Vie de l'Eglise

jan 12th

Prédication du dimanche 11 janvier; culte avec les catéchumènes

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Dimanche après le culte, de nombreuses personnes m’ont demandé ma prédication. Après les attentats perpétrés la semaine passée, choquée, indignée et frappée au plus profond de ce qui fait mon identité, j’ai cherché une bonne nouvelle dans la Bible et voici les paroles que m’ont inspiré ma méditation des textes, paroles à l’intention d’une communauté, celle de Rambouillet, lors d’un dimanche où des enfants de 11 à 14 ans assistent au culte.

Pasteur Anne Petit

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Prédication Ex 20,1-17

 

Frères et sœurs, et vous les jeunes

 

Voici un passage de la Bible bien connu. Autrefois, les enfants de l’école biblique apprenaient par cœur ce que nous avons coutume d’appeler les  dix commandements et que les Juifs appellent les dix paroles. Ce passage était souvent affiché dans les temples parce qu’il était considéré comme le fondement de la vie en société. Et il est vrai que six de ces dix commandements, les six  derniers, n’ont rien d’extraordinaire et se retrouvent sous une forme ou une autre dans bien des cultures.

Je dis souvent d’ailleurs que ce sont des commandements qui ne sont pas difficiles à suivre, mais ce ne sera pas là mon propos aujourd’hui. En effet, ces dix commandements, qui ne sont pas vraiment ce qu’on appelle la Loi de Moïse à l’époque de Jésus, mais qui sont plutôt une charte fondatrice de l’alliance entre Dieu et son peuple, ces dix commandements ne sont chemin de vie pour le peuple, et pour nous d’ailleurs, que parce que Dieu a libéré son peuple au préalable.

Alors Dieu dit au peuple d’Israël : 2« Je suis le SEIGNEUR ton Dieu. C’est moi qui t’ai fait sortir d’Égypte, où tu étais esclave.

Nous vivons en France, et de ce seul fait, nous devons obéir aux lois du pays. Nous n’avons pas le choix. Heureusement pour nous, ces lois sont démocratiques. Si cela n’empêche pas que l’une ou l’autre soit injuste, nous avons un système politique de contrôle successif des lois qui permet d’éviter cela au maximum. Et nous avons la liberté d’expression qui nous permet de nous indigner quand une loi injuste est votée. Ainsi la récente réforme du droit d’asile. Cette liberté d’expression est elle-aussi contrôlée par la loi. On ne peut pas dire n’importe quoi n’importe où à n’importe qui. Le juge est celui qui décide de ce qui est permis ou pas. Ainsi, Charlie Hebdo n’a pas été condamné pour ses caricatures du prophète, mais je pourrais aussi dire qu’il n’a pas été condamné   pour ses caricatures du pape, de Dieu ou d’hommes et femmes politiques  parce que personne n’est obligé d’acheter la revue. Sans doute la décision du juge aurait-elle été différente s’il s’était agi d’une énorme affiche dans le métro. Nous sommes en conclusion dans une démocratie qui reconnaît qu’elle doit nécessairement être contrôlée et qui admet la critique, que ce soit par l’humour, par les manifestations ou par les tribunes politiques.

Nous avons la liberté de quitter notre pays quand nous le souhaitons. Si nous n’avons pas celle de nous installer où nous voulons dans le monde, tout comme les autres n’ont pas la liberté de s’installer chez nous comme ils l’entendent, nous pouvons trouver un autre pays facilement, ne serait-ce qu’en Europe, où cette liberté d’installation est garantie. Savez-vous qu’au temps de Louis XIV, les Français qui souhaitaient quitter la France devaient obtenir une autorisation ? C’est bien parce que notre système est démocratique que personne ne vous empêchera de partir, sauf si vous voulez vous enrôler dans des armées terroristes.

