Vie de l'Eglise

avr 14th

Prédication (Gn 12, 1-7 et) Ga 3, 1- 9 : la bénédiction et la foi

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 Frères et sœurs en Christ

 

Tout à l’heure, nous allons réfléchir ensemble à ce que c’est que bénir, à ce qui se passe quand Dieu bénit, quand nous bénissons de la part de Dieu, soit individuellement, soit en tant qu’Église.
C’est là le sujet synodal de l’année. Sujet important, central, essentiel au sens propre.


Qui peut-on, qui doit-on bénir dans l’Église, au-delà de la bénédiction que nous recevons tous chaque dimanche ? Au nom de quoi l’Église peut-elle, doit-elle décider qui elle bénit et qui elle ne bénit pas ?

Dans l’épître aux Galates, Paul lui-même interprète un texte plus ancien, ou plutôt toute une série de textes, ceux qui constituent dans la Genèse la geste d’Abraham.

Qu’est-ce que les Galates ont pu faire pour provoquer la colère de Paul ? Tout simplement, partant du principe  que deux précautions valent mieux qu’une, ils ont écouté ceux qui disent qu’il faut suivre la loi juive en plus de la foi en Jésus-Christ. En particulier, ils ont accepté de se faire circoncire.

C’est donc qu’ils pensent que l’événement Jésus-Christ ne suffit pas. Ils ont peur que  croire que Jésus est venu apporter le pardon et l’amour de Dieu au monde ne soit qu’une partie de ce qu’il faut faire pour faire partie du peuple de Dieu. Or, Jésus est venu détruire toutes les barrières entre les humains et Dieu. Penser qu’il faut en remettre, même pour soi-même, c’est pour Paul anéantir l’œuvre du Christ, qui est alors venu et mort pour rien.

Voyez que l’enjeu est de taille. Paul va essayer de convaincre les Galates en reprenant l’histoire d’Abraham, qui est une histoire de confiance, de foi en la promesse de Dieu. C’est un exercice périlleux, parce qu’Abraham est le grand ancêtre des Juifs, justement. L’appartenance au peuple de Dieu passe pour eux par le lien généalogique avec cet ancêtre prestigieux.

Paul va subvertir complètement la vision traditionnelle d’Abraham et en faire l’ancêtre des chrétiens, non pas en raison de la généalogie, mais en raison de la foi.

Or l’argument sur lequel il va se fonder est celui de la bénédiction. Dans le texte que nous avons lu tout à l’heure et que nous connaissons bien, Dieu fait une triple promesse à Abraham : promesse d’une descendance, promesse d’une terre et promesse de la bénédiction de tous les clans de la terre à travers Abraham.

C’est autour de cette troisième promesse que s’articule le raisonnement de Paul. Il lui semble que le moment est venu, moment au sens de temps de Dieu, le kairos en grec, pour cette bénédiction non seulement des Juifs, mais aussi des païens.

La réponse d’Abraham, dont dépend l’avenir de l’humanité toute entière tient en cette phrase célèbre, fondement du protestantisme :

« Abraham crut et cela lui fut compté comme justice », relue par Habacuq en « le juste vivra par la foi », interprétée par Paul dans l’épître aux Romains, puis par Martin Luther, mais cela, c’est une autre histoire.
La justice de Dieu, ce n’est pas un jugement humain, mais c’est ce qui est ou ce qui positionne à la juste place. La foi d’Abraham le place dans une juste relation à Dieu.

La promesse de bénédiction de Dieu est liée à Abraham. C’est à travers lui que tous seront bénis. Abraham, l’ancêtre des Juifs, plus important dans les mentalités du premier siècle que Jacob- Israël, père pourtant des douze tribus est vénéré comme le fondateur d’un peuple. Les généalogies que l’on trouve dans un livre tardif comme celui des Chroniques révèlent que la judaïté passe par la généalogie, par la descendance.

Les écrits juifs des second, premier siècles avant Jésus-Christ, du premier siècle après montrent Abraham comme l’aimé de Dieu, bien plus que Moïse qui pourtant a reçu la Loi. Abraham a vu l’intégralité des temps, du commencement jusqu’à la fin. Abraham accueille les justes après leur mort. Abraham juge le monde. On fait remonter les grandes fêtes comme celle des Tentes à Abraham.

