Vie de l'Eglise

déc 2nd

Après les attentats: « Mais moi je vous dis… »

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 Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. Alors vous serez fils de votre Père qui est dans les cieux, car il fait lever son soleil sur les mauvais et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.(Mt 5, 44-45)

Après les terribles attentats du vendredi 13, comment peut-on se rappeler de ces paroles de Jésus ?

Aujourd’hui, nous pleurons nos morts, aujourd’hui nous avons peur pour l’avenir. Aujourd’hui, nous sommes sous le choc.
Pourtant, ce sera déjà demain quand vous lirez ces lignes, calendrier de publication oblige, j’écris le 17 novembre. Je fais donc le pari risqué de prendre du recul au plus fort de l’émotion.

Sans prétendre faire le tour de ce que ces paroles de Jésus signifient, je vais avancer trois pistes de réflexion.
La première est historique. Jésus, Parole vivante de Dieu a vécu ces paroles. Il a fait ce qu’il a dit, allant jusqu’à prier pour ses ennemis sur la croix. Pour l’expliciter par une image, je dirai que Jésus est une Parole qui est morte d’avoir été prononcée. Signe de faiblesse ? Certes non, puisque cette Parole a transformé le monde, puisqu’aujourd’hui nous vivons libres grâce à cette Parole. Les ennemis du christianisme sous-estiment souvent sa force, ne comprenant que la lettre des enseignements de Jésus, sans en voir les effets certes lents mais aussi positifs dans l’histoire : droits humains,  respect de la vie, égalité, attention portée aux enfants, éducation pour tous. .. Si nous prenons un peu de recul, nous comprenons bien vite que tout cela est adossé à l’enseignement du Christ.

La seconde est linguistique : parce qu’en français le mot amour rend compte de réalités très différentes, nous pensons que Jésus parle de sentiments. Or le mot grec utilisé est agapè et ce qu’il recouvre n’est pas du domaine des sentiments. C’est de cet amour qu’il faut tenter d’aimer nos ennemis. Or l’agapè, c’est l’amour-service. Il est concret, incarné. Lorsqu’il s’agit d’aimer son frère ou sa sœur, l’amour-service est soutien, accompagnement, prière des uns pour les autres. Rien de plus concret en effet que cet amour dont nous pouvons voir les effets dans la vie de Jésus lui-même : il lave les pieds de ses disciples, il meurt pour eux, pour nous.

Or ce service auquel nous sommes appelés ne peut se vivre sans le respect absolu de l’autre. Je devrais peut-être dire que le respect de l’autre est le fondement sur lequel l’amour-agapè prend naissance et s’appuie.

Dieu notre Père fait lever son soleil sur les bons et les méchants, les justes et les injustes : chacun est digne d’attention pour Dieu. C’est pourquoi Jésus nous demande d’aimer et de prier pour ceux qui ont choisi d’être nos ennemis. En effet, nous ne pouvons guère faire autre chose que de les respecter et de prier pour eux puisqu’ils ne veulent pas de dialogue, pas d’échange avec nous. Il n’est pas demandé de pardonner, il n’est pas demandé de comprendre.  Il est demandé de respecter notre ennemi.

Chaque être humain mérite de voir le jour se lever, c’est donc que Dieu voit des actions mauvaises mais des humains qui ont toujours la possibilité de changer, des humains qui valent plus que leurs actes. C’est pourquoi il nous est demandé d’aimer, c’est-à-dire de respecter ceux qui nous veulent du mal. En effet,  le respect absolu découle de la conviction qu’un être est toujours plus que la somme de ses actions, si atroces soient-elles.  Il n’y a pas d’acte – aussi horrible soit-il- qui empêche son auteur de changer, de se convertir, de se tourner vers Dieu. La rédemption est toujours possible. Celui qui se repent sera accueilli par Dieu, même s’il est bien entendu toujours responsable de ses actions passées devant les hommes.

C’est pourquoi Jésus nous invite à prier pour nos ennemis. Prier nous permet de chercher le bon et le bien qui se trouve en chaque être humain sur qui Dieu fait lever son soleil. Aujourd’hui, il nous est demandé de prier pour des ennemis qui souhaitent notre mort, la mort de nos proches, la mort de notre culture. Prier nous permet de demander à Dieu de changer le cœur de nos ennemis pour qu’ils changent leur vie et cherchent le chemin de la paix.

Ce respect absolu que Jésus nous demande n’est pas faiblesse, il est force. C’est là mon troisième point, qui est psychologique. Jésus ne nous demande pas de faire cela pour nos ennemis mais pour notre propre bien.
En effet, chaque fois que nous traitons notre prochain sans respect, c’est une partie de notre humanité que nous détruisons. Chaque fois que nous laissons la haine envahir notre cœur, elle détruit les bonnes choses qui s’y trouvent. Chaque fois que nous nous laissons dominer par notre instinct de survie, nous nous laissons aller à la violence qui nous sépare inéluctablement de Dieu. Chaque fois que nous condamnons une personne, nous nous condamnons nous-mêmes. En effet, s’il est des actes plus monstrueux que d’autres, il n’est pas un seul être sur terre qui soit innocent de tout acte néfaste ou de toute pensée mauvaise. Le respect absolu de l’autre, même lorsque nous le reconnaissons comme notre pire ennemi, même lorsque nous le combattons, nous permet de ne pas nous laisser manger par la peur.

Pour notre dignité humaine, pour que Christ ne soit pas mort pour rien, respectons notre prochain, qu’il soit notre ami ou notre ennemi. Vivons attentifs mais vivons pleinement nos vies terrestres. Profitons de la liberté que le Christ nous a donnée. Avançons toujours plus loin à sa suite. Il est le chemin qui mène au Père. Il est aussi celui qui nous a promis d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Nous ne sommes pas seuls. Christ accompagne chacun de nos pas. Il nous demande de prier pour ceux qui nous veulent du mal. Prions donc pour nos ennemis. Prions ensemble pour être soutenus les uns les autres. Lisons la Bible ensemble et témoignons chacun de ce que le Christ accomplit dans nos vies, de la paix et de la joie qu’il nous donne, malgré toutes les épreuves.

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