Mais cette grande liberté dont nous jouissons n’est pas donnée à tout le monde. Il est des pays où la liberté d’expression n’existe pas. Il est des pays où tous ne sont pas libres, où l’esclavage est une réalité légale, d’autres où on prétend qu’il n’y en a pas mais il existe dans les faits ; et même chez nous, il existe des personnes en situation d’esclavage, bien que cela soit sévèrement puni par notre loi. Quand on est esclave, ce n’est pas comme lorsqu’on est prisonnier. C’est bien pire. On est la propriété de quelqu’un d’autre, qui peut faire ce qu’il veut, qui peut forcer son esclave à faire ce que lui, le maître, veut. L’esclave n’a aucun choix, n’a aucune liberté, sauf ceux concédés par son maître : pas le choix de se marier, pas le choix de ses convictions religieuses, pas le choix même du prénom de ses enfants. L’esclavage est une abomination. Pourtant, ce n’est que depuis peu que l’Occident pense cela. L’abolition de l’esclavage date du milieu du 19e siècle pour la plupart des pays d’Europe occidentale et pour les États-Unis. Malgré cela, des situations de quasi-esclavage ont perduré bien après, en particulier dans nos colonies.

Alors Dieu dit au peuple d’Israël : 2« Je suis le SEIGNEUR ton Dieu. C’est moi qui t’ai fait sortir d’Égypte, où tu étais esclave.

Le peuple hébreu a quitté l’Égypte grâce à l’action de son Dieu, nous l’avons découvert cet automne. Guidé par la colonne de fumée, la nuée, il est arrivé à cette montagne où Dieu va demander au peuple s’il accepte d’entrer dans une alliance avec lui. C’était impossible en Égypte, le peuple n’était pas libre. Lorsqu’on ne s’appartient pas, on ne peut pas décider pour sa vie. Maintenant, le peuple est libre de choisir son chemin, sa destinée et son Dieu. Le peuple pourrait refuser Dieu et son alliance. Dieu leur laisse le choix. Et le peuple accepte. Avec ces dix paroles, Dieu donne un mode d’emploi aux Hébreux, un guide pour que la liberté qu’il leur a donnée leur soit conservée à jamais. En effet, ces dix paroles, ces dix commandements ne sont pas des lois à proprement parler. Les lois sont énumérées plus loin, dans le passage que je ne vous ai pas lu, et dans d’autres livres de la Bible. Il y est fait mention de l’interdiction de tuer, et de la punition des meurtriers, de l’interdiction de voler et des sanctions pour les voleurs, ainsi de suite. Ce qui est énoncé dans ces dix paroles, ce sont les conditions de la liberté.

Je vous ai dit qu’il était inutile de faire un catalogue de ces dix paroles et je le répète.

Alors Dieu dit au peuple d’Israël : 2« Je suis le SEIGNEUR ton Dieu. C’est moi qui t’ai fait sortir d’Égypte, où tu étais esclave.

Je suis le Seigneur ton Dieu. Voici tout ce qu’il y a à dire, à accepter, à vivre. Tout le reste en découle. Le peuple n’a nul besoin de se tourner vers d’autres dieux, qui le feraient retomber en esclavage. Il n’a nul besoin de se fabriquer des images ou des statues de son Dieu qui n’en a pas eu besoin pour les libérer. Il prendra Dieu au sérieux, avec respect, en lui consacrant du temps.
Et puisque Dieu est le Dieu du peuple, il est le Dieu de chacun de ses membres. Ainsi, chacun respectera et aidera son voisin qui a le même Dieu et qui est au bénéfice de la même libération.

Alors Dieu dit au peuple d’Israël : 2« Je suis le SEIGNEUR ton Dieu. C’est moi qui t’ai fait sortir d’Égypte, où tu étais esclave.

Nous ne faisons pas partie du peuple d’Israël. Si nous faisons mémoire de ces événements, et si nous considérons comme nôtre ce préambule de l’alliance dans laquelle nous n’avons pas le droit d’entrer en tant que membre du peuple d’Israël, c’est parce qu’en Jésus-Christ, nous avons vécu la même libération et avons reçu la même possibilité d’appartenir au peuple de Dieu. Les modalités sont différentes, mais il s’agit bien d’entrer dans une alliance avec lui, alliance qui fait de nous non seulement son peuple, mais aussi ses enfants.

