmotivs de la narration.

Dieu avec nous, c’est Dieu qui se tient près de chacun de nous dans nos vies quotidiennes.

Comment ? Revenons au début de la narration, aux quelques versets que nous avons lus, mais aussi à la suite de l’histoire, que tout le monde connaît : les mages, la fuite en Égypte, le retour en Galilée pour protéger l’enfant. Nous comprenons que Dieu ne peut être avec nous qu’à travers nous. Joseph et les mages sont ceux qui permettent à l’enfant de survivre. Les mages ne diront pas à Hérode où trouver l’enfant. Joseph vivra en exilé en Égypte, puis s’établira en Galilée avec sa femme et Jésus pour protéger Jésus. Sans Joseph, rien n’est possible.
Plus tard, Jésus enseignera à ses disciples que chaque fois qu’on aide un petit, qu’il soit pauvre, malade, prisonnier ou exclu, on fait advenir le royaume, ne serait-ce qu’un instant. Or, ce royaume est la présence de Jésus parmi les humains.

À la fin de l’évangile, Jésus envoie ses disciples en mission : faites de toutes les nations des disciples : on pourrait aussi dire « soyez la lumière du monde », comme nous l’avons médité il y a quelques semaines. Enseignez-leur tout ce que je vous ai appris : le chemin de la paix, la solidarité avec les plus petits, l’amour du prochain. On pourrait aussi dire « brillez afin que le monde voie vos belles œuvres ».

Ainsi donc, l’Emmanuel, Dieu avec nous est présent au monde à travers nos vies. Il est manifesté dans nos actions de solidarité avec nos prochains, il est visible au monde lorsque nous choisissons le chemin de la paix, du respect et de la réconciliation en son nom.

 

 

Emmanuel, Dieu avec nous, c’est Dieu qui se manifeste au monde à travers nous. Mais lorsque Jésus envoie ses disciples en mission, il leur promet sa présence à leurs côtés.

En effet, Dieu avec nous, l’Emmanuel, c’est aussi, littéralement, Dieu avec nous. Nous ne pourrions manifester Dieu au monde s’il n’était pas à nos côtés, nous donnant force, courage, détermination dans nos vies et dans nos actions, et cela à deux niveaux.
Dans nos vies personnelles tout d’abord, il est celui qui est toujours présent, qui nous aide à porter nos fardeaux lorsque nous en avons besoin et que nous le lui demandons. Il est celui qui nous guide et nous montre le chemin du Royaume. Il est notre force et notre appui. Il nous accepte tels que nous sommes, avec nos doutes et nos faiblesses et nous fait confiance en nous envoyant en mission.
Dans notre mission de disciples ensuite, personnellement et communautairement, il est celui qui nous donne le courage d’agir et de parler en son nom. Il nous donne la force de choisir le chemin du respect de l’autre et de la paix.

 

 

Ainsi, ce Dieu qui se manifeste dans notre faiblesse et notre humanité à travers Jésus de Nazareth est à l’opposé du Dieu guerrier qui assurerait nos victoires militaires. Il est certes l’Emmanuel, Dieu avec nous. Mais sa force réside dans sa faiblesse et notre faiblesse. Sa victoire est la victoire contre la violence et la mort. Il se tient auprès de nous tous qui souhaitons le suivre sur ce chemin. Il accepte et pardonne nos manquements et nos doutes, il nous guide sur le chemin de cette paix que Dieu a promise à l’humanité toute entière. C’est là à la fois notre conviction et notre espérance. Il est l’Emmanuel, Dieu avec nous, il est aussi Jésus, Dieu qui nous sauve de la violence et de la mort. Il nous appelle à en témoigner par nos actes et nos paroles. C’est notre responsabilité et notre privilège.

Amen

 

 

 

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