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juil 25th

prédication du 25 juillet 2021

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Prédication Mt 28, 16-20

Frères et sœurs

 

La semaine dernière, nous avons médité sur le début de l’évangile, sur l’Emmanuel, Dieu avec nous. Nous avons abordé la fin de manière très brève, en insistant sur la présence du Christ à nos côtés. Et nous voici à nouveau à la fin, et, comme la semaine dernière, nous terminons sur la promesse de Jésus d’être avec nous, Dieu avec nous, tous les jours jusqu’à la fin du monde. Mais ce n’est pas cet aspect de ces quelques versets que je voudrais méditer avec vous ce matin. En effet, je me suis trouvée frustrée la semaine passée de ne pas avoir le temps d’approfondir cette fin d’évangile que nous avons d’ailleurs déjà étudiée sous l’angle de la mission des disciples. Mais ce n’est pas cela non plus que j’ai retenu pour nous aujourd’hui. Voilà me semble-t-il une belle preuve de la richesse de l’évangile.

En effet, il se termine avec ces mots, mais pas l’aventure avec Jésus le Christ, Dieu avec nous. L’évangile se termine, mais quasiment 2000 ans après, nous sommes présents dans ce temple à le méditer, à l’interroger. Nous sommes toujours là, 2000 ans plus tard parce que le Seigneur ressuscité lui aussi est toujours là. Ces paroles ont guidé les premiers chrétiens, à commencer par les disciples historiques de Jésus et elles nous guident encore aujourd’hui.

Ce passage, nous le connaissons bien parce que c’est celui qu’on lit dans la liturgie des baptêmes. En effet, depuis des siècles maintenant, l’Église a pris très au sérieux cet ordre de Jésus de baptiser. Mais ce n’est qu’une petite partie de cette fin d’évangile. Et d’ailleurs, le baptême n’est pas la fin de l’histoire, mais son commencement. Après le baptême vient l’enseignement. Et si la prédication n’est plus de nos jours enseignement au sens commun du terme, elle nous permet d’interroger notre chemin de foi et elle devrait nous permettre de trouver un sens à nos vies.


Un sens à leurs vies, voilà bien ce qui devait manquer aux disciples juste après la mort de Jésus. Certes, des femmes avaient témoigné, elles les avaient envoyés en Galilée. Mais eux n’avaient rien vu.
Vous le savez bien, nous l’avons tous vécu, un deuil est un bouleversement. En sus de la peine, il faut réorganiser sa vie sans la personne disparue. Et ça, c’est difficile. Il y a comme un vide dans notre vie, un vide qu’il faut combler, non pas en oubliant celle ou celui qui a disparu, mais en transformant le non-sens de la perte en force d’amour et de vie. Cela prend du temps, de l’énergie ; c’est un chemin d’autant plus difficile que la personne décédée tenait une place importante dans nos vies.
Or Jésus était le maître. Depuis des mois, ils passaient tout leur temps avec lui ces disciples historiques de l’homme de Nazareth. Non seulement ils se sentaient proches de lui mais ils l’étaient physiquement. Non seulement ils ont pleuré sa disparition mais leur manière de vivre disparaissait.

La résurrection est un événement cosmique. C’est la victoire de Dieu sur la mort, rien de moins que cela, et en réalité beaucoup plus.
La résurrection a eu lieu à Jérusalem et c’est normal, Jérusalem n’est-elle pas la ville des temps derniers, celle où Dieu apparaîtra et d’où il régnera ? Et pourtant, les 11 disciples les plus proches de Jésus n’ont rien vu. Seules des femmes ont vu et ont témoigné.

Et Jésus, qui sait ce dont chacun a besoin, les a renvoyés en Galilée, cette Galilée dont ils venaient, cette Galilée où lui-même était né.Inutile d’aller au centre du monde pour rencontrer le Christ ressuscité, ce n’est pas (forcément) là que vous le trouverez.

Jésus n’apparaît pas aux 11 dans le lieu que tout le monde aurait attendu, tout comme il n’est pas né là où les mages le pensaient au début de l’histoire. Il apparaît en Galilée, là où les uns et les autres vivaient avant leur rencontre avec Jésus. C’est dans l’ordinaire de leur vie que le Seigneur va faire irruption. Mais ce n’est pas non plus exactement un retour à avant, il les convoque ensemble, il ne les attend pas à un détour de leur vie personnelle. S’il vient à la rencontre de chacun et chacune dans sa vie quotidienne depuis 2000 ans, cette première rencontre doit être entre Jésus et le groupe. Pour que les disciples ne se dispersent pas tous, il leur faut construire une communauté de foi, cette communauté de foi qui nous est donnée, à nous qui sommes réunis 2000 ans plus tard.
Et Jésus les convoque en effet sur cette montagne, lieu à la fois symbolique et ordinaire, étrange et familier.

Les voilà donc, gravissant cette montagne. La montagne, c’est dans la Bible le lieu de la révélation : Moïse y reçoit les tables de la loi, Elie y rencontre Dieu. Jésus lui-même a enseigné sur la montagne, il y a été transfiguré. La montagne, c’est logique et rassurant parce que cela résonne dans l’esprit des 11 comme un lieu de rencontre. Mais la montagne ne se trouve pas à Jérusalem, elle se trouve dans le lieu de leur vie d’avant, en Galilée.

