Vie de l'Eglise

avr 8th

méditation sur le manque

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Au moment où j’écris ces lignes, les société civile, religieuse et politique honorent un gendarme qui a donné sa vie pour une autre. Elles honorent une vieille dame sauvagement assassinée parce qu’elle était juive. Je suis effrayée par la violence de ces événements. Pourquoi le terrorisme, pourquoi l’antisémitisme ? J’ai entendu ce matin une interview du rabbin Delphine Horvilleur qui parlait de l’antisémitisme qui explose à chaque époque difficile de l’histoire : elle estime que le Juif représente alors le manque dans la vie de l’antisémite. Le Juif aurait ce qu’il n’a pas. Ce fantasme mortel ne serait-il pas aussi celui du terroriste islamiste à notre égard ? Nous représenterions ce qu’il n’a pas et il nous en rendrait responsable. Le motif religieux serait alors un écran de fumée derrière lequel, consciemment ou inconsciemment pour le terroriste, se tapiraient la jalousie et l’envie. Le désir sous-jacent à cette haine serait celui de contrôle, de maîtrise absolue, la volonté d’une parole unique interdisant dialogue et pensée. Ce qui manque perturbe, et quand ce qui manque est vital, le manque détruit. Pourtant, le manque est aussi source de vie et d’enrichissement. Notre plus grande richesse pourrait bien se trouver dans la valorisation de ce manque essentiel pour nos vies qu’est la Résurrection.

Au tombeau vide, il « manque » un corps. C’est cette absence qui permet paradoxalement la rencontre avec Dieu. Jésus l’avait annoncé à ses disciples : « il est avantageux pour vous que moi, je m’en aille » (Jn 16,7). Il confirme l’avantage de cette absence à la résurrection, lorsqu’il dit à Marie de Magdala « cesse de me retenir » (Jn 20, 17). L’absence de Jésus est vécue comme un manque par ses proches, ce qui est naturel. Dans un registre différent, cette absence (c’est-à-dire le défaut de preuve physique) est un obstacle pour beaucoup de nos contemporains. Pourtant, ce manque est essentiel. C’est au creux de ce manque que la rencontre existentielle se joue. C’est parce que nous ressentons un vide que Dieu peut s’y insinuer, peut s’approcher de nous. Le tombeau est vide, personne n’a accès au processus de résurrection, personne ne peut mettre la main sur le Seigneur ressuscité. Ainsi, chacun peut le rencontrer au cœur de sa vie. Dans la Bible, il n’y a pas de version officielle de la résurrection. Il était mort, il est vivant parce Dieu l’a relevé. Ce manque d’explication provient certes de l’ignorance des disciples qui ne savent pas plus que nous ce qui s’est passé. Il provient aussi de leur incapacité à décrire objectivement les apparitions de Jésus ressuscité. En fin de compte, cette incapacité est la grande chance du christianisme. Ce manque de critères définissant une rencontre avec le Christ permet à chacun et à chacune de découvrir comment cette rencontre affecte sa vie, comment elle redéfinit sa vision du monde. L’incapacité à dire qui provient du manque de mots pour décrire la foi nous conduit à chercher encore et encore le sens que la foi donne à notre existence, à rechercher la présence de Dieu dans les mots humains des témoins que sont les auteurs bibliques, à découvrir sa présence au cœur du monde et dans le regard de nos frères et sœurs.

Christ est ressuscité !

Pasteur Anne Petit

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