Je suis le Seigneur ton Dieu. Cette parole est pour nous aussi, avec ses corollaires : tu respecteras ton Dieu, tu n’auras pas d’autres dieux, tu respecteras ton prochain.

Cette parole est pour nous aussi, nous qui avons été libéré par le Christ de tous nos esclavages.
Pourtant, nous n’avions pas l’impression d’être des esclaves, dans la France du 21e siècle où nous habitons, n’est-ce pas ?

Jusqu’ici, j’ai évoqué avec vous l’esclavage au sens propre du terme. Mais il existe bien d’autres formes d’esclavages, qui sont toutes la conséquence de ce que l’être humain ne prend pas la parole de Dieu au sérieux.

Je suis le Seigneur ton Dieu. Combien d’autres dieux avons-nous dans nos vies ? Argent, réussite, pouvoir, addictions de toutes sortes prennent la place de celui qui est le Dieu qui nous a libérés. Et ces petits dieux, ces idoles nous font retomber dans l’esclavage. Vous pensez peut-être à l’alcool et à la drogue, et vous aurez raison, mais le besoin de pouvoir, l’ambition démesurée peuvent nous posséder tout autant que les drogues reconnues comme telles.

Si nous acceptons que Dieu est  le Seigneur notre Dieu, tous ces autres petits dieux n’auront plus de prise sur nous. Pourtant, accepter que Dieu est notre Dieu qui nous a libérés n’est pas forcément facile parce que nous vivons dans une société où les contraintes ne sont plus religieuses, où les contraintes ne sont plus assumées, mais insidieuses : personne ne force les adolescents à porter tel type de vêtement, à lire tel magazine, à écouter tel type de musique. Mais celui ou celle qui résiste n’est pas nécessairement dans une position facile. Pourtant, ne vaut-il pas mieux être libre qu’être prisonnier d’un système qui n’a pas pour fondement le respect de l’autre mais qui est construit pour faire gagner un maximum d’argent à un petit nombre de personnes ?

Alors Dieu dit au peuple d’Israël : 2« Je suis le SEIGNEUR ton Dieu. C’est moi qui t’ai fait sortir d’Égypte, où tu étais esclave.

Dieu nous a libérés pour que nous soyons libres. Mais, si libérés de tous ces esclavages, de tous ces petits dieux qui grouillent dans notre monde, nous ne reconnaissions pas Dieu comme notre Dieu ? C’est possible, bien sûr, il y a des tas de gens qui se disent athées et qui vivent une vie plutôt pas mal. Le problème, c’est que, d’une manière ou d’une autre, un dieu s’installe dans nos vies. Quand nous résistons à toutes ces idoles que nous venons de passer en revue, il y en est une autre qui vient prendre la place : nous-mêmes. Chacun devient un dieu pour lui-même. Quel est le mal, nous ne pouvons pas être esclaves de nous-mêmes, n’est-ce pas ? Et pourtant, si chacun est son propre dieu, il est au centre de son univers, et les autres ne sont là que pour le servir.

J’en étais arrivée là de ma prédication mercredi en début d’après-midi. Je ne l’ai reprise que vendredi. Que vais-je dire ? Faut-il tout reprendre ? Quelle bonne nouvelle annoncer ce dimanche, alors que nous vivons l’horreur depuis mercredi ? Et puis, je me suis renducompte qu’il était inutile de changer de passage biblique, qu’il était inutile de modifier ce que j’avais écrit. J’y ai rajouté  quelques lignes concernant Charlie Hebdo dans le passage sur la liberté d’expression, mais c’est tout.

1Alors Dieu dit au peuple d’Israël : 2« Je suis le SEIGNEUR ton Dieu. C’est moi qui t’ai fait sortir d’Égypte, où tu étais esclave.

3« Tu ne dois pas avoir d’autres dieux que moi.