Dans l’évangile de Jean, les interlocuteurs de Jésus ne lui affirment-ils pas qu’ils sont fils d’Abraham et que fils d’Abraham, ils n’ont nul besoin de Jésus pour connaître la vérité et être libérés.
Jésus est celui qui est venu subvertir cette croyance fondatrice. C’est par lui que passe l’appartenance au peuple de Dieu. Si vous étiez enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham. Pour l’évangéliste Jean, les œuvres dont il s’agit, c’est de croire que Jésus est celui qui apporte la vérité et la liberté.

Plus que cela pour Paul, il est venu transformer la malédiction en bénédiction. En effet, tous sont sous la malédiction, les païens parce qu’ils ne connaissent pas Dieu, les juifs parce que la loi n’est pas source de vie, mais de mort. En effet, la loi, nul ne peut l’accomplir. Seul Jésus est venu l’accomplir nous rappelle l’évangile de Matthieu. Pour tous les autres, la loi accable au lieu de libérer. Au contraire de la loi, Jésus est venu pour dire du bien. Il a transformé la malédiction en bénédiction. Paul rappelle que la croix de Jésus est malédiction. Et pourtant, Jésus a subverti cette malédiction. Par sa résurrection, il l’a anéantie et seule demeure la bénédiction : le pardon de Dieu qui mène à la vie, la possibilité pour tous les humains de rencontrer le Christ, de se tenir debout devant Dieu dans une relation de foi.

C’est donc en revenant à l’ancêtre de tous les juifs que Paul affirme au début de son raisonnement, puis confirme à la fin cette bénédiction : la foi d’Abraham est ce qui lui a permis d’accepter la bénédiction et la promesse de Dieu pour lui et pour l’humanité. C’est donc par la foi, foi en Christ, que les Galates ont Abraham pour père, c’est parce qu’ils ont la foi qu’ils sont bénis.

de sorte que ceux qui relèvent de la foi sont bénis avec Abraham, l’homme de foi.

Pourquoi les Galates qui avaient reçu l’Évangile de Paul, qui vivaient des dons de l’Esprit, ont-ils cru les judéo-chrétiens qui leur disaient qu’il fallait aussi être juif pour être sauvé ?

Pourquoi nos frères et sœurs catholiques pensent-ils qu’il faut ce qu’on appelait des bonnes œuvres pour être sauvés ? Et sont-ils donc vraiment les seuls à penser ainsi ?

Pourquoi les Églises, quelles qu’elles soient, ont remis des barrières là où Jésus a donné sa vie pour les détruire ?

Lorsque l’être humain se rend compte de l’énormité du don que Dieu lui fait, de son pardon, de son amour, il se sent écrasé. Nous avons rappelé tout à l’heure le double commandement d’amour. Savez-vous une des raisons pour lesquelles il est si difficile à respecter ? C’est que nous avons du mal à ne pas être des juges. Juges des autres, mais aussi nos propres juges.

Le jugement est tellement naturel pour nous. Quand quelque chose ne va pas, à qui la faute ? Quand nous sommes en situation d’échec, à qui la faute ? Jésus nous a exhortés à ne pas juger. Lui-même a dit « moi, je ne juge personne ». Si nous sommes juges, nous condamnons. Si nous condamnons, il faut une peine pour les fautes commises.

Alors, tout naturellement, nous avons envie que ce qui nous est donné « pour rien, gratuitement » soit difficile à obtenir.
Alors, tout naturellement, nous avons envie de vérifier que nous sommes toujours dans la bonne voie en faisant des choses concrètes, difficiles.

Devenir juif, c’est difficile. Respecter la loi juive, c’est compliqué. Paul dira lui-même que c’est impossible. Alors les Galates sont tentés de donner à Dieu leurs efforts, de lui montrer et en même temps se prouver à eux-mêmes qu’ils sont devenus moins indignes de lui qu’avant.

L’Église, quelle qu’elle soit, souhaite qu’on accueille avec respect et reconnaissance le don offert par Dieu. Indignes nous sommes, mais il y a des degrés dans l’indignité. Ne jetons pas la pierre aux Églises sœurs. Calvin décidait à chaque cène qui était digne de la prendre et qui en était indigne. Jusqu’à très récemment, les jeunes passaient un examen de fin de catéchisme pour avoir le droit de prendre la communion. Encore aujourd’hui, certains pensent que notre Église protestante unie n’est pas le bon endroit pour des personnes venant de l’autre bout du monde. Qu’elles seront mieux dans leurs Églises à eux.

