Vie de l'Eglise

mai 1st

méditation sur César et Dieu

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Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22, 21) dit Jésus à des personnes qui voulaient le piéger au sujet de l’impôt. Il est erroné d’en conclure que l’Eglise ne doit pas se mêler de politique, comme l’ont hélas fait les Eglises luthériennes du 19e et du début du 20esiècle. En effet, si l’Etat (à l’époque, c’était le roi) agit de manière manifestement contraire à l’Evangile, il est du devoir du chrétien d’interpeler l’autorité politique. Cette doctrine est bien connue des Eglises réformées depuis Calvin et surtout Théodore de Bèze. En même temps, l’Eglise ne doit pas intervenir de manière systématique dans les affaires publiques comme le faisait l’Eglise catholique du temps jadis.

Cependant ma réflexion suivra un autre chemin. Certes, à quelques jours d’un scrutin crucial pour notre démocratie et nos libertés, je vais vous parler politique, n’en déplaise à ceux qui pensent comme les luthériens des temps anciens, mais je vais surtout vous parler d’êtres humains et de Dieu.
J’étais en congés la semaine passée et j’ai suivi avec passion et beaucoup de stupéfaction aussi les réactions des uns et des autres sur les réseaux sociaux et dans la presse après le premier tour de la présidentielle. Un phénomène m’a tellement frappé que j’ai pensé à cette phrase de Jésus : une bonne partie de nos concitoyens ont le fantasme d’élire un président qui serait parfait comme Dieu. J’ai été stupéfaite par les critiques faites aux uns et aux autres, y compris aux candidats malchanceux pour qui nous ne voterons pas au second tour.
Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Nous ne sommes pas dans le Royaume de Dieu et nous n’allons pas subitement y entrer dimanche soir si notre candidat préféré gagne les élections, et nous n’y serions pas entré non plus si notre candidat préféré éliminé au premier tour avait gagné les élections ! Ce sont des hommes et des femmes qui se sont présentés, pas des anges, ni des émanations directes de Dieu. Ils ne sont dès lors pas parfaits, c’est d’ailleurs pour cela que nous élirons des députés (pas parfaits non plus). C’est aussi pour cela que les actes de l’exécutif comme du législatif sont soumis au contrôle indépendant des juges.

Heureusement, pour la plupart, les candidats eux-mêmes ne se disent pas parfaits et ne disent pas non plus qu’ils feront des miracles. Heureusement pour eux, et heureusement pour nous : seuls les dictateurs se proclament parfaits. Seuls les tyrans déclarent avoir la seule solution, marcher sur le seul chemin, penser de la seule manière possible.

Je conclurai comme j’en ai désormais l’habitude en vous encourageant à la bienveillance, à la confiance et à l’optimisme : notre système n’est pas parfait. Notre société n’est pas aussi juste que nous le souhaiterions, mais la démocratie est le meilleur système politique, nous avons l’immense privilège d’élire nos dirigeants au suffrage universel direct et nous vivons dans un pays où les plus faibles sont aidés et où chaque personne est digne de respect et ses droits sont garantis. N’est-ce pas là le chemin qui conduira un jour (mais pas le 7 mai !) au Royaume ?

 

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