Vie de l'Eglise

nov 6th

méditation: la langue

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Ce mois de novembre, nous commémorons l’armistice, la fin de la grande guerre, qui a fait tant de morts sans pour autant apporter la paix en Europe. J’ai déjà médité sur la question de la paix, qui est bien différente de l’absence de guerre. Je voudrais aujourd’hui nous mener sur une autre piste, assez proche mais bien plus sournoise que celle de la guerre : celle de la violence des mots. Nous assistons à un durcissement de la parole, une violence des mots dans la bouche des politiques et sur nos réseaux sociaux. Que ce soit dans notre pays ou ailleurs, la langue semble se décomplexer, devient mauvaise, calomnieuse, violente. Certains de nos hommes et femmes politiques, le ministre italien de l’intérieur, le président des Etats-Unis ou d’autres utilisent des expressions terriblement dangereuses dans leur communication politique. Certes, j’ai lu récemment une analyse qui explique que tout cela est stratégie de communication et que sous la 3e République française, les invectives des politiques étaient bien plus dures et violentes. Or quand je vois le bilan de cette 3e République, deux guerres mondiales, cette analyse ne me rassure pas du tout. D’ailleurs, les flambées de violence aux Etats-Unis montrent bien que la violence de la langue entraîne celles des actions.

Le lettre de Jacques nous avertit pourtant :

Or la langue aussi est un feu, elle est le monde de l’injustice : la langue a sa place dans notre corps, elle tache tout le corps et elle embrase tout le cours de l’existence, étant elle-même embrasée par la géhenne. (3, 6)

Certes, nous ne pouvons pas d’un coup de baguette magique faire taire les politiques, leur inspirer des paroles de respect et de bienveillance. Mais nous pouvons résister à cette vague de violence verbale, que ce soit par nos commentaires, nos votes ou nos discussions. Un adversaire demeure un enfant de Dieu, digne de respect.

Et puis, il y a la violence sournoise de la langue, celle qui ne se voit pas autant : celle du mensonge ou de la demi-vérité dans le monde politique, les théories du complot qui fleurissent pour décrédibiliser la démocratie, la presse, le pouvoir en place ou au contraire l’opposition, la justice…

Enfin, il y a la destruction privée, celle que les personnes ordinaires pratiquent le plus souvent : les petits mots méchants, les insinuations, les critiques systématiques de telle ou telle personne, le harcèlement, les petites calomnies et qui touchent non pas les puissants de ce monde, mais nos proches ou nos prochains. Et parfois, nous sommes ceux qui en sont victimes.

Jacques nous a avertis. La langue peut bénir ou maudire (3,7). Jésus l’avait déjà expliqué à ses disciples : c’est ce qui sort de la bouche de l’homme (ses paroles en particulier) qui peut être impur. (Matthieu 15, 18)

Nous ne pouvons pas vivre avec Dieu si nous n’apprenons pas la bienveillance envers nos frères et sœurs. Dire du bien chaque fois que c’est possible, ne pas confondre les personnes et leurs actions, accorder le bénéfice du doute quand on ne comprend pas les paroles ou les actes de son prochain, cela s’apprend. La parole calomnieuse ou méchante détruit : elle détruit celui ou celle qui en est victime, mais elle détruit aussi la relation à Dieu de celui ou celle qui en est l’origine.
Notre « être chrétien » n’existe que si nous apprenons cette bienveillance, qui est premier pas vers l’accomplissement du commandement d’amour, et la vivons entre nous. Notre « être citoyen » ne sera efficace que si nous refusons d’écouter et dénonçons les paroles de violence sur la scène politique.

Pasteur Anne Petit

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