Que de barrières ont été établies alors que Jésus était mort pour les détruire !

Le fait est que nous ne nous sentons pas dignes de cet amour, de cette grâce que Dieu nous a manifesté, et soyons honnêtes, nous avons tendance à juger que les autres le sont encore moins.

Pourtant, nous en sommes tous dignes puisque c’est la grâce que Dieu nous a faite. La phrase que nous prononcions dans nos liturgies de Sainte Cène autrefois était parfaitement absurde. Nous pouvons nous étonner que Dieu nous ait trouvé dignes. Nous pouvons ne pas comprendre pourquoi. Mais force est d’admettre qu’il nous a trouvés dignes de son amour, puisqu’il nous l’a donné !

Notre seule réponse, notre seule et unique réponse est la réponse de la foi. Je crois que tu m’as donné ton amour et mon cœur déborde de reconnaissance.

Ce qui ne veut pas dire que nous n’avons rien à faire en tant que croyants, mais notre vie de chrétien ne commence qu’après avoir reçu ce pardon, cet amour et cette grâce que nous n’avons certes pas mérités, mais que Dieu a jugé bon de nous donner.

Accepter ce don, c’est croire et en même temps, c’est recevoir la bénédiction que Dieu nous a promise depuis le temps d’Abraham. Croire, c’est être béni : Dieu dit du bien sur notre vie sans condition autre que celle qui consiste à accepter cette bénédiction, c’est-à-dire à croire. Nous avons vu il y a peu, avec l’histoire de Jacob, qui Dieu bénit des gens peu recommandables. Il bénit Jacob alors même que ce dernier n’est pas prêt à l’accepter comme son Dieu. Certains pourraient le dire que Jacob était un homme très spécial et que Dieu avait un projet particulier pour lui.
Aujourd’hui, nous découvrons que tous ceux qui croient sont bénis de Dieu, et que c’est son projet depuis le commencement, depuis Abraham, l’ancêtre de tous les croyants. Alors, nous pouvons en conclure que Jacob n’était pas une exception, que tous nous pouvons être bénis sans rien avoir demandé.

Ainsi, si la foi n’est pas une condition nécessaire pour recevoir la bénédiction de Dieu, comme l’histoire de Jacob le montre, elle est une condition suffisante. Quelle double bonne nouvelle !

Quelles que soient les pratiques de nos différentes Églises, Paul nous rappelle qu’en aucun cas l’Église peut déclarer qu’un croyant n’est pas béni de Dieu. Cela rejoint le discours que je tiens aux couples qui demandent une bénédiction à l’occasion de leur mariage. Je leur affirme qu’ils ont la bénédiction de Dieu dès le moment où ils la demandent. Parce que demander quelque chose à Dieu, c’est prier, et prier, c’est être en relation avec Dieu, prier, c’est se montrer croyant. La cérémonie qu’ils demandent est témoignage de leur foi et de leur engagement croyant devant leurs familles, leurs amis et l’Église. La bénédiction qui est prononcée sur leur couple leur a déjà été donnée par Dieu. La cérémonie est un signe visible de cette parole de bien que Dieu leur a déjà adressée.

Parole de bien sur nos vies, la bénédiction est rappelée de manière liturgique à chaque fin de culte, mais elle peut être demandée à tout moment : dans nos prières personnelles, pour tel ou tel projet, telle ou telle personne ; dans nos prières à plusieurs, lors de rencontres et de visites ; elle peut être ou non accompagnée d’un geste.

Tout à l’heure, nous allons nous interroger sur ce que l’acte de bénir signifie pour Dieu, pour l’Église, pour chacun de nous.

Il est un impératif, me semble-t-il, un préalable : bénir, ce n’est pas juger. Dieu a trouvé chaque humain digne de son amour. Bénir, c’est dire du bien de la part de Dieu. C’est donc se rappeler que celui-ci a envoyé son Fils détruire les barrières qui nous séparaient de lui, et non pas en construire.
Bénir, c’est se souvenir que tout croyant est déjà béni par la bénédiction d’Abraham. Si nous nous souvenons de l’histoire de Jacob, c’est aussi se rappeler que Dieu peut aussi bénir ceux qui ne l’ont pas encore rencontré, qui ne l’ont pas encore accepté. Dieu aime le monde et appelle tous les humains à recevoir sa bénédiction.

Amen

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