Et c’est là qu’ils rencontrent le Seigneur ressuscité pour la première fois.
Alors, ils se prosternent, comme on le fait devant le roi ou devant Dieu, par peur et par respect. Mais certains ont des doutes.
Cela nous paraît étrange : puisqu’ils se prosternent, ils ne peuvent pas douter, n’est-ce pas ? Ils ont bien reconnu Jésus !

Il faut être clair : les disciples ne doutent pas de l’existence de Dieu. Les grands prêtres qui ont fait crucifier Jésus croyaient eux aussi en Dieu. Nous ne pouvons qu’essayer d’imaginer quels sont leurs doutes. Plusieurs pistes s’offrent à nous, qui peuvent d’ailleurs s’additionner. Certes, les disciples ne doutent pas qu’ils sont en présence d’un messager de Dieu. Mais ils n’ont pas tous compris que la personne qui apparaît est bien la même que le maître qui a été crucifié. Nous savons bien qu’il n’est pas évident de reconnaître Jésus ressuscité du premier coup d’œil. C’est pourquoi Jésus commence avec l’affirmation que Dieu lui a donné toute autorité. Il n’est pas un simple messager qui reviendrait donner les consignes de Dieu. Jésus ressuscité et Dieu, c’est la même chose, et pourtant, Jésus ressuscité est aussi le maître qui les a enseignés.

Nous, nous n’en savons pas plus qu’eux. Certes, nous avons toute l’histoire. Mais personne ne peut dire comment c’est possible, comment l’homme de Nazareth est devenu le Seigneur ressuscité tout en demeurant aussi l’homme que les 11 ont suivi depuis la Galilée jusqu’au jardin de Gethsémané. Et parfois, nous nous demandons si c’est possible. Ce doute-là fait partie de la foi, il est normal.

Les 11 ne savent pas non plus quelle est leur relation à ce personnage divin qui apparaît. Ils se demandent peut-être ce qu’ils font là, pourquoi Jésus les a convoqués.

Jésus leur confie une mission, nous en avons longuement discuté lors de notre réflexion synodale. Cette mission est celle des 11, elle est aussi la nôtre.
Et le doute ressurgit. Est-ce vraiment à moi que Jésus s’adresse ? Comment puis-je faire ? Comment puis-je y arriver alors que moi, je n’ai pas bénéficié de la présence de l’humain Jésus, je ne peux pas témoigner des miracles que j’ai vus, je ne peux pas transmettre l’enseignement qu’il m’a donné personnellement. Les 11 ne sont-ils pas uniques ? L’Église n’a-t-elle pas des personnes plus compétentes que moi à envoyer ?

Le doute fait partie de la foi et la foi est un chemin. Jamais acquise,elle est toujours à laisser renouveler par Dieu.
Or Jésus nous donne une piste pour surmonter tous nos doutes, qu’ils soient sur le fond, sur la résurrection, voire sur l’existence de Dieu ou sur notre relation à Dieu, notre rôle dans la venue du royaume.

Allez, dit-il…il ne rassure en rien ceux de ses disciples qui doutent. Nous ne l’entendons pas dire « oui, c’est moi, Jésus… ». Il ne donne aucune preuve de son autorité. Il envoie ses disciples : allez…c’est en y allant que les doutes s’envolent. C’est en y allant que les disciples vont comprendre quelle est leur mission, comment la mener à bien.
Allez ! Mettez-vous en marche. N’attendez pas de savoir, la foi n’est pas un savoir. N’attendez pas d’être sûrs. Allez ! Cette exhortation me rappelle une phrase d’Albert Schweitzer : « si tu veux croire en Jésus, commence par faire quelque chose en son nom ». Heureusement que les disciples n’ont pas attendu des preuves. La foi n’est pas affaire de preuve, elle naît d’un pari, celui de la confiance. Confiance de Dieu en nous tout d’abord. Les disciples n’ont brillé ni par leur compréhension de l’enseignement de Jésus ni par leur fidélité dans l’épreuve. Pourtant, c’est eux que Jésus envoie poursuivre la mission. Il ne leur donne aucune consigne précise, il leur confie toute la tâche et les laisse libres des moyens. Au fond, il se comporte avec eux comme Dieu s’est comporté avec lui. C’est une confiance extraordinaire qu’il place en eux. C’est une confiance extraordinaire qu’il place en nous. Alors, il n’y plus qu’un chemin, celui de la confiance en lui. Il nous connaît mieux que nous nous connaissons, il sait nos moments de doutes et nos découragements. Mais il nous fait confiance. Alors, allons, et en chemin, nous trouverons les mots du témoignage. En chemin, nous nous soutiendrons les uns les autres. En chemin, nous connaîtrons les joies du partage. En chemin, nous pourrons nous appuyer sur le Seigneur ressuscité. En effet, il est Dieu avec nous, Emmanuel. Il nous accompagne, il ne nous laisse pas seuls. Il est avec nous jusqu’à la fin du monde.
Amen

 


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