Vie de l'Eglise

mar 8th

Méditation sur le carême

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En ce début de mois de mars, nous sommes en plein Carême. Cette période de repentance qui faisait le pendant de l’Avent autrefois a été instituée pour que les croyants se purifient, se préparent à la passion, la croix et  la résurrection. Il s’agissait de prendre la mesure de ce que Dieu avait fait pour nous en Jésus de Nazareth. Le jeûne pendant cette période était de mise, la privation était représentée comme une maigre participation aux souffrances du Christ. Comme Jésus avait jeûné 40 jours au désert, le croyant se privait 40 jours pour mieux méditer, pour approfondir sa foi, pour se rapprocher de Dieu. Les Eglises protestantes n’imposent pas de rite alimentaire pendant le carême mais un survol de nos cantiques pour cette période dévoile une forte tendance à la confession des péchés.
Aujourd’hui, les catholiques se privent volontiers d’un petit plaisir (comme le chocolat) pendant cette période et évitent les grands banquets. Dans les écoles catholiques, on invite les enfants à des gestes de solidarité. Aujourd’hui, nous, les protestants, nous écoutons les conférences de Carême dont les thèmes varient d’année en année.

Je ne sais pas ce que le Carême représente pour vous, mes lecteurs. Je suis moi-même toujours méfiante vis-à-vis des temps liturgiques parce qu’ils sont cycliques. Or l’histoire de Dieu avec l’humanité n’est absolument pas cyclique. Faire mémoire est essentiel, mais nous ne sommes plus dans le temps de l’attente de la venue de Dieu (Avent) pas plus que nous n’attendons la manifestation de sa gloire (Pâques). Certes, nous espérons toujours l’accomplissement des temps, la venue du Royaume de Dieu sur terre, mais la rupture historique que constitue « l’événement Jésus » a eu lieu, une fois pour toute. Chaque jour, nous pouvons rendre grâce à Dieu parce que chaque jour est à la fois Noël et Pâques. Et chaque dimanche est fête de la résurrection (dominus die, jour du Seigneur). Chaque jour est aussi l’occasion de nous rappeler que Dieu s’approche de nous par pure grâce, que nous ne pouvons être dignes de l’honneur qu’il nous fait. Chaque jour est donc en même temps repentance et joie.

Peut-être qu’en ce temps de Carême où nous faisons mémoire de ce que Dieu nous a donné, il serait bon de lui donner ce que nous pouvons. Calvin appelle cela la sanctification : autrement dit, ce n’est pas parce que nos actions ne peuvent nous procurer le salut que nous ne sommes pas capables d’avancer sur la route que désigne le Christ : le chemin est tortueux, parfois difficile à voir, mais nous savons au fond où il se trouve et comment y marcher. Au lieu de rentrer en nous-mêmes pour ressasser combien nous sommes pécheurs (cantiques de Carême), allons de l’avant, de la seule manière qui compte : sur le chemin de l’amour du prochain.

Cet impératif, car c’en est un, se décline de plusieurs manières : individuellement, que puis-je faire pour mon prochain dans l’Eglise, et dans la vie ?
Collectivement, comment pouvons-nous mieux vivre l’amour fraternel et le service de ceux qui sont en dehors de notre communauté ?
Dans quelques jours se tiendra l’assemblée générale de MARC, notre association d’entraide. Peut-être pourrions-nous commencer par y participer : découvrir ce que notre Eglise fait déjà, proposer ressources ou actions possibles ; soutenir de nos paroles et prières celles et ceux qui sont sur le terrain ; se rendre compte que l’Entraide n’est pas une ONG de plus dans l’univers de l’action sociale, mais un lieu où l’on fait vivre l’amour reçu de Dieu : par la solidarité mais aussi par la bienveillance d’un accueil inconditionnel. Nous ne pouvons pas aider matériellement tout le monde mais nous pouvons donner ce que nous avons reçu : une présence bienveillante et patiente, un regard qui ne juge pas, une parole d’espérance.

Pasteur Anne Petit

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