Chaque fois que des hommes ou des femmes érigent en système la manière dont ils voient Dieu, ce qu’il veut, ce qu’il pense, ce qu’il condamne, ceux qu’il approuve et que ce système contredit la libération que Dieu veut opérer en chacun de nous, ces hommes et ces femmes emprisonnent les autres, ils emprisonnent Dieu, et même plus, ils se créent un dieu à leur convenance. Les hommes qui ont assassiné 12 personnes en criant « Dieu est grand » ont commis cette abomination au nom d’un dieu qu’ils se sont créés, d’une idole qui les tient prisonniers et à l’aide de laquelle ils essaient de soumettre le monde en esclavage.
Chaque fois que des hommes ou des femmes brandissent un livre, que ce soit le Coran ou la Bible, et prétendent avoir compris qui est Dieu, ils sont coupables, ils trahissent Dieu et ils trahissent l’humanité. Leur dieu n’est pas Dieu. Leur dieu est fondamentalement eux-mêmes puisqu’ils n’agissent ni dans le respect de l’autre, ni au nom d’un Dieu qui libère.

Que faire, dans notre désarroi et notre peine ?
Relire ces mots de la Bible que je viens de commenter : Dieu est celui qui libère.
Relire les paroles de Jésus : « quand moi je serai élevé, j’attirerai tous les humains à moi ». Cette libération n’est pas celle d’un petit peuple il y a 3000 ans, cette libération est offerte à l’humanité entière. Cependant, la libération du peuple hébreu est essentielle pour notre foi parce que sans cette libération, sans le don de Dieu au Sinaï, il n’y aurait pas eu Jésus.
Chaque être humain, même le plus ignoble, est appelé par Dieu à cette libération. Qu’il la choisisse ou pas est sa décision. La mienne est impérativement de le regarder comme un être que Dieu aime. Je peux pleurer sur les actes qu’il commet, sur le gâchis qu’il fait de sa vie, je ne peux pas nier sa valeur intrinsèque.

Jeudi soir, nous étions tous très émus autour de la table de « Bible, modes d’emplois », très désorientés. Nous avons parlé de cette tragédie, de la manière dont elle nous affecte, de la manière dont nous pouvons réagir.
Nous vivons dans une démocratie, qui n’est pas parfaite, ce n’est pas le royaume de Dieu. Mais notre civilisation n’est devenue ce qu’elle que parce que la Parole de Dieu proclamée par Jésus a petit à petit fait son chemin dans notre monde humain si fermé à l’amour et à la paix. La liberté d’expression, de réunion, d’association, de croire, de se déplacer, le droit de vote, l’égalité des sexes sont des libertés chèrement gagnées, toujours à défendre, libertés que nous pouvons revendiquer, nous les chrétiens, comme l’héritage de Jésus le Christ. Vivons-les sans peur, sans honte et sans haine.

Honorons nos morts et continuons nos vies sans céder à la peur et à l’angoisse. Risquons-nous d’autres attentats ? Certainement. Devons-nous pour autant arrêter de vivre, nous terrer chez nous, ne pas prendre les transports en commun, ne pas nous promener à Paris dans la foule ? Certainement pas.
C’est plus facile à dire qu’à faire me direz-vous ? Peut-être. Mais voilà, jeudi soir justement, nous avons continué à lire l’évangile de Marc là où nous l’avions laissé avant Noël, au chapitre 6. Et voici ce que nous avons lu : Jésus dit à ses disciples effrayés : « Courage, c’est moi, n’ayez pas peur ». Ces quelques mots étaient là jeudi soir pour nous donner le mode d’emploi, pour nous apporter un peu de paix dans notre désarroi. Jésus dans ma vie, c’est comme un père ou une mère qui rassure son enfant par sa seule présence.

Courage, c’est moi, n’ayez pas peur

Dieu est le seul Dieu, il est notre Seigneur qui nous libère de l’esclavage, y compris de celui de nos peurs. Il nous a donné son fils, Jésus le Christ, qui nous accompagne sur tous nos chemins.

Amen

 

  1. Handrich
    12/01/2015 at 18 h 51 min

    Merci Anne pour cette prédication qui me confirme dans ma volonté d’essayer à tout prix malgré mes handicaps à suivre les commandements de Jésus, avec lui à mes côtés, je n’ai pas peur et quant,dans la journée sa pensée me viens, je souris et je dis : j’ai de la chance.
    Encore merci Anne.
    Marie Laure

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